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Des hôpitaux reportent presque toutes les opérations, sauf celles qui sauvent des vies

Une femme s'apprête à entrer dans un appareil d'imagerie par résonance magnétique.

Un radiologiste prépare une patiente pour un examen d'imagerie par résonance magnétique. Plusieurs de ces examens ont dû être reportés en raison de la crise de la COVID-19.

Photo : Getty Images / skynesher

Des hôpitaux ontariens reportent tous les traitements prévus à moins que la vie d’un patient ne soit en danger dans les 14 jours, ou encore que celui-ci ne subisse des séquelles irréversibles sans intervention.

C’est le cas depuis le 1er avril pour les médecins du Réseau universitaire de santé (University Health Network), un réseau de plusieurs hôpitaux de Toronto. Ses salles d'urgence continuent toutefois d'accueillir les patients.

Il s’agit d’une mesure mise en place pour s'assurer qu’il y ait suffisamment de lits pour les patients gravement malades après avoir contracté la COVID-19.

La situation est semblable à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, qui opère seulement les patients qui ne peuvent pas attendre plus de deux semaines sans qu’il y ait un risque majeur pour leur vie.

Des patients inquiets

Plusieurs personnes racontent vivre dans l’angoisse depuis l’annulation de leur traitement.

Stephan Pigeon

Stephan Pigeon reste isolé chez lui en attendant que la crise se termine et qu'il puisse subir des examens médicaux.

Photo : Stephan Pigeon

C’est le cas de Stephan Pigeon un homme de 50 ans qui raconte s’être rendu deux fois à l’Hôpital Montfort d’Ottawa par ambulance en mars. Il avait des palpitations, des sueurs froides et de la difficulté à respirer.

Quand je vais me coucher le soir, je me dis : est-ce que je vais me réveiller demain?

Stephan Pigeon

Aux urgences, on lui a affirmé qu’il présentait des symptômes d’insuffisance cardiaque. Ce n’est cependant qu’une hypothèse qui doit encore être confirmée par des tests médicaux.

Or, le rendez-vous qu’il avait à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa au début du mois d’avril a été annulé. M. Pigeon raconte qu’il vit un stress énorme.

Je comprends que dans notre système de santé, il y a quand même des gens entre la vie et la mort. Malgré que cardiaque, c’est quand même entre la vie et la mort, dit-il.

Il se croit particulièrement à risque de nouveaux problèmes cardiaques parce qu’il souffre de diabète et qu’il a subi une opération à coeur ouvert pour trois pontages l’été dernier.

M. Pigeon ajoute que le bureau de son cardiologue l’a quand même contacté pour lui dire qu’il recevra un moniteur cardiaque par la poste sous peu.

L’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa explique qu’il doit conserver l’espace nécessaire pour être en mesure d’accueillir une vague potentielle de patients atteints de la COVID-19. Il ajoute que les interventions chirurgicales urgentes vont toujours de l’avant.

Des cancéreux aussi en attente

Sidney Loney souffre d’un cancer du sein. La mastectomie qu’elle devait subir à la fin du mois de mars à Toronto a été remise à une date indéterminée. 

Portrait de Sidney Loney

Sidney Loney a appris qu'elle souffrait d'un cancer du sein en janvier dernier.

Photo : Sidney Loney

Elle craint que son cancer ne progresse durant l’attente et ne diminue ses chances de survie. Elle raconte que toute sa famille vit dans l’angoisse, particulièrement ses enfants de 10 et 13 ans.

C’est particulièrement difficile pour eux. Je leur ai promis que mon opération allait régler le problème et que tout allait bien se passer. Maintenant, il n’y a plus rien de certain, raconte-t-elle.

Kelsey Banks, elle, souffre d’une tumeur au cerveau. La jeune femme de 26 ans a été opérée en février à l’Hôpital St. Michael de Toronto. Toutefois, les médecins n’ont pas pu retirer toute la tumeur et elle devait commencer un traitement de radiothérapie à l’Hôpital d’Ottawa.

Je ne blâme pas mes médecins, je respecte leur décision. Mais en même temps, c’est une nouvelle difficile à accepter quand vous êtes la personne qui attend, dit-elle.

Kelsey Banks dans un lit d'hôpital avec un bandage sur la tête

Kelsey Banks après l'intervention chirurgicale, le 19 février 2020. Elle attend maintenant de subir des traitements de radiothérapie et de chimiothérapie.

Photo : Kelsey Banks

Seulement pour les patients les plus malades

Le Dr Barry Rubin copréside le comité responsable de la réduction des soins cliniques pour les hôpitaux du Réseau universitaire de santé. Il a participé à la décision de reporter les traitements des patients qui peuvent attendre 14 jours.

On a mis le seuil à 14 jours. Donc, c’est seulement pour les patients les plus malades.

Dr Barry Rubin, coprésident du comité de planification des soins cliniques du Réseau universitaire de santé

Il ajoute que le seuil de deux semaines pourrait être raccourci au fur et à mesure que la crise progresse.

La façade de l'Hôpital Toronto Western

L'Hôpital Toronto Western fait partie des cinq établissements du Réseau universitaire de santé.

Photo : Sue Reid/CBC News

Les traitements reportés sont notamment des greffes d’organes, des chirurgies cardiaques, des examens médicaux et des opérations pour retirer des tumeurs cancéreuses. Les dialyses se poursuivent parce que ces patients pourraient mourir rapidement sans leur traitement. 

Est-ce que des malades pourraient mourir parce qu’on leur a demandé d’attendre? C’est probable, admet le Dr Rubin.

Il ajoute que le report des traitements et des interventions chirurgicales est extrêmement stressant pour les travailleurs de la santé.

C’est une situation dans laquelle le personnel soignant ne veut jamais se retrouver, explique-t-il.

Selon lui, les médecins informent les patients des symptômes qu'ils doivent surveiller. Si la santé d'un malade se détériore, les médecins pourraient alors décider d'intervenir.

L'Ontario a demandé aux hôpitaux de réduire leurs services non essentiels le 15 mars dernier. Il appartient à chacun d'eux de décider quels traitements ils jugent essentiels.

Plusieurs autres hôpitaux confirment avoir réduit une partie de leurs interventions à la demande de la province. Toutefois, ces établissements ne précisent pas à quel point la vie d’un patient doit être en danger pour qu’un traitement soit offert.

Des chirurgiens procèdent à une transplantation d'organe.

Des chirurgiens procèdent à une transplantation d'organe.

Photo : iStock

C’est le cas de l’Hôpital d’Ottawa, qui répond que ses équipes évaluent soigneusement les besoins en matière de soins de chaque patient, l’urgence de chaque intervention, ainsi que la sécurité des patients et du personnel.

Au Centre Sunnybrook des sciences de la santé, à Toronto, on indique que les opérations chirurgicales sont remises à plus tard seulement si on juge que c’est sécuritaire de le faire d’un point de vue médical.

Le Dr Rubin s’inquiète des conséquences de ces reports sur les établissements de santé, une fois la crise de la COVID-19 terminée. 

Nos modèles indiquent que pour chaque semaine où les services chirurgicaux fonctionnent au ralenti, ça nous prendra de quatre à quatre semaines et demie pour rattraper le retard, explique-t-il.

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