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Comment des entrepreneurs de l’Atlantique naviguent dans la tourmente

Nadine Hébert est assise derrière une table et regarde des photographies d'archives.

Nadine Hébert est vice-présidente de Shoreline Lubricants, une entreprise de Grand Barachois.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Janique LeBlanc
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Commerces fermés, projets annulés, clients incapables de payer, ventes en chute libre, employés mis à pied : la pandémie de la COVID-19 met au défi les propriétaires d’entreprises. Témoignages d’entrepreneurs de l’Atlantique.

Le cœur lourd, Nadine Hébert a fait la liste des employés qu’elle devra licencier. Pour la première fois dans l’histoire de l’entreprise fondée par son père en 1976, la vice-présidente de Shoreline Lubricants se voit forcée de renvoyer une partie de ses employés chez eux.

Le portrait d'une femme d'affaires
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Nadine Hebert est vice-présidente de Shoreline Lubricants, une entreprise qui emploie 35 personnes au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Gracieuseté

Shoreline Lubricants a beau fournir un service essentiel en distribuant du pétrole, du mazout, du diesel et des lubrifiants, ses ventes ont beaucoup baissé depuis le début de la crise.

Plusieurs entreprises clientes, comme des garages, ont dû fermer leurs portes ou réduire leur personnel. C’est ce que Nadine Hébert s’apprêtait à faire avant de visionner le point de presse du premier ministre canadien, le 27 mars. Ce jour-là, Justin Trudeau a annoncé que la subvention salariale offerte aux entreprises augmentait de 10 à 75 %.

« J’avais fait une liste [des employés que j'allais licencier] et c’était pour cet après-midi-là. »

— Une citation de  Nadine Hébert, vice-présidente de Shoreline Lubricants

Quand il [Justin Trudeau] a fait l’annonce de 10 à 75 %, les larmes coulaient. J’ai pleuré de joie dans mon bureau, parce que c’était comme s’il y avait 10 000 livres de poids qui étaient parties de sur mes épaules, raconte une Nadine Hébert, émue et souriante.

L’entrepreneure est soulagée de pouvoir garder tous ses employés pour le moment. Elle s’inquiète toutefois des effets économiques de la pandémie qui risque de durer encore des semaines, voire des mois.

On a énormément de clients qui nous doivent toujours des paiements, puis j’ai peur qu’il y en a parmi eux qui, malgré toute leur bonne volonté, n’auront plus les moyens de nous payer ce qu’ils nous doivent, explique l’entrepreneure Nadine Hébert. Du côté des lubrifiants, c’est des plus gros montants, on est très exposés et nos efforts vont pour essayer d’aller chercher ce qui nous est dû de nos clients qui sont encore ouverts. C’est ça qui me garde réveillée la nuit, confie-t-elle.

Marc Albert dort lui aussi moins bien depuis le début de la pandémie. Je pense qu’il n’y a pas un entrepreneur sur la planète qui n’a pas des craintes sérieuses pour son entreprise. C’est le genre de chose qui me garde réveillé la nuit, avoue le PDG de DPL, une entreprise qui fabrique des modems cellulaires pour les guichets automatiques bancaires.

Le portrait d'un entrepreneur devant un mur de briques.
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Marc Albert, président-directeur général de DPL.

Photo : Gracieuseté

L’entreprise fondée par Marc Albert emploie 25 employés hautement qualifiés. Ses clients, des propriétaires de garages, de bars ou de dépanneurs au Canada et aux États-Unis, sont durement touchés par la crise actuelle.

Tous les guichets automatiques dans ces établissements ne peuvent pas être utilisés. On a vu une baisse de plus de 60 % du chiffre d’affaires que nos clients peuvent générer. C’est normal qu'ils cherchent de l’aide. Ils veulent suspendre ou annuler les services ou ils nous demandent une baisse sur leurs factures. Pour garder le marché, on essaie de trouver des solutions, mais ça nous touche aussi, raconte-t-il.

M. Albert espère pouvoir traverser la crise en gardant tous ses employés, hautement qualifiés et dévoués. La réalité c’est que c’est une situation super difficile et le futur est très, très, très incertain. J’ai mon but, je sais ce que je veux faire, mais comment vais-je le faire? Vivre avec ce genre de dilemme tous les jours dans des temps si incertains, c’est vraiment difficile, c’est épuisant, laisse tomber l’entrepreneur.

Des défis dans l’industrie de la construction

Dans la région acadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, la pandémie se fait sentir chez Wellington Construction.

Début avril, l’entreprise emploie encore 24 travailleurs pour terminer 5 projets de construction, tout en respectant les nouvelles règles de distanciation sociale. L’incertitude économique et l’interdiction de tout nouveau permis de construction dans la province insulaire font mal à l’entreprise acadienne de Roger Arsenault, qu'il a cofondée avec son père en 1972.

Plusieurs projets de construction résidentielle ou commerciale prévus ce printemps et cet été ont été suspendus ou annulés. On avait des gros projets qui auraient donné du travail pour six à huit mois, se désole Roger Arsenault, qui devra bientôt se séparer de la moitié de ses employés.

Mises à pied et besoins de main-d’oeuvre

Les entreprises qui fournissent des services essentiels au public sont aussi touchées de façon significative.

Vicki Wallace-Godbout est copropriétaire des stations-service Truck Stop Plus à Edmundston et à Moncton ainsi que d’un restaurant et d’une radio à Edmundston. Tous ses commerces ont connu une baisse d’achalandage.

Elle a dû mettre à pied quelques employés, diminuer les heures d’ouverture et organiser le télétravail. Mme Wallace-Godbout s’inquiète toutefois de la difficulté à trouver la main-d’oeuvre essentielle au fonctionnement de ses entreprises dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick.

Le portrait d'une femme d'affaires
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Vicki Wallace-Godbout est co-propriétaire des Truck Stop Plus à Edmundston et à Moncton en plus d’un restaurant et d’une radio à Edmundston.

Photo : Gracieuseté

On n’a pas fait trop de coupures, mais en même temps, je me dis on a quand même de la difficulté à recruter d’autres gens pour travailler. Ça, c’est une préoccupation que j’ai. Les gens sont inquiets, on est tous inquiets de la situation, on veut tous se protéger, précise Mme Wallace-Godbout.

Ouvrir une entreprise en temps de crise

Malgré ces difficultés, Vicki Wallace-Godbout ouvrira d’ici quelques jours à Moncton une entreprise qui fournit des services aux camionneurs.

On pratique la distanciation sociale et les contracteurs ne veulent pas travailler en même temps. Ça a repoussé la date d’ouverture, mais les gens dans cette région veulent quand même aller travailler, relate la femme d’affaires d’Edmundston.

Mme Wallace-Godbout se réjouit de pouvoir mieux servir les camionneurs indispensables au transport des marchandises essentielles. Elle salue aussi les initiatives des gouvernements pour soutenir les entreprises qui cherchent à survivre à cette crise sans précédent.

Garder espoir en période d’incertitude

Malgré les difficultés et l’incertitude, Nadine Hébert reste optimiste. Elle rappelle que les entrepreneurs sont généralement des gens de nature positive. J’ai espoir que tout va se remettre et que les choses vont revenir à une sorte de normale, une nouvelle normale, affirme la PDG de Shoreline Lubricants.

Marc Albert croit lui aussi qu’il est primordial de ne pas se décourager. Qu’on soit entrepreneur, employé ou citoyen, il exhorte tout le monde à être à l’écoute des gens autour d’eux pour éviter des drames.

C’est des temps dangereux. Le taux de suicide va monter. Plein de gens vont subir les conséquences économiques de ce qu’on traverse. Beaucoup perdent tout et il faut essayer d’être là pour les uns pour les autres, conseille l’entrepreneur Marc Albert.

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