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Les agriculteurs de la C.-B. comptent sur une main-d’oeuvre locale

Des vignes et le lac Okanagan

Le vignoble Fitzpatrick se trouve à Peachland, dans la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Les mesures de santé publique en cette période de pandémie de la COVID-19 seront difficiles à respecter pour la plupart des agriculteurs de la Colombie-Britannique qui s’inquiètent déjà d’un manque de main-d’oeuvre.

L’industrie agricole de la province compte sur les travailleurs étrangers temporaires, les randonneurs de passage et les Québécois pour la récolte de leur production.

En termes de migrants, cela représente habituellement environ 4500 travailleurs temporaires venus du Mexique et des Caraïbes principalement. Et près de 1500 jeunes du Québec viennent chaque printemps pour planter les arbres dans les forêts provinciales ainsi que pour la cueillette des cerises à la mi-juin.

Les travailleurs saisonniers se constituent également de ceux qui ont un permis vacances travail. Ces derniers proviennent surtout de l’Europe.

Deux hommes dans des échelles cueillent des pommes.

L'Association des producteurs de fruits de la Colombie-Britannique compte sur environ 4500 travailleurs étrangers temporaires pour aider à cueillir les fruits de la vallée de l’Okanagan chaque année.

Photo : Glen Lucas

Toutefois, les nouvelles directives en ce qui concerne les voyages préoccupent les producteurs, affirme le directeur de l’Association des producteurs de fruits de la Colombie-Britannique (BCFGA), Glen Lucas.

Nous nous inquiétons du retard à recruter les travailleurs agricoles saisonniers. [...] Nous sommes toujours à court de main-d’oeuvre en temps normal.

Une citation de :Glen Lucas, directeur de la BCFGA

Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA, explique ce retard notamment par le fait que ces ressortissants doivent voyager vers le Canada dans des vols nolisés. Alors les petites et moyennes entreprises doivent s’associer pour avoir un nombre suffisant de voyageurs dans ces avions affrétés, qui coûtent plus cher. Un vol nolisé est prévu ce mois d’avril, mais l’industrie ignore quand le prochain aura lieu.

Par ailleurs, l’exigence de la quarantaine de 14 jours augmente les embûches pour les employeurs, ajoute-t-il.

Et quand un autre groupe arrive, il faut qu’ils recommencent une autre période d’isolement de 14 jours.

Une citation de :Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA
Ronald Forrest devant tableau noir menu du Centre francophone de l'Oka.

Ronald Forrest, facilitateur pour l'Association des producteurs de fruits de la C.-B. s'occupe notamment du recrutement, des mesures d'hygiène ou des relations avec le consul du Mexique.

Photo : Radio-Canada / Mylène Briand

Bien que le gouvernement fédéral ait promis que les travailleurs étrangers entreront au pays, ce ne sont pas tous les agriculteurs qui ont les moyens de supporter les frais imposés par la pandémie de la COVID-19, souligne Ronald Forrest. Il croit aussi que certains travailleurs étrangers ne voudront pas venir à cause du coronavirus.

Quelles options?

L’Association des producteurs de fruits de la Colombie-Britannique compte pallier les besoins des agriculteurs avec les travailleurs qui ont perdu leur emploi dans la foulée de fermetures d'entreprises en raison de la pandémie.

Cette année, nous aurons un bassin de chômeurs canadiens, peut-être [dans le domaine] des sables bitumineux, des restaurants et de l'hôtellerie et peut-être même de la construction.

Une citation de :Glen Lucas, directeur de la BCFGA

Cependant, le directeur de l’Association des producteurs de fruits de la province doute que tous veuillent travailler au salaire minimum qui s’élèvera à 14,60 $ en juin. Son collègue Ronald Forrest se questionne sur la façon d’établir une campagne de recrutement avec des centres d’emploi fermés.

L’industrie agricole peut aussi se rabattre sur les jeunes qui terminent la 12e année pour prêter main-forte aux agriculteurs. Toutefois, Glen Lucas déplore le manque d’expérience, dans certains cas, d’une telle main-d’oeuvre.

C’est un travail physique. Cela demande beaucoup d'endurance et une certaine habileté à cueillir rapidement, mais aussi à pouvoir maintenir son énergie pour pouvoir l'utiliser tout au long de la journée.

Une citation de :Glen Lucas, directeur de la BCFGA
Une grappe de raisins sur la vigne.

Un vignoble de Naramata dans la vallée de l'Okanagan en Colombie-Britannique

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

La saison n’est pas compromise pour autant

Normalement, les travailleurs étrangers temporaires arrivent dans l’Okanagan ou la vallée du Fraser entre le 15 juin et la fin du mois d’août et les cueilleurs du Québec traversent le pays à cette période-ci.

Mais l’incertitude dans laquelle le secteur est plongé compromet l’organisation pour ces agriculteurs.

Je reçois 10-12 courriels par jour. Ils veulent venir et je ne sais pas quoi faire. Je leur réponds qu’il va y avoir une saison. Mais présentement, on n’a pas encore les directives du gouvernement provincial.

Une citation de :Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA

M. Forrest espère en effet connaître la position des autorités sanitaires en ce qui concerne l’utilisation des cuisines et d’autres infrastructures dans les fermes ainsi que les mesures d’isolement. Cependant, il estime qu’il est encore trop tôt pour poser la question et qu’il faudra certainement attendre encore deux mois pour obtenir une clarification de la situation. Il reconnaît que ce ne sont pas des procédures si simples.

Une allée du marché public où il n'y a que deux personnes.

Le marché public de Granville Island est ouvert avec un horaire réduit. Habituellement fréquenté par d'innombrables visiteurs, l'endroit est désert ces jours-ci en raison de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

Un coût pour le consommateur et les producteurs

Ronald Forrest est certain que cette situation nébuleuse et ces restrictions sanitaires qui s’imposent à l’industrie auront une répercussion sur le portefeuille du consommateur.

Les fermiers pensent déjà que [les clients] devront payer un peu plus pour la livre de fruits.

Une citation de :Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA

Les producteurs enregistrent une grande partie de leur chiffre d’affaires grâce à l’exportation. Ils sont nombreux à fournir les pays d’Asie, certains d’Europe et les provinces de l’Ouest canadien.

Portrait de famille, la mère tient son petit garçon dans ses bras, le père sourit, le grand-père tient sa femme sur l'épaule et l'aîné est en avant du groupe souriant.

Josée-Anne Rouleau et sa famille sur le verger familial de son mari à Cawston dans la région de Similkameen près de la vallée de l'Okanagan.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Gagnon

Quand vous vendez vos fruits à l’exportation, c’est de la super belle qualité et ça vaut beaucoup plus cher.

Une citation de :Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA

L’expert souligne aussi l’inquiétude concernant les produits importés, se demandant si la Colombie-Britannique aura accès aux fruits et légumes de la Californie ou du Mexique. Car la plupart des produits que nous consommons proviennent de ces deux zones.

Des produits perdus

Plusieurs questions demeurent en suspens pour cette industrie qui compte pourtant parmi les secteurs faisant tourner l’économie britanno-colombienne.

Si les vignobles ne sont pas déclarés essentiels et qu’ils ne ramassent pas, c’est une grosse perte, se désole déjà M. Forrest.

Un tonneau à vin dans un vignoble.

Les producteurs de la Colombie-Britannique se demandent si le vin sera considéré comme un produit essentiel dans la province.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Et que faire des pommes? L’an dernier, on n’a pas vraiment fait beaucoup d’argent avec ces fruits du verger. Est-ce que ça va valoir la peine de les ramasser?, se demandent les cultivateurs.

Les fermiers ont très peur, confie M. Forrest. Surtout ceux qui possèdent de plus petits terrains.

Présentement, on est une industrie qui se pose des questions. Pas seulement à cause du manque de main-d’oeuvre, mais aussi par rapport aux mesures qu’on va devoir prendre.

Une citation de :Ronald Forrest, facilitateur pour la BCFGA

Malgré ces interrogations, mardi, une équipe d'experts de l'Ontario et de la Colombie-Britannique a demandé que le gouvernement applique adéquatement les mesures de santé publique pour les travailleurs agricoles migrants afin d’arrêter la propagation du coronavirus. Sans cela, l'entrée de ces travailleurs doit être suspendue, a-t-elle déclaré par communiqué de presse.

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