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« C'est surprenant à quel point nous étions mal préparés » - une virologue new-yorkaise

Elodie Ghedin, virologue à l'Université de New York.

Elodie Ghedin, virologue à l'Université de New York.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

La virologue canado-américaine Elodie Ghedin offre son regard sur les mesures en place à New York et ailleurs aux États-Unis pour affronter la pandémie de COVID-19. Nous avons rencontré la professeure de l'Université de New York la semaine dernière, lors d’un déplacement dans la métropole américaine.

Dans une ville de la taille de New York, est-il difficile d'évaluer l’efficacité des mesures de confinement et de les faire accepter par la population?

Elodie Ghedin  Il y a une gestation de plusieurs jours chez les gens infectés. C'est pour ça qu'il faut vraiment lancer le message que ce qu'on voit dans les hôpitaux, ce n'est pas ce qu'on a fait hier. C'est ce qu'on a fait il y a deux semaines. Alors, on doit accepter que, pour les prochaines semaines, on va continuer à voir les chiffres augmenter dans les hôpitaux, notamment le nombre de cas graves. Et tôt ou tard, si on continue à observer les règles d'isolement qu'on observe en ce moment, les chiffres vont commencer à diminuer. C'est là qu'on pourra relâcher un peu, tout en acceptant qu'il va quand même falloir changer les règles de comportement.

Pourquoi certains secteurs plus défavorisés de New York, comme Queens, sont-ils bien plus touchés que d’autres?

E.G.  Beaucoup de gens habitent à Brooklyn et Queens et travaillent à Manhattan, et beaucoup de gens sont aussi dans le secteur des services. Ils sont considérés comme faisant partie du personnel essentiel et eux doivent aller travailler. Et quand ils vont travailler, ils se trouvent à prendre les transports en commun. Dans le métro, justement, ils ont réduit le nombre de trains et donc la densité dans les wagons est quand même incroyable. En fait, c'était mieux quand ils n'avaient pas réduit le nombre de trains.

Donc, on a beaucoup, beaucoup de cas d'infirmières, de gens qui travaillent dans les restaurants ou dans la livraison qui sont maintenant infectés. Beaucoup de ces gens habitent dans Brooklyn et Queens. Dans certains cas, les gens n’ont pas le choix. Ils doivent aller travailler parce que, sans revenus, ils se retrouvent à la rue.

Il y a aussi beaucoup d'inégalités à San Francisco, et pourtant les cas d’infection sont minimes par rapport à New York. Pourquoi?

E.G.  Parce que le maire de San Francisco et le gouverneur de la Californie ont tout de suite pris des mesures très sévères et ont décidé d'implanter l'isolement très tôt. Aussitôt qu'ils ont eu les premiers cas, ils ont décidé de vraiment éduquer la population et de dire ceci va être critique.

D'ailleurs, le gouverneur de la Californie a été critiqué. Les gens disaient qu'il réagissait un peu trop sévèrement, mais en fait, maintenant, on réalise que c'est exactement ce qu'il fallait faire, et c'est ce que l'on n'a pas fait à New York.

Des gens marchent dans un sentier à New York.

Des New-Yorkais profitent du beau temps pour marcher près de l'East River.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

La Louisiane et le Michigan inquiètent aussi les autorités. Est-ce que d’autres régions des États-Unis pourraient être touchées de la même manière que New York?

E.G. Je crois que c'est ce qui va se passer en Floride, parce qu'ils ont continué pendant longtemps à avoir les restaurants et bars ouverts. Les taux ne seront peut-être pas aussi élevés qu’à New York, parce que ce n'est pas la même densité de population. Mais ça va être des cas assez graves.

Puis d’autres villes, notamment dans le Midwest, n'ont pas toujours suffisamment d'hôpitaux et de médecins, parce que ce sont des régions rurales. Parfois, ça peut prendre une heure avant de trouver un hôpital. Bien sûr, ce ne seront pas les mêmes chiffres de cas critiques, mais on va quand même observer des cas assez graves dans toutes les villes américaines.

Vous êtes une spécialiste de ces enjeux. Aviez-vous imaginé vivre une telle crise?

E.G.  Je suis virologue et on prédisait ce genre de pandémie depuis bien longtemps. D’ailleurs, ça nous a étonnés que ce ne soit pas arrivé plus tôt. On pensait que ce serait une grippe aviaire. Le coronavirus était aussi dans la liste des virus supposés. Ça, ce n’était pas surprenant. Ce qui est surprenant, c’est à quel point nous étions mal préparés. Un pays comme les États-Unis devrait avoir la préparation nécessaire. C’est là qu’on se rend compte que, pour une partie de la population américaine, tout ce qui est scientifique est pris avec suspicion. On réalise que le manque de préparation était sérieux, et ça, je ne me l’imaginais pas du tout.

Certains des propos ont été synthétisés à des fins de compréhension.

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