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Un salaire de 65 $ aux 2 semaines les prive de l’aide fédérale d'urgence

Une partition de musique, avec des enfants à l'arrière plan

Des professeurs de musique à temps partiel n'auront pas accès à la prestation canadienne d'urgence.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Des milliers de pigistes et contractuels du milieu de la culture n’auront pas accès à la prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois. C’est notamment le cas des professeurs de musique qui enseignent à temps partiel dans un établissement scolaire. Pour certains, gagner quelques dizaines de dollars ici et là suffit à les disqualifier de l’aide fédérale.

Pour arriver à vivre de leur art, les musiciens ont souvent besoin d’occuper différents emplois. Entre leurs spectacles, ils donnent des cours particuliers à domicile et enseignent dans des écoles de musique.

Plusieurs ont une charge d’enseignement dans le réseau de l’éducation. Or, même si les cours sont suspendus, les établissements scolaires ont l’obligation de continuer à payer leurs enseignants jusqu’à la fin de la présente session.

Aux yeux du gouvernement fédéral, le professeur de musique qui touche un revenu, aussi minime soit-il, travaille toujours. Il n’a donc pas accès à la prestation d’urgence, une situation que dénonce le président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec, Luc Fortin.

En recevant ces petits montants-là, ça les rend inéligibles à la prestation canadienne d’urgence. C’est des très petits montants, on s’entend. Il y en a que c’est 65 $ par paye. Ce n’est vraiment pas grand-chose, mais à cause de ça, tu perds un 2000 $ par mois. C’est vraiment insensé, dénonce-t-il en entrevue à Radio-Canada.

Il faudrait absolument trouver une façon que ces gens-là puissent avoir droit à de l’aide aussi. On ne peut pas vivre avec 65 $ par deux semaines.

Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec
Une guitare acoustique en gros plan

Les musiciens doivent souvent cumuler les emplois pour vivre de leur art.

Photo : getty images/istockphoto / puhimec

« On ne demande pas la lune »

Nicolas Métivier enseigne la guitare dans deux écoles de musique. Il est salarié dans l’une et travailleur autonome dans l’autre. Le musicien occupe également une charge d’enseignement à temps partiel à 21 % dans une école primaire.

Le salaire qu’il perçoit est un revenu d’appoint, insuffisant pour lui permettre de vivre. Nicolas Métivier devra toutefois s’en contenter jusqu’à nouvel ordre.

« Le fait d’avoir mon contrat de 21 % me bloque pour avoir accès à la PCU, mais on s’entend que 21 % de tâches à chaque semaine, ce n’est pas un gros salaire. On parle peut-être d’un 100 $, 200 $ gros maximum », confie-t-il.

La COVID-19 dans la grande région de Québec

Sans rien vouloir leur enlever, le professeur déplore que des étudiants soient admissibles à la PCU pour peu qu’ils aient gagné au moins 5000 $ en 2019 ou dans les 12 mois précédant la date de leur demande.

Je pense qu’on ne demande pas la lune. On demande juste à être comme tous les autres. On parlait de 2000 $ par mois. Ça serait vraiment bien si on pouvait recevoir ça.

Nicolas Métivier, musicien et professeur de guitare

Démissionner, un pensez-y bien

Des professeurs de musique ont demandé, en vain, à leur employeur de les mettre à pied. C’est le cas de François (nom fictif), un professeur de guitare-basse qui préfère rester anonyme. Il a démissionné de son poste, pensant avoir ainsi accès aux prestations d’urgence. Mal lui en prit.

L’institution m’a dit :"Bon, on vous laisse deux choix. Soit on continue à vous payer ou soit vous démissionnez." Bien là, moi, je me suis dit : "Ok, je vais démissionner", mais pour me rendre compte, après avoir démissionné, que, dans le fond, je me disqualifie de l’aide parce que c’est un départ volontaire, raconte François.

Gros plan du premier ministre du Canada Justin Trudeau qui donne un point de presse.

Le gouvernement de Justin Trudeau a créé une aide d'urgence pour les travailleurs canadiens touchés par la pandémie de COVID-19.

Photo : Reuters / Blair Gable

Résultat, il devra se contenter d’un salaire d’environ 450 $ par mois et faire son deuil de l’aide d’urgence jusqu'à nouvel ordre.

Je suis comme dans une impasse en ce moment. J’ai pris le mauvais choix, puis là, en ce moment, je n’ai droit à rien.

François, professeur de guitare-basse

Espoir

Luc Fortin tente de rester optimiste. Le président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec a témoigné vendredi dernier devant le Comité permanent des finances, à Ottawa. Il dit avoir eu une bonne oreille.

J’espère que ça va donner quelque chose. Ce n’est pas [...] très complexe à régler. Je pense que ça devrait bien marcher. C’est un très bon programme, la PCU, mais il y a un petit ajustement à faire parce qu’il y en a qui vont être laissés de côté, prévient Luc Fortin.

Le premier ministre Justin Trudeau est conscient que des milliers de travailleurs canadiens n’ont pas accès, pour l’instant, à l’aide fédérale d’urgence. Il a annoncé lundi quelques mesures pour élargir la portée de la PCU.

Des travailleurs qui conservent leur emploi, mais dont le nombre d’heures a été considérablement réduit, pourront obtenir l’aide fédérale, a indiqué le premier ministre.

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