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Gestion « chaotique » au Manoir Liverpool : la ministre des Aînés préoccupée

Le reportage de Marie-Pier Bouchard

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

La situation au Manoir Liverpool de Lévis est problématique, estime-t-on au cabinet de la ministre Marguerite Blais. Des employés ont confié à Radio-Canada que des résidents seraient négligés depuis l’éclosion de COVID-19 en raison du manque de personnel.

Je vous assure que nous allons suivre l’évolution de la situation de près, mentionne l’attachée de presse de la ministre des Aînés.

Depuis plus d'une semaine, des travailleurs de la santé du secteur public doivent se rendre quotidiennement dans cet établissement privé pour aider les employés à offrir les soins de base aux résidents, mais ce ne serait pas suffisant, d'après les informations obtenues par Radio-Canada.

Le cabinet de la ministre dit avoir eu la confirmation que le CISSS de Chaudière-Appalaches est en discussion constante avec la gouvernance de la résidence pour évaluer les meilleures solutions, tant pour les résidents que le personnel.

Le CISSS n'écarte d'ailleurs pas l'idée de facturer ses services offerts à la résidence privée. C’est une possibilité qui est à l’étude, a-t-on répondu.

Gros plan en contre-plongée de Marguerite Blais.

Le 12 mars, Marguerite Blais était présente lors du point de presse du gouvernement pour parler des Aînés.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le chaos en temps de pandémie

Le plus récent bilan fait état de 23 cas de coronavirus au Manoir Liverpool : 18 résidents et 5 employés. Une résidente infectée est malheureusement décédée vendredi.

Questionné par Radio-Canada, le propriétaire du Manoir Liverpool assurait il y a quelques jours que son équipe était en train de reprendre le contrôle. Or, ce ne serait pas le cas.

C’est un bordel, c’est chaotique, lance une employée du Manoir Liverpool qui souhaite rester anonyme.

On risque d’en perdre plus qu’un [résident]. Il va en rester combien à la fin?

Une employée du Manoir Liverpool

Avec de nombreux employés en quarantaine et plusieurs autres qui ne veulent plus entrer au travail par crainte de contracter le virus, on donne les soins minimums, confirment d'autres sources dans le milieu de la santé.

Par ailleurs, est-ce que le CISSS pourrait facturer ses services offerts à la résidence privée? C’est une possibilité qui est à l’étude, répond le CISSS de Chaudière-Appalaches.

Une ambulancière qui s'est rendue sur place à quelques reprises au cours de la dernière semaine affirme avoir été témoin de ce manque de personnel. Particulièrement au troisième étage.

Une ambulance et un véhicule de police devant un immeuble.

Une personne du troisième étage du Manoir Liverpool a été transportée en ambulance à l'Hôtel-Dieu-de-Lévis, le 27 mars.

Photo : Radio-Canada

Les patients qui devaient être en isolement dans leur chambre continuaient à errer. Il manquait de personnel pour les garder isolés. Le personnel nous donne de l'information souvent erronée, affirme-t-elle, souhaitant elle aussi conserver son anonymat.

Soins de base affectés

La tournée de médicaments, la distribution des repas et les soins offerts aux résidents seraient grandement affectés. Or, comme plusieurs résidents auraient besoin de stimulation pour boire et manger, on augmente le risque de déshydratation, de dénutrition et de plaies, se désole l'employée de la résidence.

On aimerait tout faire, mais on ne peut pas. Je suis tannée, épuisée, dit-elle.

Chaque jour, il y aurait de deux à trois employés de moins qu’à l’habitude sur l’étage le plus touché par l’éclosion. La charge de travail est pourtant beaucoup plus lourde.

Sur la trentaine de résidents du troisième étage, une vingtaine présenteraient des symptômes de COVID-19.

J'étais prête à combattre ce virus, mais là je ne peux même pas donner les soins minimums. C'est ce qui me fait le plus mal, nous confie cette même employée, se disant habitée par un sentiment d’impuissance.

Une autre employée abonde dans le même sens. Les résidents ne mangent plus, on dirait qu'ils meurent à petit feu dans leur chambre, témoigne-t-elle.

Cette dernière dit aussi avoir vu un résident en détresse psychologique qui se dit tanné d'être en confinement. Il voulait mourir, il pleurait, raconte cette employée. Ils lui ont seulement donné un médicament pour le calmer en lui disant : "Ça va vous faire du bien".

Ces deux employées et d'autres sources à qui nous avons parlé se désolent de constater que de nombreux travailleurs du milieu de la santé refusent de venir les aider. Si on ne s'occupe pas des résidents, qui va le faire?, se questionne une employée.

En renfort, laissées seules à elles-mêmes

Même sentiment d’impuissance du côté d’une infirmière du CISSS de Chaudière-Appalaches appelée en renfort au Manoir Liverpool au cours de la dernière semaine pour prendre soin des résidents du premier étage.

Cette infirmière qui travaille habituellement dans un hôpital du territoire a aussi demandé de rester anonyme.

Je n’avais jamais vu ça personnellement, aller aider dans un établissement et ne pas être orientée. D’entrer dans un immeuble pour la première fois et être laissés à nous-mêmes.

Une infirmière du CISSS de Chaudière-Appalaches

Elle et sa collègue ont constaté que les fiches des résidents n’étaient pas à jour. Elles auraient au moins espéré la présence d’un membre du personnel régulier pour les aider.

On a fait du mieux qu’on pouvait, mais est-ce que c’était vraiment sécuritaire? On ne le sait pas, on ne connaissait pas les résidents, explique l’infirmière. On s’est senties délaissées. On est habituées de faire bien des choses, mais d’avoir en charge autant de patients et aucune information c’est vraiment difficile.

Par ailleurs, cette infirmière dit avoir été surprise de constater que la personne qui a pris leur relève pour la nuit n'avait aucune formation.

Selon des employés actuels et d’anciens employés du Manoir Liverpool, cette crise mettrait en lumière des lacunes de gestion qui étaient déjà présentes auparavant.

Sous surveillance

Le CISSS de Chaudière-Appalaches dit surveiller la situation du Manoir Liverpool de très près.

Plusieurs employés du secteur public se sont rendus sur place depuis le début de la crise pour assurer les soins de base aux résidents avec quelques employés réguliers.

On suit ça de près avec le Manoir parce qu’on ne sait pas comment ça va évoluer, affirme Stéphane Shaink, directeur adjoint au programme Déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Là on vit une situation exceptionnelle avec Liverpool on espère ne pas en avoir d'autres dans la région.

Stéphane Shaink, du CISSS de Chaudière-Appalaches
Un homme en entrevue à la caméra.

Stéphane Shaink, directeur adjoint au programme Déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique du CISSS de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

M. Shaink explique que le CISSS a beaucoup soutenu la direction du Manoir Liverpool pour répondre aux besoins des usagers et en offrant une formation en prévention des infections.

Je veux vraiment avoir un discours rassurant. On est au fait de la situation et la situation demeure sous surveillance, soulignait Stéphane Shaink il y a quelques jours.

La COVID-19 dans la grande région de Québec

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