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Des deuils plus difficiles au temps du coronavirus

Des gens touchent un petit cercueil lors de funérailles.

Un homme et une femme posent la main sur un cercueil.

Photo : iStock

Radio-Canada

Avec la distanciation sociale, perdre un être cher devient une épreuve encore plus douloureuse.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Jean-Baptiste Leclerc est décédé le 11 mars à l’âge de 84 ans.

Ses funérailles devaient être bien faites, vite faites, raconte son frère, Henri-Paul Leclerc.

Mais là je ne peux pas faire ses dernières volontés, regrette-t-il. Je vais faire de mon mieux pour que ce soit bien fait. Mais vite fait, on ne pourra pas.

On est tout au ralenti avec ce qui se passe. C’est dur parce qu’on ne peut pas faire notre deuil. Ça fait quand même trois semaines qu’il est décédé.

Henri-Paul Leclerc

La commémoration de son frère, qui a servi dans l’armée canadienne pendant près de 30 ans devait se vivre avec des proches. Le coronavirus a changé le scénario. Cette épreuve, Henri-Paul Leclerc l'endure dans la solitude.

On essaie de se contacter pour se remonter le moral du mieux qu’on peut, mais moi je suis tout seul dans mon coin, j’étais proche de mon frère. Dans la vie normale, c'est difficile, mais dans cette crise-là, c'est deux fois plus difficile, confie-t-il.

La famille a décidé de remettre à plus tard les célébrations puisque pour elle un service funéraire privé n'était pas envisageable.

On ne veut pas être seulement cinq ou six personnes. On est une grande famille. Il y a beaucoup d’amis. Il y a des représentants de l’armée qui aimeraient être là, explique Henri-Paul. On aimerait tous se rencontrer en même temps et lui rendre un dernier hommage à la hauteur de ce qu’il mérite.

Reporter ou célébrer en privé ?

Des familles endeuillées doivent trancher durant la pandémie de coronavirus. Les maisons funéraires du Nouveau-Brunswick offrent des services privés, mais les endeuillés doivent se soumettre à des normes.

Le nombre de personnes pouvant assister à ces cérémonies est limité à 10 et les contacts ne sont pas permis.

Selon Lucien Haché, propriétaire de la Maison funéraire Bulger, à Shippagan, les familles choisissent tout simplement de repousser les célébrations par crainte d’être seules. Elles sont confinées. Et lorsque la perte d’un être cher arrive, c’est doublement dur sur le moral. Je crois qu’elles attendent pour se sentir soutenues. Elles ont besoin d’autres personnes avec elles, pour se sentir moins seules.

Marc Melanson, copropriétaire de la maison funéraire Frenette, note que l’inquiétude des personnes en deuil monte d’un cran en cette période de pandémie.

Les familles veulent pouvoir honorer la mémoire de cette personne [décédée]. Elles veulent aussi donner la chance d’exprimer leurs sympathies ou de recevoir des sympathies des membres du public alors la plupart des gens attendent qu’on puisse avoir des visites publiques et des funérailles publiques sans aucune restriction., dit M. Melanson.

Un prêtre parle devant une tombe en étant filmé par un téléphone cellulaire sur trépied.

Les salons funéraires offrent depuis plusieurs années la possibilité de diffuser des funérailles en direct.

Photo : Getty Images / Thomas Kronsteiner

Pour ceux qui organisent quand même leur cérémonie à l’ère de la COVID-19, le salon funéraire Frenette leur offrira bientôt la possibilité de diffuser les funérailles en direct sur le web. Avec toutes les restrictions sur les voyages, on a décidé d’implanter ce nouveau système pour venir en aide aux gens à passer à travers de cette situation difficile, mentionne Marc Melanson.

Mourir du coronavirus

La famille de Sancia Doret n’a pas eu d’autre choix que de procéder à des funérailles en privé et en accéléré.

Son oncle qui était résident dans un foyer de soins de New York a contracté le coronavirus à la fin du mois de mars. Peu après, il est décédé de la maladie.

Le deuil est difficile à vivre. On est limité dans ce qu’on peut faire à cause des mesures, que ce soit à New York, mais aussi dans nos régions. Les restrictions de déplacements font en sorte que ce n’est pas évident.

Sancia Doret

En temps normal, la question ne se poserait pas. Celle qui habite Moncton se dirigerait vers les États-Unis pour se recueillir avec ses proches. Dans mon cas, se rendre à New York pour les funérailles, voir la famille, avoir une veillée, tout cela fait partie du processus. J’ai l’impression parce que je ne suis pas passée à travers de cela, j’ai encore de la misère à le croire et à le vivre.

Plusieurs hommes portant des équipements de protection transfère le corps dans une voiture.

Des travailleurs d'un hôpital de Brooklyn transportent le corps d'une personne décédée des complications de la COVID-19.

Photo : Reuters / Stefan Jeremiah

Même si les funérailles de son oncle ont été faites Sancia est incapable de tourner la page pour le moment.

Ce n’est pas la famille qui a réellement décidé. La situation de la Covid-19 a fait en sorte que la famille n’a pas eu d’autres alternatives que de faire des funérailles privées.

Sancia Doret

Sancia et sa famille comptent se reprendre lorsque la pandémie sera terminée. Ce n’est pas facile quand le soutien physique n’est pas là. Pour moi, je pense que mon deuil réel va commencer lorsque je pourrai être en mesure d’être parmi les miens et qu’on puisse s’accoler et réellement se voir et commémorer et lui dire des adieux communs.

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