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COVID-19 : la médecin qui remet en question le nombre de cas en Russie a été arrêtée

Plan moyen d'Anastasia Vasilieva devant une fenêtre.

La Dre Anastasia Vasilieva est présidente de l’Alliance des médecins de Russie.

Photo : Radio-Canada / Lyza Sale

La docteure Anastasia Vasilieva, une des premières à avoir dénoncé haut et fort la gestion de la pandémie de la COVID-19 en Russie, a été arrêtée.

Nous avons parlé avec la médecin vendredi après-midi, juste après sa remise en liberté. Elle a passé la nuit dans une cellule. Encore une fois, Mme Vassilieva a été la cible de la police, qui l'a arrêtée deux fois plutôt qu’une en moins de 24 heures, alors qu’elle livrait de l'équipement à des établissements de santé.

Je suis épuisée, secouée. Je dois manger et me reposer, nous raconte Mme Vassilieva au bout du fil.

Elle nous a rappelé une heure plus tard pour raconter le contexte des arrestations et ce qu’elle considère comme de l’abus de pouvoir des autorités.

Les policiers nous ont reproché de briser les règles de confinement social, mais on se doute bien que l’ordre est venu de plus haut.

Anastasia Vasilieva, docteure et présidente de l'Alliance des médecins

Elle dit que les policiers l’ont appréhendée une première fois, elle et plusieurs membres de son équipe, le 2 avril alors qu’ils roulaient sur l’autoroute dans la région d’Okulovka, à quelque 430 kilomètres de la capitale.

Tous étaient à bord d’une camionnette qui porte le sigle de l’organisme de l’alliance qu’elle dirige.

L'Alliance des médecins de la Russie se veut le porte-voix de 2000 travailleurs de la santé. L’organisation a été mise sur pied l'an dernier avec l’aide de l’avocat d'Alexeï Navalny, un des critiques les plus engagés contre le régime de Vladimir Poutine.

La docteure Anastasia Vasilieva et ses collègues ont été libérés quelques heures plus tard en soirée, et elle affirme avoir pu livrer des centaines de respirateurs, de masques et de gants dans deux hôpitaux qui lui en avaient fait la demande.

Après quoi elle a été arrêtée à nouveau, cette fois avec force, raconte la médecin : Les policiers m’ont amenée au poste parce que j’ai résisté à leurs ordres. Ils ont été violents, mais cela ne va pas m’intimider ni m'arrêter dans ma mission.

L’altercation a été filmée par un membre de son équipe qui affirme avoir vu un policier la frapper au ventre plusieurs fois.

On y voit les policiers lui enfiler des menottes et l'amener de force au poste de police en pleine nuit.

Une loi spéciale adoptée à toute vitesse par la Douma, mardi, prévoit des amendes ou des peines d’emprisonnement pour toute personne qui ne respecte pas les consignes de confinement en vigueur dans plusieurs régions du pays.

Cette même mesure prévoit des punitions sévères pour toute personne qui diffuse de fausses informations sur la pandémie en Russie.

Mme Vasilieva dit avoir été arrêtée en dépit du fait que son organisation est considérée comme un service essentiel, et affirme que les policiers locaux n’ont même pas pris le temps de consulter les documents qui le prouvent.

Le juge à Okulovka m’a finalement laissée partir moyennant une amende de 800 roubles [14 dollars]. C’est une farce, dit-elle, en ajoutant que les forces policières profitent des mesures en place durant la pandémie pour réprimer la critique en toute impunité.

Les autorités ne veulent pas que les gens sachent ce qui se passe dans les hôpitaux, mais les Russes commencent tranquillement à saisir l’ampleur.

Anastasia Vasilieva

Le 3 avril, la Russie dénombrait 4149 cas d’infections et 34 morts.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada le 17 mars dernier, la médecin s'interrogeait sur la véritable ampleur de l’épidémie en Russie et laissait entendre que le gouvernement masquait la véritable cause de la mort de centaines de patients.

En Russie, c’est le gouvernement qui contrôle exclusivement les statistiques. Il contrôle aussi les docteurs et tout le personnel médical. On ne sait pas vraiment ce qui se passe ici.

Anastasia Vasilieva, le 17 mars 2020

L’Alliance des médecins a d’ailleurs entrepris au début du mois de mars une vaste campagne pour financer l’achat de divers équipements pour venir en aide au personnel médical de Russie.

Quelques jours plus tard, Mme Vassilieva était convoquée pour un interrogatoire devant la commission d’enquête de la Fédération russe, le principal organe d’enquête du procureur général.

L’alliance déplore aussi l'envoi de tonnes d’équipement aux États-Unis et en Italie par le Kremlin alors que ses propres citoyens font face à des pénuries critiques.

C’est une ambition purement politique de Vladimir Poutine sur la scène internationale de montrer que son pays est fort en temps de crise, explique-t-elle.

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