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Développer des tests sérologiques fiables, la clé pour les prochains mois

Déjà, des chercheurs québécois préparent l’arsenal pour affronter une potentielle « deuxième vague ».

Goutte de sang sur l'index d'un homme.

Des chercheurs tentent de mettre au point un test sérologique rapide et fiable.

Photo : Getty Images / NatchaS

Mathieu Gobeil

Dans un laboratoire de l’Université de Montréal, le professeur de chimie Jean-François Masson et son équipe planchent actuellement sur un test portatif très précis qui vous permettra de savoir si vous avez développé la COVID-19 ou êtes maintenant immunisé. Un tel outil s’avérera nécessaire, estiment-ils, pour combattre la pandémie dans les temps qui viennent.

Les pays multiplient leurs capacités de dépistage du coronavirus qui cause la COVID-19. Les tests actuels par PCR (polymerase chain reaction, en anglais) vérifient si le virus est présent ou non dans votre corps.

Mais on s’intéresse de plus en plus aux tests sérologiques, effectués avec une goutte de sang. Ils ne détectent non pas le virus, mais les anticorps que vous produisez en réaction au virus, et qui restent dans votre organisme longtemps après l’infection. C’est crucial pour savoir si vous avez eu le virus, que vous ayez eu des symptômes ou non. L’équipe du professeur de chimie à l’Université de Montréal Jean-François Masson développe un tel test en ce moment. Nous nous sommes entretenus avec lui :

Pourquoi les tests sérologiques d’anticorps sont-ils si importants?

Jean-François Masson. Les tests par PCR utilisés présentement vont aller chercher le code génétique du virus dans un échantillon (prélevé dans le nez). Ils vont donc identifier les gens qui sont présentement infectés et qui ont une charge virale dans leur système. Donc ces tests sont bons pour détecter le virus rapidement.

Le test par anticorps, lui, vient un peu plus tard dans le processus. Lorsque le corps commence à combattre le virus, quelques jours après l’avoir contracté, le système immunitaire va générer des anticorps, la façon justement de se débarrasser du virus.

Les anticorps, contrairement au virus, restent relativement élevés dans notre système pour une bonne période suivant l'infection, potentiellement des mois. Donc, les tests d'anticorps peuvent déterminer qui a été infecté, que ce soit tout récemment ou même depuis un certain temps.

C’est important parce qu’il y a une proportion de la population infectée, peut-être une personne sur deux, qui ne présente pas de symptômes. Et on ne sait pas trop encore quelle fraction de la population est présentement immunisée ou le sera après la première vague d’infections.

Et ça, le test d'anticorps va nous permettre de le déterminer, contrairement au test par PCR.

M. Masson sourit à la caméra.

Jean-François Masson, professeur de chimie à l'Université de Montréal.

Photo : Université de Montréal

Qu’en est-il du développement d’un vaccin?

JFM. On s'attend à ce qu'il y ait des vaccins qui soient disponibles pour la COVID-19 idéalement dans la prochaine année, ça reste à voir selon les travaux en infectiologie. Mais pour savoir si un vaccin est efficace, il faut s'assurer que les patients ont développé les anticorps. Donc, les tests d'anticorps vont aussi servir à cet effet-là, pour voir qui on doit vacciner et si le vaccin fonctionne.

Ces tests sont importants aussi pour savoir quel est notre niveau d'exposition au risque, advenant une deuxième vague (d’infection dans la population, une fois les mesures de confinement levées), que ce soit à l'automne, ou dans quelques années.

Il faudra savoir : est-ce qu’on est aussi vulnérables que présentement? Ou est-ce qu’on est mieux protégés parce qu'il y a eu une bonne partie de la population qui a été infectée et qui est maintenant immunisée?

Jean-François Masson, professeur de chimie à l'Université de Montréal

Ça peut aussi nous aider à prévoir les campagnes de vaccination. Par exemple, Montréal, présentement, est très impactée. Il y a donc de bonnes chances que Montréal soit bien immunisée à la fin de cette vague, mais que, par exemple, Chicoutimi ne le soit pas. Donc, si on fait une campagne de vaccination, peut-être qu'on peut prioriser les endroits qui sont plus vulnérables avant tout.

Les pays s’intéressent maintenant activement aux tests sérologiques, mais on commence tout juste à en homologuer à l’international. Le Canada n’en a pas encore approuvé, pourquoi?

JFM. Ça tient à la précision des tests d’anticorps développés actuellement. Les tests d’anticorps génériques, rapides, fonctionnent avec une bandelette sur laquelle on a une molécule (du virus) qui capte l’anticorps spécifique à la COVID-19. La bandelette va changer de couleur selon la présence ou non des anticorps dans la goutte de sang.

Mais le problème des bandelettes, c'est leur sensibilité : elle n'est pas démontrée.

Notre corps développe beaucoup d’anticorps (face aux différentes infections) et chaque type d’anticorps peut avoir plusieurs pathogènes potentiels qui lui sont associés.

Il faut donc qu'on détecte vraiment les anticorps qui sont spécifiques à la COVID-19. Parce que si on détecte les anticorps de façon générale, bien, quelqu'un qui a une infection, un rhume ou un autre petit virus bénin, pourrait potentiellement être diagnostiqué positif à la COVID-19 avec ces tests-là. Ce serait un « faux positif ».

Il y a aussi des risques de « faux négatifs ». Des gens produisent beaucoup, beaucoup d'anticorps; ils vont donc se révéler positifs. Mais d’autres en produisent moins, alors ils ne seront pas détectés par le test.

Un faux positif ou un faux négatif va induire en erreur. On a besoin d'une plus grande précision, d’une plus grande certitude. C'est le type de test qu'on veut développer ici.

En quoi consiste le test diagnostique que vous tentez de développer?

JFM. Ça fonctionne un peu sur les mêmes bases qu'un glucomètre. Donc, nous, on n'utilise pas une bandelette, mais une petite cartouche dans laquelle on insère l'échantillon de sang. Et par la suite, on insère la cartouche dans un lecteur qui va faire une mesure optique du taux d’anticorps.

On voulait faire un test qui aurait la précision d'un laboratoire, mais la portabilité d'un test comme ceux à bandelette.

C’est pratique, par exemple, si on veut tester des populations à un endroit précis, comme dans une ville un peu loin des grands centres. On peut le faire beaucoup plus rapidement que d'envoyer tous les échantillons à un laboratoire centralisé.

Jean-François Masson, professeur de chimie à l'Université de Montréal

Un autre exemple : présentement, on a des médecins qui sont mis en quarantaine parce qu'ils démontrent des symptômes. Mais ils peuvent simplement avoir été enrhumés. Toutefois, avant d'avoir le résultat du test de la COVID-19 (par PCR), ça peut prendre de 2 à 3 jours. Donc si on peut les tester sur-le-champ pour voir s'ils ont vraiment développé des anticorps contre la COVID-19, on peut savoir s'ils sont immunisés (et s'ils peuvent donc retourner au travail de façon sécuritaire).

Nous travaillons à réduire un peu la taille de l’appareil et à l'optimiser. C'est une des raisons pour lesquelles nous ne promettons pas un test dans un horizon très proche. Parce qu'on veut finaliser le développement du prototypage et on veut développer un test qui va amener un aspect plus quantitatif, et les approbations sont plus rigoureuses dans ce contexte-là.

Le crise actuelle doit vous tenir très occupé...

JFM. Du point de vue scientifique, c'est un temps chargé, mais stimulant!

C'est la première fois, à tout le moins ici, au Canada, qu'on vit un projet de recherche collectif, en temps réel, dans les médias et partout. En tout cas, pour moi, c’est absolument superbe de voir ça!

Jean-François Masson, professeur de chimie à l'Université de Montréal

Les propos recueillis dans le cadre de cette entrevue ont été édités pour des raisons de brièveté et de clarté.

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