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À Paris, les urgences débordent; les morgues aussi

Une ambulance file à vive allure dans les rues de Paris.

Pour la dernière semaine de mars, la France a enregistré une surmortalité de 19 % par rapport à l’an dernier, soit plus de 5000 décès en à peine plus d’un mois, dont plus de la moitié dans la région parisienne.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

C’est un sujet qui demeure dans l’ombre. Il n’y a pas que le personnel médical qui est débordé : les entreprises de pompes funèbres aussi. La COVID-19 tue beaucoup de Parisiens ces jours-ci, au point où il faut un hangar géant pour abriter les corps des défunts.

Franck Vasseur s’excuse sans se lever de sa chaise. Le responsable d’une maison de pompes funèbres dans le 5e arrondissement de Paris doit faire un autre appel, trouver une réponse pour son client.

C’est un autre décès causé par le coronavirus. Un autre corps à enterrer. Un acte d’ordinaire routinier pour le propriétaire de la société L’Autre rive, mais ces jours-ci, c’est plutôt un casse-tête de logistique et d'émotions.

Un casse-tête né d’un constat mathématique : des centaines de personnes sont mortes dans la région parisienne en quelques semaines. Beaucoup plus que d'habitude. Plus que le système ne peut absorber en si peu de temps.

Pour la dernière semaine de mars, la France a enregistré une surmortalité de 19 % par rapport à l’an dernier. Plus de 5000 décès en à peine plus d’un mois, dont plus de la moitié dans la région parisienne.

On est surchargés, explique Franck Vasseur. Les employés font de longues journées, 7 jours sur 7. Les personnes décèdent dans les domiciles, il n’y a plus de place dans les chambres funéraires. Où les emmène-t-on? Gros stress!

Un hangar réquisitionné

Les autorités ont trouvé une solution à ce gros stress : un hangar géant, situé en banlieue de Paris, sur le site du marché international de Rungis.

Rungis, ce n’est pas un marché alimentaire normal. C’est le plus grand d’Europe, où vont s’approvisionner les restaurateurs, les maraîchers et les bouchers de la région. Rungis, c’est une succession de grands hangars.

Cette semaine, l’un des hangars inutilisés a été converti en morgue. Une solution sanitaire déjà utilisée en 2003, lors de la grande canicule qui a fait près de 20 000 morts.

La Préfecture de police de Paris a fait emménager ce hangar en raison de la tension qui persiste sur la chaîne funéraire, et qui devrait durer plusieurs semaines encore.

Des centaines de corps pourront y être conservés dans des conditions sanitaires adéquates. Dès lundi, les proches des défunts pourront s’y recueillir, en attendant que les corps soient inhumés ou incinérés.

Pour l’instant, la Ville de Paris assure que les délais pour disposer d’un corps ne sont pas rallongés par la hausse des mortalités.

Des cérémonies d’adieux « très rapides »

Un homme portant des lunettes parle au téléphone.

Franck Vasseur est responsable d’une maison de pompes funèbres dans le 5e arrondissement de Paris.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les risques d’infection liés au coronavirus viennent alourdir le deuil que vivent des milliers de familles françaises. À la douleur de perdre un proche s’ajoute la crainte d’en contaminer d’autres.

L’ambiance pour les familles, elle est aussi très, très délicate, explique Franck Vasser. Elles ne peuvent pas se réunir. Elles sont vraiment désemparées que leur proche soit décédé dans ces conditions et dans cette période.

Les règles imposées par les autorités françaises sont bien strictes et laissent peu de marge de manœuvre pour ceux qui vivent le choc d’une disparition. Le corps d’un défunt contaminé par le coronavirus doit immédiatement être mis dans un cercueil, sans exposition. Le nombre de personnes pouvant aller au salon est limité.

Pour l’instant, la crémation du cadavre n’est pas imposée par les autorités. Mais l’accès aux cimetières est restreint à une vingtaine de personnes, personnel funéraire compris.

Pas d’exception. Des contrôles sont effectués à l’entrée des cimetières.

Les mesures visent à protéger à la fois les endeuillés et le personnel funéraire, souvent en contact avec des cadavres contagieux.

Franck Vasser a déjà assisté à quelques enterrements de morts frappés par le coronavirus. Il a senti une ambiance plus lourde que d’ordinaire. Les gens sont stressés, dit-il. Ils sont silencieux. Silencieux. Ils écoutent. C’est très rapide. Les hommages sont très rapides.

Des rituels qui changent

La COVID-19 bouscule aussi le deuil. Certains n’ont pas eu le temps de dire au revoir à un proche, décédé subitement aux soins intensifs.

D’autres proches ont dû se contenter de dernières paroles transmises par un téléphone ou une tablette. Des adieux souvent trop rapides. Sans hommage ni recueillement.

Au temps du coronavirus, les souhaits des proches ne sont plus forcément réalisables. Et quand ils le sont, c’est parfois sous une forme modifiée.

La dernière fois au cimetière, se rappelle Franck Vasseur, on avait une petite truelle pour déposer la terre. Après, on se lavait tous les mains avec une solution désinfectante.

Pour les cérémonies à l’église catholique, plus question de bénir le corps du défunt. Seul le prêtre peut le faire. Les prises de paroles sont limitées. Les chorales, souvent absentes, parce que plusieurs membres ont plus de 70 ans.

On est plus sur une gestion technique des obsèques qu’une vraie gestion humaine d’un décès, constate Franck Vasseur. Impossible de bien honorer l’histoire, la personne qui est partie.

Sa firme propose aux clients d’organiser une cérémonie d’hommage plus tard, quand il sera possible de rassembler tout le monde ensemble, dans des conditions plus favorables.

Aujourd’hui, impossible de prédire à quel moment ce type de cérémonies pourra de nouveau avoir lieu.

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