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Le Québec en confinement : comment en sommes-nous arrivés là?

Un graphique avec deux lignes du temps.

Graphique montrant le nombre de cas totaux et le nombre de nouveaux cas par jour.

Photo : Radio-Canada

Il n'aura fallu que quelques semaines à la pandémie pour bouleverser, comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, le quotidien des Québécois. En fait, la situation a évolué si vite que le gouvernement a dû rapidement passer des simples avertissements aux règles strictes. Comment en sommes-nous arrivés là?

Depuis l’annonce du premier cas au Canada le 27 janvier dernier – celui d'un Ontarien ayant voyagé à Wuhan, en Chine –, le nombre de mesures imposées se multiplie dans l’espoir de freiner la propagation.

Déjà, le 22 janvier, les agences de santé publique au Canada disaient se préparer à lutter contre la COVID-19.

Daniel Béland, directeur de l’Institut d'études canadiennes de l’Université McGill, explique que les autorités préparaient peu à peu le terrain pour cette crise.

Au départ, les spécialistes en santé publique savaient ce qui s’en venait; ils avaient les scénarios en tête. Mais c’est difficile d’avoir un discours sévère au début sans qu’il y ait de cas, sans morts; les gens n’y croient pas.

Daniel Béland, Université McGill

Le 27 janvier, voyant la multiplication des cas en Chine, Ottawa déconseille tout voyage dans la province de Hubei, l'épicentre de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Trois jours plus tard, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare l'état d'urgence de santé publique internationale, le Québec affirme ne pas vouloir mettre en quarantaine les personnes que le Canada s’apprête à rapatrier de la Chine.

Février, avant la tempête

Pendant le mois de février, les autorités de santé publique et les politiciens appellent surtout à la prudence et au gros bon sens. Mais déjà, on commence à laisser planer le spectre des restrictions.

Le 24 février, même si aucune infection n’a encore été signalée au Québec, le Dr Horacio Arruda affirme que la province n’exclut aucune mesure pour contrôler l’épidémie. Actuellement, il n’y a pas de transmission chez nous, mais advenant que [ça se produise] dans une école, [...] on pourrait en venir à des mesures de containment ou de fermeture, a-t-il dit, tout en tempérant l'urgence de la situation.

Le risque n’est pas plus élevé pour l’instant

Dr Horacio Arruda, 24 février 2020

Puis, le 28 février, les autorités annoncent le premier cas au Québec.

Mars entre comme un mouton et sort comme un lion

Après un mois de recommandations, tout déboule en mars. La majorité des restrictions sont mises en place dans les deux dernières semaines du mois de mars.

Le 9 mars, on annonce le premier mort au Canada. Ottawa recommande aux Canadiens d'éviter les voyages en croisière.

Le lendemain, le 11 mars, l'OMS annonce que le nouveau coronavirus est désormais une pandémie.

Le Québec introduit ses premières restrictions : il interdit aux employés de l’État tout voyage pour le travail et recommande d’éviter les voyages pour des raisons personnelles.

Puis, le 12 mars, on hausse le ton : Québec interdit les rassemblements intérieurs de plus de 250 personnes. On demande à tous les Québécois qui reviennent de l’étranger ou qui ont des symptômes s’apparentant à la grippe de se placer en isolement pendant 14 jours. 

La Ville de Montréal annonce la fermeture des arénas, bibliothèques et installations sportives jusqu'à nouvel ordre.

Les Québécois commencent à comprendre que la crise, qui semblait jusqu'à présent si lointaine, est à nos portes.

Le discours des politiciens commence aussi à changer, à témoigner davantage de l'urgence de la situation. Et ils expliquent le raisonnement qu'il y a derrière leurs décisions. L’État est capable de faire accepter certaines concessions sur une base temporaire parce qu’il y a une situation d’urgence, dit Daniel Béland.

C’est clair qu’on brime les droits individuels, mais c’est pour le bien collectif et le bien des personnes.

Dr Horacio Arruda, 12 mars 2020

La situation s’est aggravée, c’est normal que le discours change, explique Daniel Béland. On essaie d’évaluer la situation au jour le jour. On ne veut pas que les gens paniquent, mais on voit qu’il faut hausser le ton.

C'est pourquoi les autorités essaient d’atteindre un équilibre dans leurs communications entre la nécessité d'instiller un sentiment d'urgence et celle de rassurer.

Les autorités de santé publique utilisent notamment le concept d'aplatir la courbe de l'épidémie pour expliquer comment la distanciation physique aide à ne pas surcharger le réseau de santé.

Par exemple, ce graphique montre la vitesse à laquelle le Québec pourrait manquer de lits d'hôpitaux en fonction du nombre de nouveaux cas par jour.

Début des fermetures

Le 13 mars, Québec annonce la fermeture des services de garde, des écoles, des cégeps et des universités jusqu’au 30 mars.

Le même jour, Ottawa annonce des restrictions sur les voyageurs : 

  • Les vols en provenance de l'étranger sont restreints et les avions devront atterrir dans des aéroports désignés;

  • On demande aux Canadiens de reporter ou d’annuler les voyages non essentiels hors du pays;

  • Tous les voyageurs qui reviennent de l’étranger doivent se placer en quarantaine volontaire. Ceux qui rentrent d’Italie, d’Iran et de la région du Hubei, en Chine, doivent être en quarantaine obligatoire.

Le premier ministre Justin Trudeau annonce également que tous les événements de 250 personnes ou plus doivent être annulés. Les provinces adopteront elles aussi, à des moments différents, des limites aux rassemblements.

Le nombre de mesures strictes continue d'être annoncé au compte-gouttes, une stratégie qui est utile en temps de crise, explique Guglielmo Briscese, économiste à l'Université de Chicago, qui étudie l'impact social des restrictions imposées pendant cette pandémie.

Dans des pays démocratiques, il est difficile de dire aux gens qu'on va mettre en place des restrictions de façon indéfinie. Ça créerait trop d’anxiété. On ne veut pas créer de la panique.

Lorsque les gens paniquent, ils se mettent en mode de survie et agissent de façon individualiste. C’est la dernière chose que l’on veut lorsqu’on est en situation de pandémie.

Guglielmo Briscese, Université de Chicago

Le 14 mars, pour la première fois de son histoire, le Québec déclare l'état d'urgence sanitaire pour 10 jours. C'est la première province du pays à le faire.

Par ailleurs, toutes les visites dans les CHSLD, les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées sont interdites.

On demande aussi aux personnes de 70 ans et plus d’éviter de sortir de chez elles. Les aînés sont particulièrement vulnérables, martèlent les autorités de santé publique, qui présentent de plus en plus de données au public. « Restez à la maison » devient le slogan sur les lèvres de tous les politiciens.

Le lendemain, le gouvernement de François Legault ordonne la fermeture de lieux de rassemblement et exige que les restaurants limitent le nombre de leurs clients à 50 % de leur capacité d'accueil.

Le 15 mars, Ottawa laisse planer la possibilité de fermer les frontières. Dès le lendemain, Ottawa annonce qu’il ferme ses frontières aux étrangers, sauf les Américains. 

Le 18 mars, un premier décès en lien avec la COVID-19 est signalé au Québec. 

Ottawa durcit le ton et annonce que la frontière canado-américaine est maintenant « fermée temporairement » aux déplacements non essentiels. 

Prolonger et renforcer les restrictions

Horacio Arruda parle du pic de contagion en conférence de presse.

Horacio Arruda parle du pic de contagion en conférence de presse.

Photo : Radio-Canada

Les autorités avertissent les Québécois : respectez les mesures de distanciation physique, sinon cette crise durera encore plus longtemps.

Le Dr Horacio Arruda brandit le spectre d'une intervention militaire pour faire entendre raison aux délinquants. « S'il faut prendre des mesures plus fortes, on va le faire, mais plus les gens vont collaborer avec nous, plus on va avoir du succès, moins on va avoir besoin de ces mesures-là qui briment les libertés », a-t-il ajouté.

Le 20 mars, moins de deux semaines après avoir fermé les écoles et services de garde, François Legault juge « peu probable » qu’ils rouvrent le 30 mars.

Le lendemain, Québec annonce que l’état d’urgence sanitaire est prolongé jusqu’au 29 mars et interdit tout rassemblement intérieur ou extérieur. Le premier ministre Legault affirme que Québec se prépare à tous les scénarios.

Puis, le 22 mars, Québec prolonge la période de fermeture des écoles et des services de garde de la province jusqu'au 1er mai et ordonne la fermeture des centres d’achats, des salons de coiffure et d'esthétique ainsi que des salles de restaurant jusqu’au 1er mai. 

Enfin, le 23 mars Québec annonce que toutes les entreprises et tous les commerces du Québec devront fermer jusqu’au 13 avril, à l’exception des « services essentiels ».

M. Briscese ajoute qu'il est normal que les dates de levée des restrictions varient au cours de cette crise. Mais il prévient que la population pourrait s'opposer à un prolongement des mesures si les dates changent trop souvent.

Les gouvernements doivent expliquer clairement pourquoi les dates butoirs changent. En même temps, ils doivent gérer les attentes des gens sur le moment où va finir cette crise.

Guglielmo Briscese, Université de Chicago

En « guerre » contre la COVID-19

Plus le mois de mars avance, plus les messages des politiciens et des autorités publiques se transforment et les analogies de temps de guerre se multiplient.

On entre dans une nouvelle étape de cette bataille contre le coronavirus.

Francois Legault, premier ministre du Québec, 23 mars 2020

Daniel Béland explique que les gouvernements rallient ainsi la population et provoquent un sentiment de solidarité collective en parlant d'un ennemi commun.

Tandis que le Québec franchit le cap des 1000 cas de COVID-19 le 24 mars, les premiers ministres provinciaux et le premier ministre Justin Trudeau évoquent la possibilité d'invoquer la loi fédérale sur les mesures d'urgence lors d'une conférence téléphonique.

C’est quand même l’option nucléaire. On a fait le calcul à Ottawa que ce n’est pas encore nécessaire.

Daniel Béland, Université McGill

Ottawa annonce le 25 mars que les voyageurs de retour au Canada qui contreviennent à l'obligation de s'isoler pendant 14 jours s'exposent désormais à la prison ou à une amende allant jusqu'à 750 000 $.

Le 25 mars, le gouvernement du Nouveau-Brunswick met en place des postes de contrôle à ses frontières avec le Québec et les deux autres provinces maritimes.

Le 26 mars, le Dr Horacio Arruda affirme que le gouvernement du Québec examine toutes sortes de scénarios et laisse planer la possibilité de mesures spéciales pour Montréal.

Le 27 mars, les villes de Montréal et de Québec déclarent l'état d'urgence.

Le 28 mars, le Québec, qui compte à ce moment près de 2500 cas, impose le contrôle des allées et venues dans huit régions et à la frontière avec les États-Unis.

Des policiers de la Sûreté du Québec contrôlent la circulation.

Le barrage policier contrôle les allées et venues à Saint-Tite-des-Caps, sur la route 138.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Ottawa interdit aux Canadiens ayant des symptômes de la COVID-19 de prendre des vols intérieurs ou le train et annonce que les promenades sont dorénavant interdites aux voyageurs de retour au Canada et aux personnes en contact étroit avec une personne atteinte de la COVID-19. 

Le 29 mars, l’état d’urgence sanitaire à Montréal est prolongé de cinq jours.

Le 30 mars, le Québec, qui compte désormais 3430 cas, annonce la fermeture, pour tous les dimanches du mois d’avril, des commerces qui donnent des services jugés essentiels.

Le 5 avril, Québec prolonge la période de confinement jusqu'au 4 mai.

Avril et la nouvelle réalité à venir

Face à une accélération du nombre de nouveaux cas, les politiciens préparent de plus en plus la population à une crise qui va possiblement durer encore longtemps, dit Craig Janes, anthropologue médical et directeur de l'École de santé publique et des systèmes de santé de l'Université Waterloo.

Ça va durer encore des semaines, peut-être des mois, a dit Justin Trudeau.

Ces mesures ont-elles été adoptées suffisamment tôt? À quand le retour à la normale? Difficile à dire, selon M. Janes. Le temps nous le dira. C'est le virus qui va décider.

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