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Les inhalothérapeutes, une bouffée d’oxygène en temps de coronavirus

Une inhalothérapeute tient un masque.

Les inhalothérapeutes sont en première ligne dans la prise en charge des cas sévères de COVID-19.

Photo : iStock

Les respirateurs artificiels sont devenus des bouées de sauvetage avec la crise de la COVID-19, mais leur disponibilité tient en haleine les autorités. Derrière ces appareils, il y a des professionnels dont on parle peu : les inhalothérapeutes.

Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. J’étais avec un conseiller en orientation qui m’avait proposé plusieurs choix, puis je ne connaissais pas du tout cette profession. J’ai lu là-dessus puis j’ai décidé de me lancer. Je ne regrette aucunement mon choix aujourd’hui, malgré cette situation qui n’est évidente pour personne.

Éricka Demers a embrassé le métier d’inhalothérapeute après ce genre de rencontre, qui peut parfois inspirer de passionnantes vocations. Elle en est à sa dixième année de pratique.

Les inhalothérapeutes sont presque partout dans le système de santé, mais les patients les voient peu, puisqu’ils interviennent souvent dans des situations critiques.

Ils sont bien entendu présents dans les unités de soins intensifs pour administrer l’assistance respiratoire, mais on les retrouve aussi dans divers services : en cardiologie, dans les urgences, dans les salles d’accouchement, dans le transport hospitalier, dans les laboratoires d’études des troubles du sommeil, etc. En somme, partout où leur expertise en support ventilatoire et en sédation est requise.

En gros, l’inhalothérapeute est l’allié des poumons, en ce sens qu’il veille à assurer une bonne respiration. Usant de différents outils et techniques, et collaborant étroitement avec une équipe médicale multidisciplinaire, son travail consiste à faire l’évaluation et le suivi thérapeutique du système cardiorespiratoire.

Éricka Demers, inhalothérapeute

Éricka Demers, inhalothérapeute, mise beaucoup sur la collaboration avec les autres professionnels de la santé pour faire face à la crise du coronavirus.

Photo : Éricka Demers

Il va sans dire qu’en raison de complications possibles liées à la COVID-19, qui peut causer une pneumonie ou un syndrome de détresse respiratoire aiguë, les inhalothérapeutes se retrouvent propulsés à l’avant-poste d’une bataille qui ne fait que commencer.

Des professionnels sollicités

Notre charge est augmentée présentement. On est vraiment beaucoup sollicités pour les patients qui ont des complications respiratoires causées par la COVID-19, mais aussi pour tous les autres soins qui continuent de solliciter notre expertise, malgré la pandémie, raconte Éricka Demers, qui travaille dans un établissement de santé dédié au coronavirus.

On a la crainte de ramener ça à la maison et dans nos familles. On a aussi la préoccupation de donner des soins de qualité à tous nos patients malgré la charge de travail qui augmente.

Éricka Demers, inhalothérapeute

À la veille de notre entrevue, la jeune femme raconte avoir eu une journée de travail intense, qui pourrait être le prélude à une surcharge qui va s'installer dans la durée.

On a eu trois transferts en ambulance de patients qui étaient intubés, qui nécessitaient qu’on les accompagne pour manipuler le respirateur de transport et faire la surveillance. On a eu des intubations multiples aussi, on doit assister à l’intubation pour sécuriser les voies aériennes. Des arrêts cardiorespiratoires, des accouchements, tout ça peut arriver en même temps et nécessite plusieurs inhalothérapeutes en même temps.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

Adaptation

Même si les gestes à poser demeurent pratiquement les mêmes, le contexte inhabituel du coronavirus exige qu’on s’y adapte. Ça demande une plus grande préparation pour éviter d’être contaminé et de contaminer les autres par la suite. C’est certain qu’on a des protocoles à suivre, on vérifie toujours plus qu’une fois.

D’autant plus que chaque semaine, chaque mois, il y a une nouvelle recherche qui va sortir, on doit changer et faire évoluer nos pratiques.

Avec un virus qui n’a pas encore livré tous ses secrets, la vigilance est de mise. Par exemple, pour faire des intubations, on doit être deux inhalothérapeutes : une personne qui est directement avec le patient et l’autre personne qui reste disponible pour rentrer du matériel dans la chambre à pression négative.

Éricka Demers ne cache pas qu’elle craint d’être contaminée et de contaminer à son tour les membres de sa famille. La jeune maman trouve aussi difficile la conciliation travail-famille en ce moment, en raison des exigences professionnelles et des contraintes imposées par la pandémie.

Une personne porte un masque d'oxygène.

Les inhalothérapeutes doivent faire preuve de vigilance et d'adaptation devant une maladie qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Photo : Freepik

« On ne s’habitue pas » au débranchement

Qu’à cela ne tienne, elle tire une grande fierté de son travail et se réjouit que la majorité de la population ait pu connaître notre profession.

C’est une super belle profession, c’est stimulant, diversifié, ça nécessite beaucoup d’empathie, une grande capacité d’adaptation. C’est très gratifiant, surtout par les jours qui courent.

Éricka Demers, inhalothérapeute

Mais tout n’est pas source de satisfaction dans le travail des inhalothérapeutes, qui manipulent les respirateurs artificiels et en analysent les données dans un objectif thérapeutique. Ce sont aussi eux qui, à la demande du médecin, procèdent au débranchement de ces appareils.

Le geste est lourd. Il signifie l’arrêt du traitement et, par conséquent, la fin de vie du patient. Ni l’expérience ni la formation ne parviennent à faire de cet acte hautement délicat une routine.

C’est pour ça que prend beaucoup d’empathie. On ne s’habitue pas à ces choses-là, c’est certain.

L’une des craintes des inhalothérapeutes, c’est d’ailleurs d’avoir à gérer une mortalité aussi importante qu’en Italie et à New York, admet Karine Grondin, coordonnatrice clinique en inhalothérapie.

Si à un moment donné, on commence à voir beaucoup de décès, il va y avoir une charge émotive quand même, prédit-elle.

Un homme hospitalisé.

Le respirateur artificiel est essentiel dans le traitement des personnes les plus durement frappées par la COVID-19.

Photo : iStock

La charge cognitive

Dans le métier comme le nôtre, on n’a pas le choix d’être empathique. On travaille avec l’humain, on voit des familles endeuillées, des familles qui pleurent. Des fois, les patients sont seuls, les visites sont limitées. C’est long quand même 16 heures dans une chambre d’hôpital sans avoir personne, affirme celle qui exerce l'inhalothérapie depuis 22 ans.

Mme Grondin est consciente que le nombre de patients qui vont avoir besoin de ventilation mécanique va être plus important que d’habitude. Cette perspective suscite une certaine préoccupation chez le personnel. Ce n’est pas dans la préparation, c’est plutôt dans le nombre de patients qu’on pourrait avoir à traiter et peut-être, éventuellement, l’incapacité de donner un soin personnalisé à ces patients-là.

Les gens ont peur de ne pas avoir assez de temps pour faire des interventions qui vont être personnalisées aux patients, dû au nombre plus élevé qu’on va avoir de patients à notre charge.

Karine Grondin, inhalothérapeute

Pour faire face à une éventuelle vague que fait craindre la progression de la pandémie, les hôpitaux battent le rappel des troupes. Les inhalothérapeutes qui exercent dans d’autres services non urgents sont mobilisés.

Des services ont diminué leurs activités pour libérer des ressources et venir appuyer les inhalothérapeutes en soins critiques pour s’assurer qu’on soit capable de répondre à la demande, indique la coordonnatrice clinicienne.

Dans la foulée de cette grande mobilisation, l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec a pris des mesures pour que d'anciens membres à la retraite et des étudiants candidats à l’externat puissent être déployés dans le système de santé.

En plus de la fébrilité qui gagne le milieu hospitalier, il y a une aussi une part d’inconnu avec laquelle doit composer le personnel.

On veut traiter les patients, mais avant tout, c’est super important que le personnel maîtrise toutes les procédures de base pour éviter la contagion à l’intérieur du milieu. Donc, ça demande une charge cognitive qui est importante à tout le personnel, mais spécifiquement aux inhalothérapeutes.

Karine Grondin, inhalothérapeute
Un employé du réseau de la santé met un masque sur un patient.

Les inhalothérapeutes s'adaptent à la crise et resserrent les rangs avec d'autres professionnels pour y faire face.

Photo : iStock

Solidarité et vigilance pour affronter l'inconnu

Comme Éricka Demers, Karine Grondin souligne que la vigilance et une bonne préparation doivent être de mise devant une maladie que la littérature scientifique n'a pas encore clairement cernée.

On a des protocoles qui sont établis depuis plusieurs années en médecine sur la prise en charge d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë. Par contre, on s’est rendu compte que ces patients-là [du coronavirus] ne se comportent pas comme à l’habitude. Ce qui se fait depuis des années fonctionne bien, mais il y a des patients qui ne répondront pas aussi bien ou qui répondront un peu différemment au protocole. Donc on a dû adapter notre façon de les prendre en charge.

Les deux inhalothérapeutes sont d’avis que la crise de la COVID-19 a provoqué un élan de solidarité salutaire parmi les professionnels de la santé. Elles constatent avec satisfaction que des échanges d’expertises et d’expériences ont de plus en plus lieu entre les intervenants de différentes villes et provinces.

Mettre à profit notre expertise de pointe en ventilation et combiner nos compétences cliniques en soins cardiorespiratoires à celle de l'équipe multidisciplinaire pour surmonter la phase critique de la maladie, c'est ça, être inhalothérapeute dans la crise de la COVID-19, conclut Karine Grondin.

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