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Le coronavirus et la résilience des athlètes-entrepreneurs

Une représentation d'une infirmière au travail

Poches et fils lance des t-shirts pour soutenir les fondations des hôpitaux du Québec.

Photo : Poches et fils

Jean-Patrick Balleux

Se battre, parfois perdre, espérer gagner. Avec la crise du coronavirus, ces termes associés au monde du sport s’appliquent également au monde des affaires, affirment trois anciens athlètes-entrepreneurs.

En 2014, Anthony Vendrame remportait la Coupe Vanier avec les Carabins de l’Université de Montréal. L'année suivante, le receveur diplômé en finances cofondait Poches et fils, qui fabrique des t-shirts aux poches ludiques. Il en est le directeur général. Si l’entreprise misait au départ sur la vente en ligne, ses produits se retrouvent maintenant dans 200 points de vente au Québec.

Le 12 mars, dans ses propres bureaux du Centre-Sud, Poches et fils ouvrait une première boutique. Fermée 18 heures plus tard le 13 mars. Un record Guinness. On déloge officiellement Target Canada, lance un Anthony Vendrame ironique, victime de la décision de François Legault de fermer les commerces non essentiels pour ralentir la courbe de contagion du coronavirus.

Des pertes d’un million de dollars

La courbe que Vendrame regarde ces jours-ci, c’est celle des ventes. Pour 2020, les projections sont déjà revues à la baisse d'un million de dollars, et il y a des inventaires de matériel à financer pour les futures commandes qui n’arriveront pas. Les premières réunions de son équipe en télétravail, quoique colorées grâce aux filtres des applications, n’avaient rien de réjouissantes.

Ils s'amusent avec des filtres d'applications.

Les employés restants de Poches et fils utilisent les nouvelles technologies et l'humour pour traverser la crise.

Photo : Anthony Vendrame

C’est des montagnes russes d’émotions. C’est beaucoup d’incertain pour nous au début. Et, après ça, c’est beaucoup d’incertain pour l’équipe […] Au début, je l’ai pris tough. J’ai été pendant deux-trois jours dans un mode plus sombre. Mais après, on se relève et j’ai la chance d’être accompagné par deux mentors extraordinaires, explique celui qui a dû envoyer au chômage technique 80 % de son personnel.

Je me dis que ce n’est pas ma faute ce qui arrive à la compagnie, mais que c’est ma responsabilité de faire quelque chose avec ça, dit l’ancien footballeur qui a compris le concept de résilience après deux déchirures du ligament croisé antérieur durant sa carrière d’athlète.

Avec la fermeture des magasins et les collaborations corporatives limitées par la crise, seule la vente en ligne permet en ce moment à la jeune PME de joindre le public.

Il faut garder les troupes motivées et essayer de stimuler le plus de créativité et trouver des solutions pour cette crise. Ça nous amène à nous requestionner sur pleins de trucs et à nous réinventer. C’est un vecteur d’innovation malheureux dans ce cas-ci, mais qui sera bénéfique pour certaines business qui reverront leur façon de faire, ajoute le dirigeant de Poches et fils.

Il a d’ailleurs lancé jeudi une nouvelle poche aux couleurs du personnel soignant. Vingt-cinq pour cent des ventes seront versées aux fondations des hôpitaux du Québec.

C’est notre façon de pouvoir aider pendant la crise. On travaille aussi avec les gens de Polytechnique et Vestechpro pour faire de la sous-traitance et utiliser la machinerie et le savoir-faire de notre personnel en couture pour produire des masques ou autres équipements médicaux. Ça nous permettrait d’aider, mais aussi de ramener notre monde en chômage en ce moment.

Cuisiner à la maison est redevenu tendance

À l’autre bout du spectre, il y a des entreprises qui font de bonnes affaires avec la crise. Josée Corbeil, joueuse de l’équipe canadienne de volleyball aux Jeux olympiques d’Atlanta, est à la tête d’évoilà5, une PME spécialisée dans les repas prêts à cuisiner.

Les gens veulent éviter de faire des courses et de sortir. On est plus en demande que jamais. On veut aider les gens à manger sainement tout en sortant de la maison deux minutes pour aller chercher leur commande, affirme-t-elle. Les ventes d’évoilà5 ont augmenté de 40 % ces dernières semaines.

Travail et capacité d’adaptation

Josée Corbeil a depuis longtemps tracé un parallèle entre son ancienne vie d’athlète et sa nouvelle carrière d’entrepreneure.

Le dépassement de soi est nécessaire. Quand on fait du sport et qu’on s’entraîne pour participer aux Jeux olympiques, on ne compte pas ses heures et il faut être créatif. C’est ce que je fais présentement, dit Corbeil, dont l’équipe avait fini 9e sur 12 à Atlanta.

Elle travaille en réunion.

Josée Corbeil et sa fille dans une des boutiques évoilà5

Photo : Josée Corbeil

En volleyball, on est plusieurs sur le terrain. C’est la même chose pour l’entreprise. On est plusieurs pour se soutenir dans les moments difficiles et c’est beau à voir. La communication est importante aussi. Et dans le sport, on a un plan de match, surtout quand l’adversaire est très fort et que l’alignement est parfois changé à la dernière minute. (En ce moment), chaque jour, il y a des mises à jour et on doit s’adapter. J’ai toujours utilisé ma boîte d’outils d’athlètes, mais maintenant, plus que jamais, conclut la maman de deux enfants.

Bruny Surin reste optimiste

Bruny Surin doit également composer avec le télétravail… et de grands enfants confinés dans la maison. Au début de la crise, sa fille Katherine s’entraînait en Afrique du Sud dans l’espoir de se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo. La médaillée de bronze sur 400 m aux Championnats canadiens espère être sélectionnée pour l’équipe du 4 x 400 m.

Elle était dans un autre état d’esprit. Je lui disais de rentrer à la maison. Elle ne voulait pas, prétextant que le virus n’avait pas atteint ce coin du monde. Papa Surin a finalement réussi à convaincre sa fille d’être rapatriée d’urgence. Il pouvait ainsi se concentrer sur ses entreprises : ses conférences du printemps, toutes reportées à l’automne, sa fondation et ses compagnies Groupe et Vêtements Surin.

La réalité, on ne peut pas s’en défaire. Tout le monde est dans le même panier. Je suis conscient que mon prochain trimestre va être désastreux. Mais je regarde au-dessus, lance le médaillé d’or olympique du 4 x 100 m, qui se prépare déjà pour la relance.

Les vêtements, c’est un défi parce que mon réseau de distribution, les magasins sont fermés. Ce que je fais maintenant? Je lis beaucoup, et j’essaie de perfectionner mes conférences et de trouver d’autres sujets. Je ne reste pas à la maison à ne rien faire, avoue celui qui continue de s’entraîner. Il profite du temps de qualité en famille et ne dit pas non à Netflix pour se changer les idées!

Il pose avec des vêtements de sport.

Bruny Surin

Photo : Bruny Surin

Bruny Surin n’a pas eu la difficile tâche, comme Poche et fils, de mettre à pied du personnel. Pour l’instant, il entrevoit une baisse de 10 % de ses revenus d’affaires.

Le bon côté est que dès que ça va reprendre, il va y avoir plus de demandes. C’est comme ça que je le vois. Parce que si je regarde juste maintenant, je vais paniquer. Je vais dire : "Qu’est-ce qui se passe? Il n’y a rien qui rentre, il n’y a que des factures de fournisseurs à payer." Mais je sais, disons au mois de septembre, si Dieu le veut, le marché va être beaucoup plus occupé, croit l’ancien sprinteur.

Se relever. Surin en a compris l’importance dès les Jeux olympiques de 1996.

La médaille (d’or) du Canada au relais 4 x 100 m, on en parle encore. Mais cinq jours auparavant, je voulais aussi gagner une médaille au 100 m (individuel). Je me mettais beaucoup de pression et mon état d’esprit n’était pas à la bonne place, dit celui qui avait été éliminé en demi-finales.

Mon monde s’est écroulé. Je voyais des étoiles, je voyais noir, je pleurais, ma femme pleurait et mon entraîneur ne savait pas ce qui se passait […] Je me suis dit : "Pourquoi Bruny tu es dans cette situation? Essaie de regarder par-dessus ça." Je voulais cette médaille pour mes commanditaires, le pays, mes amis, ma famille. Je me suis complètement oublié.

Le soir même, il trouvait la réponse à sa question et refusait de miner la confiance de ses coéquipiers.

Quelques heures après, j’avais le sourire jusque-là. J’étais dans la piscine, la vie était belle et le monde n’en revenait pas. Le problème était réglé et cinq jours après, j’avais ma médaille aux Jeux olympiques.

Bruny Surin invite les entrepreneurs et les Québécois à adopter cette attitude. Même s'il convient que financièrement, les temps seront difficiles et que des vies humaines seront fauchées.

Il faut essayer de regarder plus loin et se dire qu’on va passer au travers. Restons positifs, ça va bien aller, comme l’arc-en-ciel, conclut Surin, qui est en train de se réinventer en démystifiant l’art du webinaire.

Si les gens hésitent peut-être dans un avenir rapproché à se réunir pour écouter ses conférences, il pourra toujours les animer grâce aux nouvelles technologies… et contaminer le Québec avec sa bonne humeur et son optimisme.

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