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Les troubles alimentaires, dommages collatéraux de la COVID-19

Une femme et un pèse-personne.

L'anxiété liée à la pandémie de COVID-19 peut mener à des troubles alimentaires.

Photo : Getty Images / Tero Vesalainen

Certaines personnes confinées s'inquiètent de la trop grande proximité de leur réfrigérateur. Plusieurs blaguent sur les kilos qu’ils prendront, certains multiplient les entraînements pour éviter de prendre du poids. Mais pour les personnes ayant un trouble alimentaire, la détresse causée par la situation est beaucoup plus importante.

Jordane Giguère a vécu pendant plus d’une décennie avec l’anorexie, rétablie depuis quelques années, la Sherbrookoise reconnaît que le stress causé par les mesures de confinement est dur à porter.

Ça ramène des fragilités. [...] Ça me fait penser à une hospitalisation. Ça me ramène à des souvenirs d’isolement, d’être confiné à la maison, de ne pas voir personne, d’avoir une routine qui tourne autour des repas, dit la jeune femme. 

Les gyms fermés et les nombreuses publications sur les réseaux viennent aussi, selon elle, mettre une pression indue sur les personnes ayant des troubles alimentaires. 

Jordane Giguère est devenue une référence sur les réseaux sociaux pour bien des personnes vivant avec des troubles alimentaires. Elle y raconte son parcours et y met des mots d’encouragement pour ceux qui ont une relation trouble avec l’alimentation.

Une photo de Jordane Giguère dans une période de restriction alimentaire juxtaposée à une photo d'elle rétablie.

Sur Instagram, Jordane Giguère témoigne de son parcours et de ses troubles alimentaires.

Photo : Instagram

Au cours des dernières semaines, elle a reçu de nombreux témoignages de personnes chez qui les crises de compulsion alimentaire ou de restrictions s’étaient multipliées depuis le début de la pandémie. 

Aller à l’épicerie, faire à manger, manger, penser à ce qu’on va manger. Bien sûr, pour les gens qui ont cette fragilité-là, les pensées tournent beaucoup autour de ça.

Jordane Giguère

Jordane Giguère souligne aussi que la fermeture des services d’aide constitue un défi supplémentaire pour les gens malades. 

Plus aucun service en Estrie

À Sherbrooke, Arrimage Estrie offre son soutien aux personnes qui vivent avec des troubles alimentaires ou avec des enjeux concernant leur apparence corporelle. L'organisme a dû fermer ses portes pour se conformer aux exigences gouvernementales.

On ne fait que des groupes [de soutien], donc ce n’était pas très adapté , explique la directrice de l’organisme, Julie Witty Chagnon.

La vingtaine de personnes qui utilisaient hebdomadairement les services doivent donc se tourner vers d’autres ressources.

La directrice de l’organisme constate aussi la pression mise sur la population pour qu’elle adopte des comportements sains et qu’elle soit active pendant cette période de confinement, tout particulièrement sur les réseaux sociaux.

On vit un stress et une situation qui n’est pas normale, alors c’est tout à fait normal que notre alimentation, notre activité physique ou nos habitudes soient perturbées, explique-t-elle. Mais ça peut avoir un effet culpabilisant chez les gens qui ont déjà des comportements un peu problématiques avec l’alimentation.

Le problème est multifactoriel. C’est souvent déclenché par des émotions, du stress, de l’anxiété. Donc la situation actuelle c’est vraiment un scénario parfait pour déclencher ces comportements-là.

Julie Witty Chagnon, directrice Arrimage Estrie

Pour aider ses patients, Arrimage Estrie les encourage à parler de leurs difficultés à leurs proches. Puisque la situation d’isolement peut rendre ces discussions difficiles pour certaines personnes, l’organisme estrien conseille de se tourner vers une ligne téléphonique dédiée aux troubles alimentaires : celle d’Anorexie et boulimie (ANEB) Québec. 

ANEB est devenu en quelque sorte la référence provinciale en cette période de crise. L’organisme a conservé sa ligne téléphonique, mais a aussi rendu disponible au grand public des canaux de communication qui étaient jusque là réservés à la clientèle jeunesse, comme le clavardage et les textos. On n’aide pas juste les personnes qui ont un diagnostic. [...] Si on commence à être préoccupé pendant le confinement par notre poids et que les pensées sont envahissantes, on est là pour ça, explique sa responsable du volet éducation et prévention, Myriam Lafortune. 

On est bien occupé. On est pas mal tout le temps sur la ligne, les gens nous laissent des messages pour qu’on puisse les rappeler.

Myriam Lafortune, responsable du volet éducation et prévention chez ANEB Québec

La responsable rappelle l'importance pour les gens d'aller chercher disponible : Plus que jamais en ce moment, les gens doivent prendre soin d’eux.

Services Anorexie et boulimie Québec

Ligne d'écoute téléphonique (tous les jours de 8 h à 3 h) : 1 800 630-0907

Textos (du lundi au vendredi de 11 h à 15 h 30) : 1 800 630-0907

Clavardage (du lundi au jeudi de 16 h à 20 h 30) : anebados.com

Courriel : info@anebquebec.com

À compter de la semaine du 6 avril, des séances de clavardage en groupe seront offertes

Des trucs pour passer au travers

Myriam Lafortune d’ANEB Québec encourage les gens confinés à faire des activités qu’ils aiment et qui leur font se sentir bien. Entrer en contact avec ses proches pourrait aussi être une bonne stratégie, selon elle, pour mieux gérer les troubles alimentaires. 

En plus de les inviter à avoir plus de compassion envers eux-mêmes, Jordane Giguère conseille aux gens vivant plus difficilement la relation à la nourriture en cette période trouble de se débarrasser de leur pèse-personne. 

Les gens se culpabilisent beaucoup, mais ce n’est pas grave si on mange plus, si on mange moins, si on mange des choses auxquelles on n’est pas habitué, dédramatise Julie Witty-Chagnon. Elle veut rassurer les personnes inquiètes : Notre corps saura retrouver l’équilibre une fois la normalité revenue.

Pour Arrimage Estrie, c’est plutôt l’après COVID-19 qui est inquiétant. L’organisme s’attend à ce que le grand stress causé par la pandémie ait déclenché des troubles alimentaires chez plusieurs qui se tourneront vers les organismes lors du retour à la vie normale. 

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