•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La recherche scientifique sur le coronavirus ne fait que débuter

Comprendre le virus et créer des traitements et des vaccins pour le vaincre nécessite le travail de dizaines d'équipes de chercheurs.

Un scientifique regarde dans un microscope.

Des centaines d'équipes de scientifiques tentent actuellement de mieux comprendre le coronavirus et de trouver un vaccin. et des traitements.

Photo : iStock

Le nouveau coronavirus et la maladie qu’il cause, la COVID-19, étaient inconnus des scientifiques il y a quelques mois seulement. À ce jour, des études surtout préliminaires ont été publiées. Que valent-elles et, surtout, peut-on accélérer le rythme de la recherche pour mettre au point plus rapidement un traitement ou un vaccin?

Partout sur la planète, des milliers de chercheurs étudient ce nouvel ennemi commun et partagent leurs résultats.

Certains chercheurs rendent publics des travaux qui n’ont pas encore été publiés dans les grandes revues scientifiques et qui n’ont donc pas été analysés par des comités d’experts composés de pairs, comme c’est habituellement le cas.

Par exemple, les taux de contagion et de létalité du coronavirus ont été estimés en quelques semaines à partir de données épidémiologiques préliminaires recueillies depuis le début de la crise.

Ces informations préliminaires ont un rôle à jouer dans un contexte de pandémie, mais il faut bien comprendre qu'elles sont appelées à changer au fur et à mesure que les données sont compilées.

Par exemple, la létalité de la COVID-19 était estimée à 2,3 % au début de la pandémie, et elle est maintenant établie à environ 3,3 %. Et elle pourrait encore changer.

Ce n’est pas l’idéal de publier des études préliminaires. On peut comprendre qu’il y a énormément de pression, mais ça peut parfois causer plus de tort que de bien, affirme Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec.

M. Quirion cite l’exemple des travaux du Pr Didier Raoult sur l’hydroxychloroquine. Selon le chercheur controversé, cet antipaludique, également prescrit contre la polyarthrite rhumatoïde, aurait aussi un effet bénéfique contre la COVID-19 lorsqu’il est associé à un antibiotique.

Le Dr Didier Raoult dans son bureau.

Le Dr Didier Raoult

Photo : Getty Images / Gérard Julien

La grande médiatisation de ces résultats, pourtant préliminaires, jumelée aux déclarations du président américain qualifiant le médicament de révolutionnaire, a rapidement suscité un grand espoir.

Tout cela a mené à une véritable frénésie, mais ça s’est apaisé un peu depuis. On est entrés dans une phase plus scientifique, dans laquelle des études à double insu détermineront s’il est efficace ou pas.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Le Dr Hugo Soudeyns, professeur à l’Université de Montréal et chercheur au CHU Sainte-Justine, estime pour sa part qu’il faut toujours se méfier des études préliminaires.

Ces études sont basées sur des résultats qui n’ont pas été révisés par les pairs, et qui pourraient donc être erronés, incomplets, mal interprétés ou ultimement non reproductibles. C’est important de faire preuve d’esprit critique dans ces circonstances.

Hugo Soudeyns, professeur à l’Université de Montréal

Le Pr Soudeyns remarque que certaines revues ont récemment fait un effort remarquable pour publier des articles importants en des temps records. Le scientifique donne l’exemple du New England Journal of Medicine (NEJM) qui, dès le 24 janvier, a publié un article révisé par des pairs concernant les premiers cas de SRAS-CoV-2, soit quelques semaines seulement après l’éclosion en Chine.

Le journal l’a aussi rendu disponible gratuitement à la communauté scientifique, ce qui montre qu'il est possible d'accélérer la recherche en respectant les protocoles en temps de crise.

Accélérer la collaboration

Si des travaux préliminaires sont malgré tout publiés, malgré leurs limites, c'est afin de pouvoir rapidement les partager avec la communauté scientifique dans le but d'accélérer la recherche.

Ce choix s'inscrit dans une tendance qui a pris de l'ampleur depuis les crises du SRAS et du H1N1, celui de la science ouverte.

Il y a un mouvement vers les sciences ouvertes qui permet de rendre les données disponibles rapidement à la communauté scientifique internationale, affirme M. Quirion.

Cela permet de créer des plateformes mondiales où tout le monde peut entrer, par exemple, ses données épidémiologiques ou le séquençage du virus pour voir ses différentes formes, des mutations.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

C’est un avantage par rapport à il y a quelques années. On peut aller un peu plus rapidement en mettant, encore une fois, un bémol, puisque cela reste des résultats préliminaires, ajoute M. Quirion

De plus, de nouvelles méthodes rendues possibles par l'intelligence artificielle peuvent aussi aider.

C’est certain qu’on a des façons de faire différentes qui peuvent accélérer la recherche, mais il n’en reste pas moins que la méthode scientifique doit se baser sur un nombre de données suffisant validé et reproduit par d’autres par la suite.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Le cas des médicaments connus

Le scientifique en chef du Québec donne l’exemple du groupe de chercheurs de Jean-Claude Tardif du Centre de recherche de l'Institut de cardiologie de Montréal, qui mène une étude sur l'efficacité de la colchicine pour traiter les complications de la COVID-19.

Dans le cas de l’hydroxychloroquine ou de la colchicine, ce sont des médicaments qui sont sur le marché depuis longtemps, dont on connaît les effets secondaires. Ils ont été testés sur l'homme (in vivo). Cela permet d’aller beaucoup plus rapidement lorsqu’on arrive, par exemple, chez Santé Canada ou la FDA. Déjà, on connaît l’étendue des effets secondaires.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

La recherche afin de trouver des vaccins ou des traitements commence habituellement en laboratoire (in vitro), puis se poursuit chez l'humain (in vivo) si les résultats sont concluants.

Le long chemin des essais cliniques

Pour passer d’études in vitro à in vivo, il faut franchir un grand pas, insiste M. Quirion.

Cette étape, l’étude d’un vaccin ou d’une molécule chez l’humain, nécessite des essais cliniques, un long processus qui permet d’assurer l’efficacité et la sécurité d’un traitement avant qu’il ne soit utilisé dans la population.

Si des études préliminaires sont publiées sur une variété de sujets, allant du taux de contagion à la décontamination des équipements de protection personnelle, des essais cliniques sont nécessaires pour tester les vaccins et les médicaments.

Hugo Soudeyns, professeur à l’Université de Montréal

Il faut rappeler que les essais cliniques sont soumis à des règles très strictes. Leur déroulement est suivi de près par les autorités gouvernementales, comme Santé Canada, ou la FDA, qui autorise la commercialisation des médicaments aux États-Unis.

Pour toutes ces raisons, un vaccin contre le nouveau coronavirus n’est pas pour demain.

Développer un vaccin contre la COVID-19, même si on est très optimiste et que tous travaillent ensemble à travers la planète, ne sera pas possible avant un an, et peut-être un peu plus…

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Des essais en trois temps

Avant les essais sur les humains, les chercheurs testent leur candidat (vaccin ou médicament) sur des animaux, souvent sur des souris. Si leurs résultats sont concluants, un essai clinique sur des participants humains commence.

Six souris blanches de laboratoire dans une cage.

Des tests son menés sur des animaux avant que des essais ne soient entrepris sur des humains.

Photo : iStock / unoL

On doit absolument passer par des modèles animaux, on ne peut pas passer directement chez l’homme en raison de possibles effets secondaires qui peuvent être importants, affirme M. Quirion.

Avec les essais cliniques, on ne peut pas tourner les coins ronds. En science, il faut toujours s’assurer que les données que l’on va sortir seront de grande qualité.

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec

Trois phases sont nécessaires pour tester un vaccin ou un traitement. Une quatrième peut parfois s’ajouter si les chercheurs estiment qu’une amélioration peut-être apportée.

Lors de la première phase chez l’humain, le vaccin ou le médicament est habituellement administré à un petit groupe de volontaires sains.

Cette étape vise à s’assurer que le nouveau médicament est sécuritaire et qu’il atteint ses objectifs. Elle permet de recueillir des données préliminaires sur sa valeur thérapeutique ou préventive.

Des chercheurs dans un laboratoire.

Les essais cliniques chez l'humain sont précédés par des travaux en laboratoire.

Photo : iStock / gevende

Si cette étape s’avère concluante, les scientifiques demandent aux autorités gouvernementales de réaliser un essai à plus grande échelle.

Celui-ci permet de mesurer l’efficacité du traitement, mais aussi d’établir la quantité nécessaire d’un médicament à administrer (posologie).

Ces informations sont comparées avec celles obtenues auprès d’un groupe placebo qui reçoit un traitement en apparence identique au médicament potentiel, mais sans ses ingrédients actifs.

À ce stade (essai à double insu contrôlé par placebo), ni les chercheurs ni les participants ne savent quels volontaires reçoivent le traitement à l’étude ou le placebo. Cette réalité permet de garantir l’absence de parti pris dans les résultats.

La troisième phase permet de tester le traitement auprès d’un plus grand groupe de participants, parfois de milliers de personnes dans plusieurs pays.

Elle permet de montrer l’innocuité et l’efficacité du traitement potentiel dans un bassin représentatif de participants de la population.

En outre, cette phase permet de confirmer les posologies, mais aussi de déterminer les effets secondaires ou les contre-indications.

Elle permet d’accumuler des connaissances sur les bienfaits du médicament ou du vaccin et les évaluer par rapport aux risques éventuels qu’ils posent.

Dans le cas d’une nouvelle molécule ou d’un vaccin, ces trois phases se déroulent habituellement sur plusieurs années.

En temps de crise

Or, particulièrement en temps de crise, étudier des médicaments déjà commercialisés permet d’accélérer le processus des essais cliniques.

Par exemple, la phase consacrée à la sécurité peut être accélérée si celle-ci a déjà été réalisée pour un médicament déjà homologué pour une autre maladie ou problème de santé.

Dans le cas d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, des travaux déjà réalisés lors des crises du SRAS, du Zika et du H1N1 sont utilisés.

Les chercheurs ne partent donc pas de zéro, ce qui permet d’espérer un vaccin dans un horizon plus court que d'habitude.

Pour leur part, les travaux préliminaires qui ne sont pas réalisés dans le cadre de la recherche d'un médicament ou d'un vaccin, mais plutôt pour mieux cerner le nouveau virus, peuvent servir d'indicateur.

Le lecteur doit toujours garder un esprit critique en attendant des résultats complets.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Médecine

Science