•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Santé Canada met fin aux ventes d’un test de détection du coronavirus en 15 minutes

Le kit sérologique, constitué notamment d'un boîtier et d'une pipette, mis en vente par la compagnie SafeCare Canada.

CBC/Radio-Canada a obtenu un kit de ce test sérologique d’une personne qui se posait des questions sur la légitimité du produit.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson / CBC

Radio-Canada

Une compagnie winnipégoise, qui proposait des tests de détection sérologique du coronavirus avant l’approbation du gouvernement fédéral, a dû arrêter ses ventes à la demande de Santé Canada.

Pendant au moins une semaine en mars, il était possible d’acheter ce test au prix de 18 $ sur le site de Safecare Canada. Selon ce qu’indiquait l’annonce en ligne, il suffisait d'une goutte de sang et de 15 minutes pour savoir si on avait récemment ou déjà été infecté par le nouveau coronavirus qui cause la COVID-19.

Je pense que ça a une bonne valeur, 18 $, pour avoir l’esprit tranquille, affirmait, le 24 mars, Jeff Lester, l’un des propriétaires de la compagnie, qui distribue à l’origine des tests pour détecter les drogues illicites.

Pendant l’entrevue, ce dernier a indiqué qu’il pensait que la vente de ces tests était légale, car tout le monde peut acheter des produits. Il a toutefois indiqué être en attente de l’approbation du gouvernement.

Il y a des firmes qui vendent des produits qui portent à confusion, ajoutait Jeff Lester. Nous voulons être sûrs que le produit que nous vendons a été approuvé par le gouvernement canadien. Nous espérons que ce sera le cas d’ici la fin de la semaine prochaine.

Ces tests fonctionnent à partir de la recherche d'anticorps, produits par le corps s’il a été en contact avec le virus. Ils peuvent donc confirmer s'il y a eu une infection dans le passé, mais ne peuvent pas détecter le virus lui-même.

Aucun test sérologique approuvé au Canada

Ce test de sang rapide (appelé test sérologique) n’est pas le seul à avoir fait son entrée sur le marché ces dernières semaines, avec la pandémie de COVID-19. Cela a soulevé la question des instances qui doivent réguler les produits médicaux dans différents pays.

Si les États-Unis ont permis à des compagnies de vendre de tests aux laboratoires et aux médecins sans approbation, aucun test n’avait encore été approuvé au Canada en date du 3 avril.

Une main qui présente un écouvillon utilisé pour les prélèvements du test de coronavirus.

En ce moment, les laboratoires de santé publique au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde ont principalement recours à des tests d’amplification des acides nucléiques (TAAN, ou NAAT en anglais) pour dépister le nouveau coronavirus. Contrairement aux tests sérologiques, les TAAN détectent la présence du virus dans l’organisme.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Lorsque CBC/Radio-Canada a contacté le gouvernement concernant ces ventes en ligne, la compagnie a reçu l’ordre de retirer toutes les annonces indiquant que ces kits étaient sur le marché.

Par ailleurs, Santé Canada demande à tous ceux qui en ont acheté de ne pas les utiliser ou d’appeler leur médecin s’ils ont des doutes sur leur état de santé.

L’Organisation mondiale de la santé ne recommande pas l’utilisation de tests sérologiques pour des diagnostics cliniques, et Santé Canada respecte cet avis, écrit un porte-parole de Santé Canada.

Le Ministère travaille avec le Laboratoire national de microbiologie pour valider les tests et la recherche, à partir d’avis d’experts, pour être certain des résultats obtenus, ajoute-t-il.

Moins de 2500 tests vendus

Dès que Santé Canada a demandé l'arrêt des ventes, la compagnie s’y est conformée immédiatement, affirme Jeff Lester.

Nous avons une procédure en cours pour que Santé Canada approuve nos tests, explique-t-il. Nous travaillons avec le Ministère, alors s’il nous demande de mettre nos ventes en pause pendant cette période d’évaluation, nous le faisons.

Jusqu’ici, moins de 2500 tests ont été vendus, selon le propriétaire de la compagnie. Nos ventes au Canada étaient presque nulles, affirme Jeff Lester.

Toutes les autres commandes ont depuis été annulées, et les clients, remboursés.

« Fausse impression d’être testés pour le coronavirus »

Selon les experts de la santé, l’étude de ces tests sérologiques est essentielle avant qu’ils ne soient sur le marché.

Si des personnes les utilisent à la maison, elles peuvent avoir l’impression que le test peut leur donner l'heure juste, et leur confirmer si elles sont infectées par le virus. Or, ce n’est pas le cas, explique le virologue Jason Kindrachuk, professeur adjoint à l’Université du Manitoba en médecine microbiologique, et titulaire de la chaire de recherche sur les maladies émergentes.

« Si une personne reçoit un résultat négatif, cela veut dire qu’elle n'a pas généré d’anticorps. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle n’a pas le virus et ne peut pas le transmettre. »

— Une citation de  Jason Kindrachuk, virologue, professeur adjoint à l’Université du Manitoba en médecine microbiologique, chaire de recherche sur les maladies émergentes

Les tests sérologiques ne peuvent pas détecter d’infection précoce, car le corps n’a pas eu le temps de produire des anticorps contre le virus. Cinq à sept jours après les premiers symptômes seraient nécessaires avant d'utiliser ces tests.

Jason Kindrachuk ne remet pas en question l'utilité de ces tests. Selon lui, ils pourraient être bénéfiques comme option secondaire pour les médecins et travailleurs de la santé. Ils sont rapides et faciles d’utilisation, dit-il.

De plus, une fois la pandémie contrôlée, les scientifiques voudront savoir quel pourcentage de la population a développé une immunité contre le virus.

Ces tests basés sur la production d'anticorps pourraient alors entrer en jeu, conclut le virologue.

Avec les informations de Caroline Barghout, Kristin Annable et de Joanne Levasseur

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !