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La crise des opioïdes en pleine pandémie de la COVID-19

Une foule de monde dans le quartier Downtown Eastside à Vancouver.

Une foule de monde dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver au cours de la semaine du 23 mars 2020.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Alors que les attentions sont focalisées sur la pandémie de la COVID-19, la Ville de Vancouver rappelle que la province est toujours aux prises avec la crise des opioïdes qui continue de tuer les plus vulnérables.

L'augmentation des décès par surdose la semaine dernière nous rappelle que nous vivons actuellement deux urgences de santé publique : la pandémie de COVID-19 et la crise des surdoses aux opioïdes, indiquaient les autorités municipales dans un communiqué publié mercredi.

Le Bureau des coroners de la Colombie-Britannique estime qu’il faut encore attendre quelques jours pour connaître les dernières données en ce qui concerne le nombre de décès liés aux drogues illicites. Le Bureau ajoute que les données avancées par la Ville de Vancouver de huit surdoses mortelles la semaine dernière ne peuvent être confirmées pour le moment.

Cela n’empêche pas les intervenants, médecins et autorités sanitaires d’être d'avis qu'il faut tout faire pour éviter que le quartier du Downtown Eastside, au coeur de la crise des opioïdes, ne devienne un foyer du coronavirus. Cette situation inquiète tout particulièrement le Dr Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver.

Le docteur Brian Conway devant un étalage de dossiers médicaux

Le docteur Brian Conway.

Photo : Radio-Canada/Geneviève Milord

Une crise qui n’aide pas l’autre?

Il ne va pas jusqu'à dire que la pandémie de la COVID-19 a éclipsé celle des surdoses. Bien qu’il reconnaît qu’il est difficile de contrôler les drogues de rue, le Dr Conway regrette cependant que les autorités de la santé de la province aient demandé aux praticiens de prescrire des médicaments de substitution d’opioïdes pour une plus longue durée afin d’éviter les visites répétées en pharmacie qui augmenteraient les risques d’exposition au virus.

En essayant de créer un environnement sécuritaire, on risque de déséquilibrer la dépendance.

Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver

Le fait que les usagers de drogues se voient prescrire leur méthadone ou suboxone pour une plus longue durée augmente les risques qu'ils en consomment une plus grande quantité, craint-il.

Zoom sur des mains sales qui utilisent une seringue pour extraire de la drogue d'un petit contenant.

La crise des opioïdes en est à sa 4e année d'urgence sanitaire en Colombie-Britannique

Photo : Spencer Platt/Getty Images

On dit aux gens de ne pas en abuser. (...) Ils peuvent prendre une semaine de leurs médicaments en un jour.

Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver

Le Dr Brian Conway aimerait que le même protocole de sécurité en vigueur dans les supermarchés soit appliqué aux pharmacies pour que les toxicomanes aient accès à leurs drogues. Il suffit, selon lui, de mettre des mesures de sécurité très rigoureuses pour que les pharmacies demeurent ouvertes et servent cette population marginalisée à la fréquence à laquelle cela se faisait avant la crise de la COVID-19.

Perte d’une structure sociale

Puis, il déplore qu'avec la pandémie, les résidents du Downtown Eastside aient perdu tout lieu de rencontre sociale, comme les refuges.

Du jour au lendemain, les gens n’avaient pas de place pour aller manger, prendre une douche, faire la lessive ou même aller aux toilettes. Tout était fermé.

Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver

Le Dr Conway estime qu’on les a déboussolés sans pour autant leur expliquer pourquoi de façon systématique. Cette mesure s’est apparentée à une atteinte personnelle, une attaque sur le quartier, ajoute le Dr Conway. Il suggère aux autorités de penser à comment normaliser la vie des itinérants, à leur donner un endroit à l’intérieur pour se réunir tout en respectant la distanciation sociale.

De plus, on doit mettre en place une structure appropriée pour la réduction des méfaits, insiste-t-il.

Un homme masqué passe devant une affiche sur laquelle on peut lire : « COVID-19 ALERT ».

Le « downtown eastside » de Vancouver est l'un des endroits au Canada où les résidents sont les plus vulnérables au coronavirus.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Des mesures discutables

Alors que le site d’injection supervisée In Site compte 24 cubicules, ce nombre a été réduit à six pour respecter la distanciation physique nécessaire en cette période de pandémie du coronavirus. Toutefois, les 18 unités fermées n’ont pas été déplacées ou remplacées ailleurs. Ce qui favorise une consommation dans la rue avec les dangers que cela comporte, affirme le médecin.

Ce n’est pas surprenant que la semaine dernière ait connu plusieurs décès.

Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver

Des opportunités qui se présentent

Il y a des défis et des opportunités en or qui viennent avec la crise sanitaire actuelle, relève le Dr Brian Conway. Selon lui, la COVID-19 donne des opportunités pour régler les problèmes sociaux qui sont à la source de la crise des surdoses.

On a mis en place beaucoup de structures pour loger les gens qui ont besoin d’être isolés. [...] Avec tout l’argent qu’on est en train de dépenser, il est possible [de traiter] la crise du logement de façon définitive.

Brian Conway, directeur du centre des maladies infectieuses de Vancouver

Il affirme que dans les milliards de dollars que les gouvernements dépensent, une partie des fonds peut être utilisée pour protéger cette population de la COVID-19 et régler le problème de logement.

En outre, le Dr Brian Conway espère que le Bureau des coroners de la province évalue la situation des surdoses mortelles sur une base hebdomadaire et non mensuelle, sachant que le dernier rapport paru le 24 février concerne les données pour l'année 2019. Il est essentiel d'avoir des chiffres qui reflètent la réalité durant la pandémie pour mieux répondre à la crise des opioïdes qui a poussé les autorités provinciales à déclarer l'état d'urgence sanitaire en 2016, conclut-il.

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Colombie-Britannique et Yukon

Crise des opioïdes