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analyse

Publication des scénarios de propagation : le pari et les périls de la transparence

Portrait de Justin Trudeau.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau

Photo : Radio-Canada / Sean Kilpatrick

La question a été posée à Justin Trudeau de différentes façons une bonne demi-douzaine de fois lors du point de presse de jeudi. Quand le gouvernement fédéral va-t-il rendre publics les scénarios de propagation de la COVID-19?

Devant la porte de sa résidence de Rideau Cottage, que les Canadiens commencent à reconnaître, le premier ministre a souligné l’importance d’analyser et de bien comprendre les données, sans offrir d’autre échéance qu’un bientôt sur leur dévoilement. Ces modèles dépendent directement du comportement des citoyens, aujourd'hui, hier et demain a-t-il ajouté. C'est pour ça que c'est tellement important que tout un chacun suive les directives.

Mais pourquoi ne pas dire aux Canadiens ce qui les attend s’ils ne suivent pas les conseils de la santé publique? D'autres gouvernements ont déjà fait le pari de la transparence. En Nouvelle-Zélande, pour répondre au pire modèle étudié par le gouvernement, il faudrait quadrupler le nombre de lits aux soins intensifs. 14 000 à 37 000 Néo-Zélandais mourraient de la COVID-19.

En Colombie-Britannique, le gouvernement estime que dans un scénario à l’italienne, il manquerait 1778 lits de soins intensifs.

À Queen’s Park, le premier ministre Ford a promis de dévoiler ses données vendredi pour que les Ontariens voient sur quoi le gouvernement base ses décisions. Et comme pour préparer le terrain, Doug Ford avertit : Plusieurs vont trouver ces informations difficiles.

Trouver l’équilibre

Le problème des chiffres de ce genre, c’est qu’ils peuvent facilement déclencher l'anxiété, le stress, voire même la panique chez les gens. La population en général n’a pas les outils pour être capable de bien interpréter ces données scientifiques, explique Simon Lapierre, professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université d'Ottawa. C’est un équilibre à trouver : [...] fournir suffisamment d'information [...] pour que les gens puissent se faire une tête et qu’ils aient l’impression qu’on ne leur ment pas, qu’on leur donne l’heure juste.

Justin Trudeau doit donc trouver comment entretenir la transparence sans créer la panique, et éviter surtout d’être accusé de cacher la réalité aux Canadiens. En donner assez pour qu’ils comprennent; en donner assez surtout pour éviter les surprises si les choses devaient empirer.

La seule donnée mise de l’avant par le fédéral jusqu’ici, c’est la possibilité que de 30 à 70 % des Canadiens soient infectés. La ministre de la Santé Patty Hajdu a glissé ce chiffre durant une mêlée de presse dans le foyer de la Chambre des communes. Le NPD a immédiatement tiré la sonnette d’alarme : en pareil scénario, le système de santé manquerait rapidement de respirateurs.

Un calcul difficile

Comme c’est le cas dans d’autres domaines, le fédéralisme canadien vient un peu compliquer l'exercice.

Ce sont les provinces et les territoires qui recueillent les informations desquelles dépend Ottawa. Les méthodes diffèrent d’une région à l’autre, les données aussi. Et la crise ne fait que commencer.

On a des analyses pour environ 50 % des cas actuels qui sont signalés aux provinces et territoires, explique le docteur Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique pour l’Agence de la santé publique du Canada. Difficile dans ce contexte de tracer un portrait clair et simple rapidement.

Le fédéral veut uniformiser l’information, pour y arriver il lui faut du temps.

Choc nécessaire?

L’autre élément qui vient peut-être alimenter le peu d'empressement que semble avoir le fédéral, c’est la docilité de la population. Les Canadiens respectent assez bien les règles, soulignait une personne impliquée dans la réflexion, qui ajoutait du même souffle que le gouvernement avait toujours l’intention de dévoiler ses projections, correctement.

Mais cette docilité pourrait être mise à rude épreuve d’ici quelques jours, alors que les journées rallongent et que le soleil gagne en vigueur. Après plus de deux semaines d’isolement, l’idée d’un grand bol d’air frais pourrait bien l’emporter sur celle de respecter les consignes de la santé publique.

Un scénario catastrophe, avec lequel arrive rapidement le risque d’une deuxième voire même d’une troisième vague et où les restrictions que nous apprivoisons à peine deviennent la norme pour plusieurs mois.

De lourdes conséquences que les gouvernements souhaitent éviter à tout prix. Peut-être que dans ce contexte, se faire expliquer un scénario où des milliers risquent de mourir devient le traitement-choc qui permettra de traverser la crise en limitant les dégâts.

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