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Archives

Il y a 30 ans, les supermarchés pouvaient ouvrir le dimanche

Une femme passe avec son panier d'épicerie rempli derrière la rangée de caisses d'un supermarché Steinberg.

Jusque dans les années 90, les grandes chaînes d'épicerie étaient fermées le dimanche.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il n’y a pas si longtemps, au Canada, toute activité commerciale était interdite le dimanche. Nos archives montrent que l’abolition de la Loi sur l’observance du dimanche a d’ailleurs soulevé tout un débat.

La Loi sur l’observance du dimanche datait de 1907.

Tranquillement, des Canadiens d’autres confessions religieuses font valoir leur droit de ne pas accorder de valeur particulière au dimanche, l'équivalent du jour du sabbat dans la religion catholique.

Ils font pression pour que les établissements commerciaux puissent ouvrir le dimanche en toute légalité.

En 1985, en se basant sur la toute récente Charte canadienne des droits et libertés, la Cour suprême du Canada juge inconstitutionnelle la Loi sur l’observance du dimanche.

Chaque province doit toutefois légiférer en la matière.

Comme le montre ce débat à l’émission Au jour le jour du 9 mars 1984, l’ouverture des commerces le dimanche ne fait pas l’unanimité.

L’Église catholique n’est pas la seule à s’y opposer. Consommateurs et employeurs sont partagés sur la question.

Interrogé par l’animateur Normand Harvey, le président du Conseil québécois du commerce de détail affirme que la majorité des commerçants de son association ne souhaitent pas de changement à leur horaire.

Il défend que l’ouverture le dimanche représenterait des dépenses additionnelles, et non des revenus.

On ne crée pas plus d'argent. Le consommateur a tant d'argent à dépenser toute la semaine. Si vous lui donnez sept jours pour dépenser ces sommes-là au lieu de six, le commerçant ne fait plus d'argent, mais augmente ses dépenses.

Guy Poirier, du Conseil québécois du commerce de détail

Le président de l’Association des consommateurs du Québec milite pour sa part pour plus de souplesse et de variation dans les heures d’ouverture des commerces.

Selon un sondage, une faible majorité de Québécois ne ressentent pas le besoin de faire des achats le dimanche.

Ce n’est cependant pas le cas des familles où les deux parents travaillent et les familles monoparentales qui souhaiteraient faire le dimanche ce qu’elles n’ont pas le temps de faire le reste de la semaine.

Tous autour de la table s’entendent toutefois sur l'idée que le dimanche devrait être considéré comme un jour de repos et non plus comme le jour du Seigneur.

Nous, comme consommateur, on dit : toutes les entreprises sont là pour nous servir. Que celles qui peuvent le faire le fassent, conclut Jean-Claude Beauchamp de l’Association des consommateurs du Québec.

Steinberg mène le bal

Logo de Steinberg sur le blouson d'un employé.

Steinberg a été la première chaîne d'alimentation à ouvrir le dimanche au Québec.

Photo : Radio-Canada

Moins d’une semaine après l’adoption de la loi sur les heures d’affaires le dimanche, Steinberg est le premier grand de l’alimentation à réagir. À compter du 8 juillet, ses magasins seront ouverts à la clientèle, mais avec cinq employés seulement.

La journaliste Ghyslaine Bouffard

En 1990, Québec adopte une nouvelle loi sur l’ouverture des commerces qui limite à cinq le nombre d’employés sur place le dimanche.

Cet assouplissement est loin de faire l’unanimité. Les dépanneurs craignent de voir leurs activités diminuer et les syndicats s'inquiètent que leurs membres doivent travailler obligatoirement le dimanche.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Montréal ce soir, 28 juin 1990

Comme le montre ce reportage au bulletin de nouvelles Montréal ce soir du 28 juin 1990, la chaîne de supermarchés Steinberg se réjouit de cette loi.

Son siège social annonce l’ouverture de toutes ses franchises le dimanche, conformément à la nouvelle réglementation.

Les autres chaînes d’alimentation au Québec ne savent pas si elles vont suivre. Elles s’opposent en majorité à la décision du gouvernement.

Tous sont mécontents de la loi, car ils voulaient une ouverture complète ou pas d’ouverture du tout.

La journaliste Ghyslaine Bouffard

La représentante d'IGA-Boniprix explique qu’il sera difficile pour les épiceries d’être rentables sans offrir un service complet dans les mêmes conditions que durant la semaine.

Mais dans un marché saturé, on ne peut risquer que le concurrent prenne les devants, souligne Ghyslaine Bouffard dans son reportage.

Le 3 juillet 1990 marque le premier dimanche d'ouverture pour les grands magasins d'alimentation au Québec.

Puis, en 1992, la Loi sur les heures et les jours d’admission dans les établissements commerciaux donne davantage de flexibilité à l’ensemble des commerces ouverts le dimanche.

Trente ans plus tard, le dimanche demeure néanmoins une journée associée au répit.

Il l'a d'ailleurs été durant le mois d'avril à la suite d'une décision du gouvernement de François Legault dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

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