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Une résidente du Manoir Liverpool lutte pour sa vie : la famille se questionne

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Une femme debout devant un immeuble à logements.

Françoise Boissinot, petite-fille de Colette Langis, une résidente du Manoir Liverpool à Lévis

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Une femme de Lévis, dont la grand-mère de 96 ans serait sur le point de mourir après avoir contracté la COVID-19, dénonce un grave manque de communication avec la direction du Manoir Liverpool. Avoir su ce qui se tramait, Françoise Boissinot aurait insisté davantage pour sortir Colette Langis de cette résidence pour aînés.

Françoise Boissinot affirme que depuis l’annonce du premier cas de coronavirus au Manoir Liverpool, sa famille peine à avoir des nouvelles de sa grand-mère. On n’a aucune idée de ce qui se passe, confiait-elle mercredi à Radio-Canada.

Impuissante, inquiète et habitée par le doute, la jeune femme demandait, au nom de sa famille, qu’on donne l’heure juste.

On a appris qu’il y avait une éclosion en regardant les nouvelles. Pas longtemps après, ma tante qui est le contact principal, a reçu un appel pour dire qu’il y a un cas [au Manoir Liverpool], “votre mère est correcte, on vous tient au courant”, raconte Françoise.

Elle aurait espéré que la direction de la résidence soit plus proactive. Elle accuse la direction d'avoir attendu que l'affaire soit médiatisée avant d’en informer les familles.

On est complètement impuissant face à la situation.

Françoise Boissinot, petite-fille de Colette Langis

J’aurais aimé qu’ils nous disent “ On a un plan de sécurité, voici ce qu’on va faire. S’il arrive un cas, voici comment on va procéder “, déplore-t-elle.

Selon la famille, la direction ne voulait pas divulguer si le premier cas était sur l’étage de Colette ou si l'aînée était à risque. Françoise et sa tante ont voulu aller la chercher, mais la direction du Manoir Liverpool a refusé.

Une grand-maman entourée de ses petits-enfants.

Françoise Boissinot, sa grand-maman Colette Langis et sa cousine Marianne Inkel il y a quelques années.

Photo : Courtoisie

Ma tante et mon oncle se sont mis à deux pour appeler directement au Manoir et on a fini par leur répondre que c’est une personne du CLSC qui s’occupait de ma grand-mère. Sinon, ils ne l’auraient jamais su, soupçonne-t-elle.

Une employée du CLSC a finalement appelé la famille pour dire que Colette faisait un peu de fièvre, qu’elle avait des maux de tête et qu’elle était confuse. Le lendemain, on leur a dit qu’elle ne faisait plus de fièvre.

Lors de sa rencontre avec Radio-Canada mercredi, Françoise Boissinot se disait très inquiète pour sa grand-mère qui souffre de démence. Elle ne doit pas comprendre ce qui se passe, s'inquiétait celle qui lui rendait visite toutes les semaines.

Quand tout bascule

À peine une heure après notre rencontre, Colette Langis a été transportée à l’hôpital en ambulance. Elle était déshydratée, a dit la responsable de la résidence.

À l’hôpital, le médecin a constaté qu’elle était en train de faire un infarctus. On la considère aussi infectée à la COVID-19 parce qu’elle arrive d'un milieu où il y a une éclosion et elle a des symptômes. Mais le médecin a demandé un test de dépistage. La famille attend le résultat officiel.

La résidence pour personnes âgées du Manoir Liverpool du secteur Saint-Romuald à Lévis, vue de l'extérieur en mars 2020.

Un cas de COVID-19 a été confirmé parmi les résidents du Manoir Liverpool à Lévis.

Photo : Radio-Canada

Françoise Boissinot affirme que sa grand-mère avait des problèmes cardiaques. Mais est-ce qu’elle a vraiment pris ses médicaments au cours des derniers jours? Est-ce qu'elle a eu faim, est-ce qu'elle a eu soif? Est-ce qu'on l'a vraiment protégée? Est-ce qu'on s'est occupé d'elle comme il faut, au Manoir Liverpool? Des questions sans réponses.

La jeune femme dit avoir senti qu’il y avait quelque chose d’anormal lorsqu’elle a appris que c’était le CLSC qui s’en occupait à la résidence. Elle affirme que son lien de confiance avec le Manoir Liverpool est brisé. On faisait confiance à la résidence pour prendre soin d’elle.

Ma grand-mère ne sera pas décédée de la COVID, mais à cause de la COVID.

Françoise Boissinot

Vendredi, Françoise Boissinot célèbre ses 30 ans. Sa grand-mère devrait avoir 97 ans si elle survit jusque là. Toutes les deux partagent la même date d’anniversaire : le 3 avril. Elles ont toujours l’habitude de se voir ou de s’appeler pour leur fête, ce qui ne sera pas possible cette année. À la veille de cette journée, Françoise ressent déjà un grand vide.

Rester ou partir?

La famille d’un jeune homme handicapé et également hébergé au Manoir Liverpool a pour sa part entamé les procédures pour le ramener à la maison.

La mère de David Béland, Karo Gagnon, considère que malgré l’aide du CISSS de Chaudière-Appalaches, il n’y a plus assez d’employés sur le terrain pour assurer les soins de base convenablement au Manoir Liverpool.

David n'est plus en sécurité, il y a trop de cas.

Karo Gagnon, mère de David Béland
Un adolescent et deux adultes se tiennent debout bras dessus bras dessous.

David Béland entouré de ses parents.

Photo : Karo Gagnon

À 28 ans, David souffre d'une maladie dégénérative. On sera mieux en famille et un bénéficiaire de moins, ça fait plus d’employés pour ceux qui ne peuvent pas sortir, dit-elle.

Radio-Canada a également parlé avec d’autres proches de résidents qui déplorent aussi des difficultés de communication.

Ces familles se sentent impuissantes et se croisent les doigts pour que leur père, leur mère, leur grand-mère ou leur grand-père ne soit pas infecté par la COVID-19.

Le plus récent bilan fait état de 21 personnes infectées à la COVID-19 au Manoir Liverpool : 16 résidents et 5 employés.

La direction se défend

Le copropriétaire du Manoir Liverpool, Claude Talbot, assure de son côté que la direction a communiqué avec toutes les familles. Il ajoute qu'il est plus facile de les joindre depuis quelques jours. On a mis en place un service de réponse toutes les fins de semaine et tous les soirs jusqu'à 20 h 30, explique-t-il.

Depuis une semaine, la résidence vit une véritable crise, alors qu'une vingtaine d'employés sont en quarantaine et plusieurs autres ont déserté, ne voulant plus entrer au travail par crainte de contracter le virus.

C'est sûr qu'avec la publicité qu'on fait depuis une semaine dans les nouvelles, ce n'est pas pour rassurer personne, incluant nos employés, lance Claude Talbot qui s'adresse aux médias pour la première fois depuis le début de la crise.

Au cours de la dernière semaine, Radio-Canada a pourtant multiplié les demandes d'entrevues auprès du Manoir Liverpool et elles ont toutes été ignorées jusqu'à aujourd'hui.

Il faut s'ajuster pour mieux répondre aux attentes des familles, c'est la première fois qu'on vit ça.

Claude Talbot, copropriétaire du Manoir Liverpool
Un homme âgé en entrevue à la caméra.

Claude Talbot, copropriétaire du Manoir Liverpool

Photo : Radio-Canada

Sans dire qu'il a été dépassé par les événements, M. Talbot admet être confronté à une situation exceptionnelle et qu'il est difficile de maintenir le rythme.

Je dois reconnaître qu'on a éprouvé certaines difficultés d'ajustements à une situation qui est exceptionnelle, qu'on n'avait pas prévu et qu'on n'avait pas évalué dans son ensemble, dit Claude Talbot.

Claude Talbot dit aussi travailler à améliorer les infrastructures de la résidence afin, entre autres, de permettre aux résidents d'avoir accès au wifi pour communiquer avec leur famille.

Il souligne par ailleurs que depuis quelques jours ça va définitivement mieux. On a réajusté plein d'affaires, on a moins d'éclosions qu'on avait. On est entrain d'avoir une espèce de confirmation d'avoir pris le contrôle, mentionne M. Talbot.

Le réseau public en renfort

Une semaine après le premier cas, de nombreux employés du réseau public doivent pourtant se rendre au Manoir Liverpool pour assurer les soins de base des résidents.

On a des infirmières qui sont sur place des préposés, des infirmières auxiliaires, des travailleurs sociaux, des éducateurs spécialisés, confirme Stéphane Shaink, directeur adjoint au programme Déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Un homme en entrevue à la caméra.

Stéphane Shaink, directeur adjoint au programme Déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique du CISSS de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

Depuis le début de l'éclosion, une quarantaine de travailleurs du réseau public se sont rendus dans cette résidence privée pour prendre soin des résidents.

M. Shaink assure que des employés du CISSS vont se rendre au Manoir Liverpool sur une base régulière tant que ce sera nécessaire.

Il ajoute par contre « qu'il ne faudrait pas que plusieurs résidences privées se retrouvent dans cette situation simultanément ».

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