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Malgré l’appel de Québec, une quincaillerie vend des milliers de masques N95

De plus en plus chers et rares, des masques N95, qui sont l'objet d'une féroce concurrence dans le monde, sont vendus par milliers au grand public par une quincaillerie montréalaise qui en attend encore près de 20 000.

Une affiche proposant la vente de masques N95.

La quincaillerie Parc et Bernard a vendu ces derniers jours près de 5000 masques N95. De nouvelles et importantes commandes ont été passées, selon le directeur de l'enseigne.

Photo : Radio-Canada

« Nous avons reçu des masques N95. En vente à la caisse », indiquait ces derniers jours une affiche accrochée sur la vitrine de la quincaillerie Parc et Bernard, située à l’intersection des rues du même nom à Montréal.

Jeudi matin, le stock de ce magasin affilié à Home Hardware était vide. On n’en a plus. On en a vendu près de 5000, rapporte une employée de l’enseigne, au téléphone, en évoquant un prix de 13,99 $ pour deux masques N95.

En pleine crise sanitaire, alors que la propagation de la COVID-19 s’accélère, ces masques deviennent une denrée rare. À plusieurs reprises, le gouvernement Legault a d’ailleurs réclamé, publiquement, de réserver ce matériel au personnel médical.

Des demandes ont par exemple été faites à différentes industries pour récupérer toutes sortes d’équipements pouvant aider le corps médical, dont des masques N95. Ces derniers sont primordiaux pour les travailleurs de la santé.

Il faut vraiment s'assurer que les masques N95 soient pour les bons intervenants, dans les bonnes procédures. Je ne pense pas que c'est normal qu'un gardien de sécurité porte un N95.

Danielle McCann, ministre de la Santé, le 30 mars

Le gouvernement mise sur l'entraide des commerçants

Appelé à réagir, le gouvernement Legault a précisé qu'un commerçant est libre de vendre à qui il veut les articles qu’il a en sa possession. Les autorités politiques pourraient-elles réquisitionner ce stock pour le transmettre au corps médical? Ce n’est pas envisagé en ce moment, le gouvernement compte plutôt sur l’entraide des établissements, a indiqué Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). François Legault, lui-même, a écarté jeudi l'idée d'une réquisition générale. Il a assuré avoir besoin, avant tout, de millions de masques, en évoquant des commandes déjà passées sur le marché international. Le Québec a logé approximativement 800 offres et contacts, majoritairement en Chine, pour des acquisitions de masques, a détaillé le MSSS.

Une quincaillerie Home Hardware à Montréal

Le propriétaire importe lui-même les masques de la région de Shenzhen, en Chine.

Photo : Radio-Canada

En contact avec un fournisseur chinois

Dans cette quincaillerie, on attend prochainement l’arrivée de 10 000 à 20 000 autres masques N95. Par le biais d’un contact qui a un contact, Guy Boucher, le directeur de l’entreprise, fait directement affaire avec un fournisseur basé en Chine, du côté de Shenzhen.

C’est pas tout le monde qui a le guts de le faire, explique-t-il à Radio-Canada. J’ai déjà fait de l’import et je sais un peu comment ça fonctionne.

Pourquoi ne livre-t-il ou ne réserve-t-il pas son stock aux hôpitaux?

On est une petite PME. On n’est pas des gros Jean Coutu ou des grosses corporations avec des milliards de chiffres d’affaires. Moi, je ne peux pas donner mon stock.

Guy Boucher, directeur de la quincaillerie Parc et Bernard

Même si la demande de clients est importante, pour prévenir, souvent, il assure être en pourparlers pour dépanner les hôpitaux montréalais Sainte-Justine et Sacré-Cœur, qui ont des cliniques de dépistage.

Un médecin est passé devant mon magasin et a vu que j’en avais, indique-t-il, tout en affirmant avoir vendu déjà près de 3000 masques N95 à ces établissements. Un chiffre que Radio-Canada n’a pas pu vérifier.

Le Centre hospitalier Sainte-Justine a confirmé à Radio-Canada avoir fait affaire avec ce commerçant, mais seulement pour l’achat de 300 masques, alors que l’hôpital du Sacré-Cœur n’a pas souhaité divulguer les détails de ses ententes.

J’y allais avec une marge minimale pour aider les hôpitaux. On s’arrange pour être très, très raisonnable, se défend Guy Boucher, sans donner plus de détails. On leur fait des prix logiques, affirme-t-il, ce n'est pas des prix exagérés, [mais] le prix augmente de jour en jour, le transport augmente de jour en jour.

Pas de masque pour se protéger, dit l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne recommande pas aux personnes ne présentant aucun symptôme de porter un masque. Si vous portez un masque alors que vous n’êtes pas malade ou que vous ne vous occupez pas de quelqu’un qui est malade, c’est du gaspillage. Comme il y a une pénurie mondiale de masques, l’OMS conseille de les utiliser avec parcimonie, indique-t-elle sur son site Internet (Nouvelle fenêtre), en répétant que la façon la plus efficace de se protéger de la COVID-19 reste de se laver fréquemment les mains.

Des prix en forte hausse et des risques

La prochaine livraison de Guy Boucher devrait coûter entre 4000 $ et 5000 $ de transport pour 10 000 masques. Mais, insiste-t-il, les coûts ne cessent de fluctuer. La forte demande mondiale entraîne une inflation des coûts.

Par rapport au premier shipment que j’ai reçu, on parle de pas loin du triple ou du quadruple, révèle-t-il, en évoquant un prix de 1,50 $ US l’unité au début de la crise.

Tout doit d’ailleurs se payer en avance, sans garantie de livraison, poursuit-il. C’est presque un pari qu’on fait [...] pour répondre à la demande, lance-t-il, en mentionnant que son prochain prix de vente sera revu à la hausse.

Un important distributeur nord-américain de matériel médical a confirmé à Radio-Canada des tarifs ridiculement chers et des tonnes de propositions provenant de Chine. On parlerait de 8 à 10 fois le prix habituel, sans garantie sur la qualité.

Du côté de Medicom, qui commercialise au Canada ce type d’équipements médicaux, on convient également d’un risque sur l’efficacité des produits importés. Ce qui pourrait être dangereux, selon le président de la branche nord-américaine de l’entreprise, Guillaume Laverdure.

Un des risques, c’est que des gens inexpérimentés ou peu scrupuleux profitent de l’aubaine pour mettre sur le marché des masques qui n’ont pas les capacités de protection et de filtration qui sont nécessaires dans ces environnements contagieux et dangereux.

Guillaume Laverdure, président de la branche nord-américaine de Medicom à l'émission Midi info
Un stock de masques N95

Les masques N95 sont devenus une denrée des plus prisées sur le marché international.

Photo : AFP / Mladen Antonov

Les autorités chinoises s’en mêlent

Toutes les entreprises souhaitant se procurer des masques N95 en Chine font face à un autre enjeu en ce moment. Des retards seraient à prévoir, en raison de vérifications menées par les autorités chinoises, après des plaintes sur la qualité du matériel de protection formulées par divers pays.

Les Pays-Bas ont par exemple dû se défaire de centaines de milliers de masques défectueux.

On vient d’apprendre que le gouvernement a mis en place des mesures de vérification, spécifie Simon St-Pierre, directeur du marketing de PixMob, une entreprise habituellement spécialisée dans la réalisation de bracelets lumineux, qui se sert de ses contacts en Asie pour faire livrer plusieurs centaines de milliers de masques destinés uniquement aux professionnels de la santé.

Il y a eu beaucoup de mauvais matériel qui est sorti de Chine, car des usines se sont transformées du jour au lendemain en fabricants de masques. C’est de plus en plus difficile.

Simon St-Pierre, directeur du marketing de PixMob

Dans sa quincaillerie montréalaise, Guy Boucher tient un discours semblable, tout en admettant avoir la crainte de voir sa commande être détournée, au profit d’un plus offrant.

Justin Trudeau a d’ailleurs reconnu, jeudi, être très inquiet de cette situation et François Legault n'a pas hésité à clamer que son gouvernement joue aussi les règles du jeu, en arrivant parfois avec de l'argent comptant et des policiers pour régler ces factures et suivre tout le transport.

En ce moment, on place des commandes, mais il n’y a rien de certain, avoue Guy Boucher. C’est du haut risque. On est nerveux. On n’est pas à l’abri de ça.

Avec la collaboration de Daniel Boily

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