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La Corée du Sud accroît sa vigilance malgré une courbe aplatie

Parce qu'elles craignent une deuxième vague de contagion, les autorités resserrent les contrôles des arrivées sur leur territoire.

Il est vêtu d'une combinaison.

Un préposé s'apprête à effectuer un test de dépistage de la COVID-19 à l’aéroport international Incheon, de Séoul, le 1er avril 2020.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Jusqu’ici, la Corée du Sud a réussi à aplatir la courbe de contamination de la COVID-19 grâce à un dépistage massif. La crainte d’une deuxième vague de contamination incite toutefois les autorités sud-coréennes à resserrer les contrôles des arrivées sur son territoire. Notre correspondante en Asie, Anyck Béraud, l'a constaté à son retour à Séoul mercredi.

On sent tout de suite que quelque chose a changé en débarquant à l’aéroport international Incheon. Des employés qui portent une veste sur laquelle on peut lire « quarantaine » en gros caractères inondent la zone de débarquement. Il y a également de nombreux soldats en civil et des policiers en uniforme.

La file est longue, l’attente l’est encore plus, avant de passer à l’immigration et aux douanes. Pas que l’aéroport soit débordé, loin de là. Il y a peu de vols, comme dans la plupart des pays aux prises avec le nouveau coronavirus.

Mais comme les passagers sont priés de faire une seule file qui serpente, qu’il y a prise de température de chaque voyageur et que le personnel prend souvent de longues minutes à expliquer les nouvelles conditions d’entrée, comme la mise en quarantaine obligatoire ou préventive, ça prend au moins une heure.

Des gens font la file.

La file est tellement longue qu’elle serpente avant même de se rendre aux premiers postes d’immigration.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le personnel reste courtois, mais il est de toute évidence sous tension. Beaucoup plus que lorsque j’étais venue, à la fin de février. La Corée du Sud était pourtant déjà sur un pied d’alerte. À l’époque, c’était le pays le plus touché après la Chine. Le nombre de cas de contamination progressait à vitesse grand V.

Pour lutter contre l’épidémie, sans avoir à confiner la population, les autorités sud-coréennes ont notamment multiplié les tests de dépistage. Et les gens qui arrivaient de l’extérieur devaient soumettre quotidiennement leur état de santé, sans mise en quarantaine.

Cette fois, la Corée craint qu’il y ait une deuxième vague de contamination, provoquée en partie par des cas « importés ». Surtout que le nombre de nouveaux cas de contamination est reparti à la hausse. Le pays ne prend donc aucun risque. Il conseille fortement à ses ressortissants et à la plupart des étrangers à la quarantaine volontaire. Ils n’ont pas vraiment le choix, en fait. Ils seront d’ailleurs suivis grâce à l’application qu’ils doivent télécharger à cet effet à l’aéroport.

C’est toutefois la quarantaine obligatoire de 14 jours pour les gens qui ne détiennent pas de visa de long séjour au pays. C’est mon cas.

Un certificat de quarantaine

Le certificat remis par les autorités aux arrivants qui doivent être isolés pendant 14 jours, qu’ils soient contaminés ou non.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Tous ceux et celles qui sont dans la même situation que moi sont clairement identifiés à l’immigration. On nous passe des bandoulières au cou. Une fois les douanes franchies, des soldats nous dirigent vers les tentes de dépistage, juste à l’extérieur du terminal d’arrivée. Le tout est bien rodé. Après un énième contrôle d’identité, je signe un formulaire de consentement. Le test est effectué en moins de cinq minutes.

Des kiosques de dépistage de la COVID-19

La Corée du Sud est passée maître dans le dépistage, une expérience acquise lors de précédentes épidémies. Une grande partie des cas de contamination ont été détectés chez les personnes ne présentant pas de symptômes. Plus de 120 pays ont demandé l’aide de la Corée du Sud en matière de dépistage, selon le ministère des Affaires étrangères.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

C’est après cette étape qu’il y a un peu de flottement, en ce premier jour de l’application des nouveaux règlements. Peut-on aller dans l’hôtel de notre choix, ou chez des amis, ou encore chez des parents, si on reste un mois et plus? Oui, me dit un officier à l’immigration, après avoir vérifié auprès de mon hôtel que j’y avais bien une réservation. Non, et sans appel, tranchent des policiers après le dépistage. Il faut aller dans des installations aménagées par le gouvernement pour cette période d’isolement.

Des passagers dans un autobus

Dans l’autobus en direction des quartiers d’isolement, certains passagers, mécontents de ce qui les attend, expriment leurs doléances. D’autres sont restés à Incheon, songeant même à reprendre l’avion pour quitter la Corée du Sud.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Nous voilà donc dirigés vers des autobus. À bord, il y a des passagers venant de Londres, d’Amsterdam ou encore de Paris, comme moi. Une heure s’écoule, sans bouger et sans savoir exactement où on nous amènera. Un père commence à s’inquiéter. Il demande aux autorités la permission de se rendre à destination avec une voiture de location. Il craint un trajet trop long pour son bébé. Sa demande est refusée.

Il faudra presque deux heures de route pour se rendre à Asan, à environ 90 kilomètres de Séoul. Et sur place, encore une heure avant de débarquer, les autobus tournant en rond. Un responsable vient se confondre en excuses pour l’attente et pour la confusion.

Il utilise des vaporisateurs.

Un préposé désinfecte les bagages et le sol que les passagers viennent de fouler.

Photo : Radio-Canada

Il est vêtu de pied en cap d’une combinaison de protection, comme tous ceux que nous allons côtoyer depuis l’inscription jusqu’au moment de nous isoler dans nos chambres. L’un d’eux vaporise de désinfectant nos bagages et le sol que nous venons de fouler à l’entrée. L’atmosphère est fébrile, la journée a été longue pour les passagers et, de toute évidence, pour ceux qui nous accueillent. Il y a quelques éclats de voix, de part et d’autre.

Des gens signent des documents sur des tables aménagées.

Il faut débourser de sa poche 1400 $ US pour résider dans ce centre d’isolement aménagé à l'Asian Police Human Resources Development Institute, à Asan. Photo prise lors de l’inscription à notre arrivée le 1er avril 2020.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

C’est directement au sol, devant chaque chambre, que l’on dépose nos repas, copieux, trois fois par jour. Des messages, diffusés sur interphone, nous avisent qu’ils sont livrés. C’est aussi le moyen de communication pour nous dire qu’à telle heure, on viendra prendre notre température. Et pour nous intimer, plusieurs fois par jour, de ne pas quitter notre chambre. Sous peine d’amende salée, de prison, ou même d’expulsion de la Corée du Sud pour ce qui est des étrangers.

Un sac orange est placé dans une poubelle.

C’est dans ce contenant que nous devons remettre serviettes utilisées et déchets aux responsables du centre d’isolement, en le plaçant devant notre porte.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Ce matin, en ce deuxième jour de ma quarantaine, nous avons pu découvrir, un peu, l’endroit où nous sommes arrivés. C'est isolé, en effet. Ma fenêtre donne sur un stationnement. Au loin, une autoroute. J’aperçois quelques édifices, et la silhouette de petites collines.

La chambre est spartiate, mais j’ai un petit balcon. Je me dis que j’ai de la chance quand je pense à ceux qui sont isolés dans des tentes de réfugiés ou dans des micro-appartements à Hong Kong, par exemple.

Le wi-fi a été rétabli après une panne de quelques heures. Ce qui me permettra de faire des entrevues en Corée du Sud et en Asie, de joindre mes contacts. Avant de refouler avec bonheur le sol asiatique pour exercer ce métier que j’adore. Quelle chance! Plus que 13 jours à tenir.

Peu de gens sont sur la place publique devant l'immeuble.

Voici la vue qu'a notre correspondante Anyck Béraud du balcon de la chambre où elle est en quarantaine.

Photo : Radio-Canada

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