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Le Campus Saint-Jean durement touché par les compressions

Une affiche identifiant le Campus Saint-Jean.

Campus Saint-Jean à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Jessica L'heureux

Avec la pandémie de la COVID-19, les compressions budgétaires du gouvernement albertain sont passées au second plan dans les médias, mais elles continuent de frapper de plein fouet les universités. Pour le Campus Saint-Jean, le défi est aussi immense que les réductions de dépenses imposées.

Est-ce que ça veut dire supprimer des programmes? Est-ce que ça veut dire sabrer [dans] ce que nous faisons?, s’interroge le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais.

S’il n’a pas la réponse à ces questions, il a déjà annoncé aux membres du corps enseignant que l’Université était contrainte de licencier 200 personnes de plus que prévu pour garder la tête hors de l’eau.

Cette situation-là est quelque chose que je trouve triste, mais aussi assez déplorable.

Pierre-Yves Mocquais, doyen, Campus Saint-Jean.

Ce qui fâche le doyen, c’est que le Campus Saint-Jean dispose d’une réserve d’argent qui lui permettrait de couvrir une partie du manque à gagner occasionné par les compressions budgétaires exigées. Mais le gouvernement refuse qu’il s’en serve et interdit à l’université d'encaisser un déficit.

On nous impose des compressions budgétaires qui sont très importantes et en plus de ça, l’incapacité d’utiliser ce que nous appelons communément le FLEX, c’est-à-dire l’argent que nous avons réussi à mettre de côté, rend les choses encore plus difficiles, admet-il.

Une ceinture déjà trop serrée

En entrevue à La Croisée, le doyen a expliqué que le Campus Saint-Jean avait pu constituer ce fonds de réserve grâce au sacrifice d’un nombre important d’employés. Ils ont accepté pendant trois ans le défi que je leur avais imposé de passer au chômage tous les ans pendant quatre mois, a confié Pierre-Yves Mocquais. Nous avons réussi à le faire en anticipant, en faisant énormément d’économie d’une année sur l’autre, a ajouté le doyen.

On peut demander aux gens de faire des sacrifices, mais jusqu’à quel point?

Pierre-Yves Mocquais, doyen, Campus Saint-Jean

Dans son ensemble, l'Université de l'Alberta a perdu en un an 17 % de son budget de fonctionnement, soit 110 millions de dollars. L’ Université a imposé 8,6 % de réduction budgétaire aux facultés et 12,5 % aux unités centrales.

Évidemment pour nous c’est difficile parce que nous devons appliquer un certain nombre de services [qui nous sont propres] parce que nous fonctionnons dans l’autre langue officielle, a précisé le doyen en rappelant que le Campus Saint-Jean ne bénéficiait pas des mêmes économies d’échelle que les autres facultés.

Il calcule que la formation d’un étudiant francophone au Campus Saint-Jean coûte une fois et demie plus cher que celle d’un autre étudiant de l’Université de l’Alberta. Une différence qui devait être compensée par des subventions gouvernementales pour l’enseignement en milieu minoritaire.

Depuis 2003, l’argent que nous recevons du Fédéral a été gelé, fait remarquer M. Mocquais, donc il y a eu une baisse graduelle de ce que nous recevons du gouvernement. À ce moment-ci, il y a un manque à gagner qui est aux alentours de deux millions par an [...] ce qui fait que le Campus Saint-Jean a énormément de mal à fonctionner.

Une éducation en péril?

Le Campus Saint-Jean est en train de finaliser les différents scénarios qui permettraient à l’institution de faire des économies.

Au niveau du personnel administratif, on ne peut plus couper, ce serait complètement aberrant.

Pierre-Yves Mocquais, doyen, Campus Saint-Jean

La faculté envisage donc de réduire son offre de cours.

Pierre-Yves Mocquais, doyen du Campus Saint-Jean

Pierre-Yves Mocquais, le doyen du Campus Saint-Jean précise que les salaires représentent 90% du budget.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Selon le doyen, le déficit budgétaire pour l’année 2020-2021 représente environ 180 sections de cours, soit un peu moins de la moitié des cours offerts chaque année par le Campus Saint-Jean et le Centre collégial de l'Alberta.

C’est absolument ridicule, a réagi Adam Brown, le vice-président externe du syndicat des étudiants de l’Université de l’Alberta (UASU).

Dans un temps où on a beaucoup plus de demandes pour l’éducation postsecondaire en français en Alberta, c’est vraiment dommage que le gouvernement provincial choisisse de couper ces opportunités-là.

Adam Brown, vice-président externe, syndicat des étudiants de l’Université de l’Alberta.

Le regroupement étudiant a cosigné une lettre avec d’autres syndicats d'étudiants et d'employés de l’Université reprochant au gouvernement de Jason Kenney de laisser les établissements d’enseignements supérieurs gérer deux crises, celle de la COVID-19 et de l’austérité qu’on leur a imposée.

La province nous a indiqué plusieurs fois qu’ils vont poursuivre avec leurs mesures dans ce budget et qu’ils n’allaient pas donner de flexibilité à l’Université de l’Alberta même dans ces circonstances de COVID-19, regrette M. Brown.

De son côté, le ministère de l'Éducation postsecondaire a indiqué qu’il était plus important que jamais de faire preuve de responsabilité fiscale, en cette période où nous tentons de mieux comprendre les impacts qu’auront la COVID-19 et l’effondrement des cours mondiaux du pétrole sur l’économie.

Cela touche tous les ministères, dont celui de l’Éducation , a soutenu l'attachée de presse Laurie Chandler.

M. Brown n'en redoute pas moins les impacts des deux derniers budgets provinciaux sur la qualité de l’éducation, mais aussi sur la réputation de l’Université de l’Alberta.

C’est une des cinq meilleures universités au pays, on est inquiet de chuter dans ce classement à cause des coupures, expose-t-il.

Avec les effectifs universitaires confinés, il est difficile pour les syndicats de réunir leurs membres et de faire entendre leur grogne, reconnaît M. Brown. Ça prend une mobilisation de la communauté francophone, affirme quant à lui M. Mocquais qui lance une bouteille de solidarité à la mer.

On peut espérer qu’on ne va pas s’aventurer dans un retour en arrière de 20 ans en ce qui concerne le Campus Saint-Jean [une époque] où on devrait limiter les inscriptions, termine-t-il.

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