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COVID-19 : comment expliquer le faible taux de mortalité en Allemagne?

Le taux de mortalité des personnes infectées en Allemagne est sept fois plus bas qu'en France et douze fois plus bas qu'en Italie.

Un centre de test pour la COVID-19 à Berlin.

Un centre de test de dépistage de la COVID-19 à Berlin.

Photo : Reuters / POOL New

Comment expliquer le fait que l'Allemagne, cinquième pays le plus touché du monde en nombre de malades atteints par la COVID-19, compte-t-elle proportionnellement moins de morts que ses voisins? Entrevue avec le Dr Reinhard Busse, médecin, économiste de la santé et directeur de la Faculté de gestion en soins de la santé de l'Université technique de Berlin.

Est-ce que c'est votre impression que l'Allemagne fait mieux que les autres pays?

Reinhard Busse – Bien entendu, nous ne le saurons qu'à la toute fin si nous avons mieux fait que les autres. Mais quand la maladie a commencé à se répandre, nous avons détecté un cas très tôt en février. Contrairement à d'autres pays, nous avons décidé de faire un suivi très rigoureux de toutes les personnes qui auraient pu être en contact avec une autre qui était infectée.

Dès que ce premier cas est apparu, on a commencé à tester toutes les personnes qui ont été en contact avec des gens infectés. Toutes ces personnes étaient systématiquement placées en quarantaine jusqu'à l'arrivée du résultat du test. Il faut préciser que nous faisons beaucoup de tests. La semaine dernière seulement, nous avons effectué des tests sur 350 000 personnes. Seuls 7 % des cas ont été déclarés positifs.

Qui peut se faire tester?

R.B. Ce n'est pas tout le monde, même si nous avons une grande capacité à tester. Il faut soit avoir des symptômes de la COVID-19, soit avoir eu un contact direct avec une personne infectée, soit souffrir d’une maladie respiratoire ou présenter des antécédents médicaux, soit faire partie du personnel de la santé. Seul un médecin peut prescrire un test.

Reinhard Busse, médecin et économiste de la santé, directeur de la Faculté de gestion en soins de la santé, Université technique de Berlin.

Reinhard Busse, médecin et économiste de la santé, directeur de la Faculté de gestion en soins de la santé, Université technique de Berlin

Photo : Université technique de Berlin

Quel est l'avantage de faire autant de tests?

R.B.  C'est très important. En testant si massivement, nous arrivons à intercepter plus de jeunes que les autres pays. Cela nous permet de mettre ces personnes, qui sont des vecteurs importants de la [propagation] de la maladie, en quarantaine à la maison. Cela réduit les risques de transmission et protège davantage les personnes âgées.

Comment l'Allemagne a-t-elle pu être si rapide à tester massivement? Au début de la crise au Canada, un seul laboratoire, à Winnipeg, pouvait effectuer le test.

R.B.  Mon collègue virologue Christian Drosten [le directeur de l’Institut de virologie de l'hôpital de la Charité à Berlin] est le codécouvreur de l'ADN du virus du SRAS en 2003. Grâce à lui, nous avons donc une infrastructure de laboratoires et une expertise des tests qui nous vient de cette époque. Nous avons une très grande capacité de tests, nous pouvons tester 500 000 personnes par semaine.

Vous faites un suivi très serré des personnes qui auraient pu être en contact avec une autre personne infectée. Comment faites-vous ce suivi?

R.B. Assez tôt au début de la crise, alors que les rassemblements étaient toujours permis, on a imposé un suivi obligatoire. Vous ne pouviez pas laisser entrer quelqu'un dans une réunion sans prendre ses coordonnées. Vous deviez faire une liste des personnes présentes pour qu'elles puissent être jointes plus tard, au cas où l'une d'entre elles était déclarée positive.

L'Allemagne est-elle sur la bonne voie pour sortir de cette crise sanitaire?

R.B.  Nous avons pris des mesures assez rapidement, mais comme partout, ça a pris un peu trop de temps. On a commencé par interdire les rassemblements de 1000 personnes et plus, et maintenant on en est à 2 personnes maximum. Les mesures les plus radicales ont été prises il y a seulement deux semaines.

Nous regardons les chiffres et il nous est permis d'être un peu optimistes. Le nombre de nouveaux cas augmente moins vite. Si cet effet est constant, ça voudra dire que nous aurons aplati la courbe pour éviter une saturation de notre système de santé. Actuellement, il y a environ 1200 personnes en soins intensifs et nous disposons de 15 000 lits. Donc, nous utilisons à peine 10 % des lits disponibles en soins intensifs.

Pourquoi l'Allemagne a fait mieux que les autres?

R.B. Les mesures que nous avons prises ont fait en sorte que la population infectée est plus jeune qu'ailleurs. La majorité des personnes infectées ont moins de 60 ans et sont donc moins vulnérables. Puis, il faut le dire, nous avons été un peu chanceux. Par exemple, quand il y a eu les rassemblements pour les carnavals, comme à Cologne, il n'y a pas eu beaucoup de cas d'infection. Les Français de l'est de la France n'ont pas été aussi chanceux. Donc, je crois que nous avons été un peu chanceux de ne pas voir de grandes éclosions lors de ces événements. Mais je crois aussi que nous avons été plus vigilants et plus prudents.

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