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Dans l’urgence, les hôpitaux parisiens forcés de « pousser les murs »

L'entrée de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où sont garés des véhicules.

Il règne un calme inquiétant devant cet hôpital parisien, même si les véhicules d'urgence arrivent très fréquemment.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Après l’Est français, c’est maintenant au tour de la région parisienne d’affronter cette fameuse « vague » de cas graves liés au coronavirus. Pas le choix; il faut ici aussi « pousser les murs », une expression qui résume le casse-tête logistique et médical qu'affrontent à leur tour les soignants de Paris : où installer les patients qui ont un besoin urgent de soins intensifs?

Un calme étrange règne aux portes de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, l'un des plus importants de Paris. Les ambulances arrivent à un rythme soutenu. Mais sans sirène ni empressement.

Un calme qui détonne devant l’urgence du moment. Derrière les murs de l’hôpital, son personnel est engagé dans une course contre la montre.

Il faut constamment trouver de nouveaux endroits pour accueillir les patients les plus gravement touchés par le coronavirus. Ceux qui ont besoin de respiration artificielle. Sous peine de mort.

L’hôpital vient tout juste de doubler sa capacité, précise le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière. Un travail qui a pris plusieurs semaines. Mais qui n’a pas résisté longtemps.

Cette nuit [mardi], on a été obligé de ventiler des patients dans les blocs opératoires parce que tout était plein.

Jean-Michel Constantin, professeur et anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière
On voit M. Constantin qui sourit à la caméra.

L'anesthésiste-réanimateur Jean-Michel Constantin, après une dure nuit au cours de laquelle 14 patients ont été admis en réanimation.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

En une seule nuit, 14 patients ont été placés sous respirateur artificiel.

En une seule nuit, la marge de manoeuvre de l'hôpital a complètement disparu.

C'est la première fois que ça arrive depuis le début de la crise, dit-il.

Le personnel soignant doit donc pousser les murs de nouveau, se dégager une marge. Trouver des lits supplémentaires pour les cas à venir.

C'est le maître-mot, explique le professeur Constantin : ne jamais être en retard, sinon on n'arrivera pas à prendre en charge tout le monde.

Un exercice difficile

En ces temps de crise, les frontières du département des soins intensifs sont donc bien élastiques. Mais on peut difficilement installer des lits de soins intensifs dans les corridors.

Il faut d’abord des alimentations en électricité et en oxygène pour les complexes respirateurs artificiels. Et puis, il faut suffisamment d’espace pour que le personnel puisse circuler autour du patient.

À la Pitié-Salpêtrière, les patients ont d’abord été installés dans les salles d’opération, inutilisées en raison de la crise. Puis, des unités réservées à la pneumologie ou à la cardiologie ont été utilisées.

C’est pour les malades les plus stabilisés, mais encore sous ventilation, indique le professeur Constantin. Là, on touche vraiment au maximum de ce qu'on peut faire.

L'entrée de l'établissement. Deux accès sont indiqués, un pour le personnel, et un pour les autres. Une clôture sépare les deux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'entrée de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Il n’y a pas que l’espace qui compte

L’autre partie du casse-tête, c’est de trouver le personnel compétent pour soigner les patients aux soins intensifs. Parfois, ils sont plus difficiles à dénicher que de nouveaux locaux.

Le vrai facteur limitant, ce sont les infirmières, le personnel soignant en général, admet le professeur Constantin. Si on en avait plus, on pourrait ouvrir d’autres places aux soins intensifs.

Dans les semaines qui ont précédé la crise en France, le gouvernement avait lancé un appel aux volontaires parmi les médecins et les soignants récemment retraités. Un appel renouvelé presque tous les jours.

À Lyon, où la crise n’est pas encore aussi importante qu’en région parisienne, on constate aussi ce manque de personnel compétent.

Ce n'est pas tout de mettre un lit et du matériel. Il faut derrière les ressources humaines en nombre et en qualité pour les faire tourner.

Dr Lionel Liron, anesthésiste-réanimateur dans un hôpital privé de Lyon
Une grande banderole où il est écrit "Trop souvent oublié, héros de notre société, merci au personnel hospitalier!"

À l'entrée de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris

Photo : Radio-Canada

Changer les façons de faire

La crise force aussi les médecins français à modifier leur façon de pratiquer. Ainsi, des patients qui peuvent désormais se passer de l’assistance respiratoire sont rapidement déplacés ailleurs.

En temps normal, soutient le Dr Liron, on aimerait bien les garder en réanimation pour être sûr que tout se passe bien par rapport à l’extubation.

Mais ce ne sont pas des temps normaux. Les trois lits occupés par ces patients pourront donc profiter à d’autres qui ont un besoin urgent d’être placés sous respirateur artificiel.

Les spécialistes doivent aussi ménager les puissants médicaments nécessaires à la respiration artificielle. Par crainte de pénurie.

Certains établissements sont déjà contraints à acheter des médicaments ou des dosages différents de ceux auxquels ils sont habitués, d'après une lettre envoyée au nom des neuf plus grands hôpitaux européens.

Les signataires réclament une coordination des ressources à l’échelle du continent, afin de réduire les risques de pénurie dans certains établissements d’ici une à deux semaines.

Les transferts entre régions

Cette demande de partager le fardeau prend déjà forme dans le transfert de patients d'une région débordée vers une autre, moins touchée. Des Français ont notamment été accueillis dans les hôpitaux allemands ou suisses.

À l’intérieur de la France, des TGV spécialement équipés permettent le transfert de patients sur de grandes distances. Mercredi, 36 malades ont quitté les hôpitaux parisiens pour la Bretagne.

C’est une opération délicate, reconnaît le professeur Jean-Michel Constantin de la Pitié-Salpêtrière, puisqu’elle demande beaucoup de personnel et beaucoup de temps.

Mais on n'a pas le choix, explique-t-il. Il faut les faire [ces déplacements]. Même quand c'est seulement 10-15 patients, ça nous rend vraiment service.

À Rennes, le transfert des patients parisiens de la gare jusqu'à l'hôpital s'est fait en partie sous les applaudissements des résidents confinés dans leur appartement.

Confinés, mais reconnaissants.

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