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COVID-19 : une vidéo virale trompeuse minimise l'ampleur de la crise

C'est une vidéo YouTube.

La vidéo dure 17 minutes et fait un nombre impressionnant d'affirmations, dont la plupart sont fausses ou détournées.

Photo :  Capture d’écran - YouTube

« Coronavirus : les chiffres sont faux », tel est le titre d'une vidéo YouTube vue des centaines de milliers de fois depuis quelques jours. Or, celle-ci contient plusieurs information fausses, détournées, inexactes ou prises hors contexte, déplorent une microbiologiste et un urgentologue.

La vidéo en question a été vue plus de 454 000 fois sur YouTube et partagée près de 20 000 fois. Elle provient d'une chaîne YouTube qui a déjà publié des vidéos qui affirment, entre autres, que la Lune n'existe pas, ou encore que la Terre est immobile et qu'elle se trouve au centre du système solaire.

Il s'agit d'une quinzaine de vidéos YouTube avec des titres tels que : « La bombe atomique n'existe pas » et « la Lune n'existe pas ».

La chaîne YouTube en question a publié plusieurs vidéos à saveur conspirationniste. L'auteur affirme, entre autres, que la Lune n'existe pas, tout comme la bombe atomique, et que la Terre est au centre du système solaire.

Photo :  Capture d’écran - YouTube

Tout au long de la vidéo, qui dure 17 minutes, le narrateur y va d'une série impressionnante d'affirmations qui minimisent l'importance de la pandémie de COVID-19.

Se basant, dit-il , sur des spécialistes reconnus mondialement et non sur des sites complotistes (bien qu'au moins un site complotiste apparaît dans sa vidéo), le narrateur cherche à prouver que le coronavirus n'est au final pas plus dangereux que la grippe saisonnière, et que les autorités sanitaires, les médias et les gouvernements mentent sur l'ampleur de la crise.

Puisque cette vidéo contient énormément d'affirmations, nous avons classé nos vérifications sous quatre grands thèmes.

1. « Le coronavirus n'est pas dangereux, puisqu'il est peu mortel et ne tue que les personnes âgées ou les gens qui sont déjà malades » - c'est FAUX

Un homme âgé marche sur le trottoir avec une canne, dans une rue où passent des voitures.

Un collectif dont fait partie le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a fait paraître une lettre ouverte dans Le Monde. Le collectif affirme qu'il ne faut pas « sacrifier les personnes âgées ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pourquoi c'est faux, en bref : La pandémie surcharge les hôpitaux, ce qui pose non seulement un danger pour les personnes atteintes de la COVID-19, mais aussi pour toutes les autres personnes qui nécessitent des soins médicaux.

La vidéo fait plusieurs affirmations selon lesquelles la COVID-19 a un taux de mortalité très bas et ne tue que des personnes âgées ou atteintes d'autres problèmes médicaux, ce qui prouve, selon l'auteur, que la maladie n'est guère plus dangereuse que la grippe.

Par ailleurs, ce dernier accuse les médias de cacher ces statistiques, alors que le graphique qu'il montre à l'écran provient du média américain Bloomberg.

L'auteur de la vidéo va même jusqu'à affirmer que ce n'est pas la COVID-19 qui tue les patients, mais bien leurs problèmes médicaux existants, et que la maladie n'est donc pas dangereuse. Une affirmation qui fait bondir la Dre Caroline Quach, professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l'Université de Montréal et pédiatre, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

C’est le compas moral qui est en train de déraper. De dire qu’une vie humaine avec ABC est moins importante qu’une vie humaine avec autre chose..., se désole-t-elle.

De minimiser les impacts de cette maladie-là, moi je trouve que c’est immoral.

Dre Caroline Quach, professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie à l'Université de Montréal

S'il est vrai que les personnes plus âgées ou qui sont atteintes d'autres maladies sont plus à risque, la COVID-19 est quand même responsable de leur décès, martèle-t-elle. Ces gens-là ne seraient probablement pas morts cette fois-ci. Ils seraient peut-être morts dans un an ou dans cinq ans, je ne le sais pas, je ne suis pas Dieu. Il n’en demeure pas moins que cette infection-ci précipite le décès de gens avec des conditions à risque.

L'idée avancée dans la vidéo que la COVID-19 n'est pas dangereuse puisque 90 % des gens qui en meurent ont plus de 70 ans fait aussi réagir la Dre Quach.

Ça dépend toujours comment on considère la vie… Pour moi, une personne de 70 ans en bonne santé a autant le droit de vivre qu’une personne de 30 ans en bonne santé. Ce n’est pas parce qu’une personne est âgée qu’on peut dire qu’on ne s’en occupe pas et ciao bye

De plus, le taux de mortalité de la COVID-19 pour les personnes jeunes et en bonne santé n'est pas zéro. Il y a eu des cas d'adolescents en bonne santé qui sont décédés, illustre-t-elle.

Même s'il est vrai que le taux de mortalité de la COVID-19 est relativement bas en général, le danger de la COVID-19 est celui qu'il pose pour le système de santé entier, et cela n'apparaît pas dans les statistiques sur le nombre de morts, explique-t-elle.

Comme le nombre absolu de cas est très grand et qu’on surcharge notre système hospitalier, ce qui arrive, c’est qu’on est obligés de délaisser des activités pour des gens plus jeunes et plus en santé qui mériteraient d’être sauvés dans notre système de santé actuel, ajoute la Dre Quach.

Si je ne suis pas capable d’avoir ma chimiothérapie parce que les soins intensifs sont pleins… bien j’ai des patients de 30 ans avec un cancer du sein qui vont décéder. Et ça, c’est inacceptable.

Dre Caroline Quach, professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie à l'Université de Montréal

Dans la vidéo, le narrateur minimise le danger du coronavirus en mentionnant que seulement 22 000 personnes en sont décédées, alors qu'annuellement, 2,6 millions de personnes meurent d'une pneumonie et 9 millions de personnes meurent d'un cancer partout au monde.

D'ailleurs, depuis la mise en ligne de cette vidéo, le samedi 28 mars, le nombre de décès est passé de 22 000 à plus de 53 000.

De toute façon, c'est le court laps de temps au cours duquel la crise de COVID-19 a explosé qui pose problème, souligne la Dre Quach. Le nombre de décès par pneumonie, c’est sur une année, ce n’est pas sur trois semaines! Ce qui est troublant, c’est le nombre absolu sur une courte période.

De plus, le nombre de décès et d'hospitalisations liés à la COVID-19 s'ajoute à ceux qui auraient déjà eu lieu en temps normal, ce qui pèse sur le système hospitalier. D'où l'importance de maintenir en place des mesures de distanciation sociale pour ralentir la propagation du virus, rappelle-t-elle.

L'homme dans la vidéo affirme que la COVID-19 a fait des ravages dans certains pays, mais que cela s'explique par des facteurs démographiques. Par exemple, il affirme que les Italiens sont en moyenne beaucoup plus âgés et plus malades que les autres populations européennes.

Or, comme le fait remarquer la Dre Quach, différentes régions de l'Italie avec des populations semblables ont mis en place des politiques plus ou moins sévères, avec des résultats différents.

La Vénétie a mis en place des mesures plus restrictives que la Lombardie et a pu en partie éviter la catastrophe (Nouvelle fenêtre) qui a touché cette dernière région.

2. « La pandémie de COVID-19 et l'engorgement des hôpitaux qui en découle sont identiques à la grippe saisonnière » - c'est FAUX

Des infirmières en tenue de protection observent l’extérieur depuis une tente qui a été installée devant un centre hospitalier de New York.

Les États-Unis sont devenus l’épicentre de la COVID-19 avec le nombre de cas confirmés s’élevant désormais à plus de 230 000.

Photo : Reuters / Andrew Kelly

Pourquoi c'est faux, en bref : la COVID-19 cause un nombre inhabituellement élevé de malades qui nécessitent une hospitalisation de longue durée, ce qui pèse sur le système hospitalier. Ce n'est pas comme une grippe saisonnière, qui provoque beaucoup moins de cas du genre.

Dans la vidéo, le narrateur affirme que la COVID-19 n'est guère plus sérieuse que la grippe saisonnière, et que les médias ne font qu'amplifier un phénomène qui a lieu chaque année.

Le président de L'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec (ASMUQ) et urgentologue à l’Institut de Cardiologie de Montréal, le Dr Gilbert Boucher, reconnaît que certains symptômes de la COVID-19 peuvent ressembler à ceux de la grippe saisonnière. Mais là s'arrêtent les similitudes.

La différence [entre la COVID-19 et la grippe saisonnière], c’est que [la COVID-19] cause un syndrome respiratoire grave qui nécessite beaucoup d'hospitalisations et beaucoup de support respiratoire, dont l’intubation et le respirateur, souvent pendant cinq à six semaines dans les soins intensifs. C’est là la différence avec les autres virus de la grippe ou du rhume, explique le Dr Boucher.

Les gens ont raison que l’afflux à l’urgence peut sembler semblable, mais la différence est que [les cas de COVID-19], on doit les garder à l’hôpital. Ils ont besoin d’hospitalisation et ont besoin, près de 20 fois plus souvent que l’influenza, de rester à l’hôpital et d’être sur un respirateur, ajoute-t-il.

Il arrive que des gens atteints d'influenza développent des problèmes respiratoires sévères et décèdent, mais cela arrive beaucoup plus souvent avec la COVID-19, soutient le Dr Boucher. Selon lui, cinq personnes sur six infectées au coronavirus n'auront pas de complications très graves. Mais pour l’autre, il va finir par devoir revenir pour l’oxygénation. C’est là toute la différence.

Comme société, d’avoir une personne infectée sur six qui prend une place d’hospitalisation et qui a besoin de se faire brancher, pour le système c’est extrêmement taxant.

Dr Gilbert Boucher, président de L'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec (ASMUQ)

Il dément aussi l'idée, avancée dans la vidéo, que si les autorités ne procédaient pas à des tests pour déceler les cas de COVID-19, elles ne se rendraient pas compte qu'il y a un nouveau virus puisque la situation actuelle ne sort pas de l'ordinaire.

Le Dr Boucher précise que, justement, les premiers médecins chinois à avoir tiré l'a sonnette d'alarme à propos de cette nouvelle maladie avaient remarqué un nombre inhabituellement élevé de complications sévères liées à des symptômes qui ressemblaient à ceux de la grippe saisonnière.

La Dre Caroline Quach confirme. Si vous regardez les courbes de surveillance à New York, ils ont été capables de détecter la présence de quelque chose de différent au-delà de la grippe saisonnière avant qu’ils aient des tests.

Si on ne testait pas, on aurait quand même plus de morts que d’habitude. On se demanderait bien ce qui se passe. Les morts présentement dans les CHSLD et ailleurs, on ne voit pas ça chaque année dans la grippe saisonnière, pas autant.

Dre Caroline Quach, professeure titulaire au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie à l'Université de Montréal

3. Des informations inexactes sur la situation en Grande-Bretagne et en Suède

Un homme derrière une tribune sur laquelle est écrit : coronavirus.

Le premier ministre britannique Boris Johsnon s'adresse à la population pour faire le point sur le coronavirus.

Photo : Reuters / POOL New

La vidéo affirme que la Grande-Bretagne a retiré la COVID-19 de sa liste de maladies sérieuses à conséquences élevées (High consequence infectious diseases, ou HCID, en anglais). Le narrateur laisse sous-entendre que c'est parce que le taux de mortalité de la COVID-19 est tellement bas qu'elle n'est plus considérée comme dangereuse.

Il est vrai que la COVID-19 a été retirée de cette liste le 19 mars (Nouvelle fenêtre). Seulement, cette classification est réservée à des maladies qui doivent seulement être traitées dans des centres spécialisés. Le gouvernement avait décidé de temporairement inclure la COVID-19 dans cette liste en attendant de mener des recherches sur celle-ci.

En retirant la COVID-19 de cette liste, le gouvernement permet au système hospitalier de prendre en charge des patients atteints de cette maladie. Toutefois, cela ne signifie pas que le gouvernement ne croit plus que la COVID-19 est dangereuse (Nouvelle fenêtre).

D'ailleurs, le gouvernement britannique a ordonné mercredi aux citoyens de rester à la maison (Nouvelle fenêtre).

Des gens sont assis au comptoir d’un bar.

Des gens sont réunis dans un bar du centre de Stockholm. En Suède, les autorités laissent écoles, restaurants et bars ouverts malgré la pandémie.

Photo : Reuters / TT News Agency

Dans la vidéo, il est allégué que le gouvernement suédois n'a pas mis en place d'importantes mesures de confinement, que c'est donc la preuve que ces mesures ne servent à rien.

Il est vrai que les mesures mises en place en Suède détonnent du reste de la planète : les regroupements de plus de 50 personnes sont interdits, mais les lieux publics, restaurants et bars demeurent ouverts, ainsi que les écoles.

Ces mesures légères ne sont toutefois pas sans susciter la controverse. La semaine dernière, une pétition de quelque 2000 médecins et spécialistes a été envoyée au gouvernement, l'invitant à mettre en place des mesures plus sévères. [Le gouvernement] nous mène vers la catastrophe, a affirmé au Guardian Cecilia Söderberg-Nauclér, chercheuse en immunologie à l'Institut Karolinska.

Des citoyens suédois ont aussi décidé de s'imposer eux-mêmes des mesures d'isolement. Le nombre de passagers empruntant le transport en commun dans la capitale, Stockholm, a chuté de 50 %, rapporte Forbes (Nouvelle fenêtre). En outre, bien des gens travaillent volontairement de la maison ou n'envoient pas leurs enfants à l'école, même s'il n'y a pas de règles strictes en place.

4. Des experts cités hors contexte

La vidéo cite plusieurs experts qui semblent, au premier coup d’œil, remettre en question les politiques de confinement sévères, et donc appuyer la thèse du narrateur selon laquelle la COVID-19 n'est pas dangereuse.

Toutefois, même si ceux-ci critiquent bel et bien certains aspects des politiques publiques, ils ne remettent pas en question le fait que la COVID-19 est une pandémie majeure et que certaines mesures doivent être mises en place pour lui barrer la route.

Le narrateur mentionne le philosophe allemand Julian Nida-Rümelin : Il souligne que le coronavirus ne présente aucun risque pour la population en bonne santé, et que des mesures extrêmes comme les couvre-feux ne sont pas justifiées.

C'est un article de journal.

La vidéo montre cette capture d'écran lorsque le narrateur cite le philosophe Julian Nida-Rümelin, or il s'agit d'une entrevue avec la Dr Karin Moelling.

Photo :  Capture d’écran - YouTube

La capture d'écran qui accompagne cette déclaration ne provient pas d'une entrevue avec M. Nida-Rümelin, mais avec Karin Moelling, une virologue. D'ailleurs, M. Nida-Rümelin, qui est pourtant très critique des mesures sévères mises en place dans certains pays européens, a affirmé lors d'une entrevue (Nouvelle fenêtre) que les couvre-feux sont « raisonnables ».

Je trouve cela tout à fait raisonnable pendant un certain temps. Même dans une démocratie, les citoyens doivent pouvoir accepter une restriction de sortie, limitée à quelques semaines, a-t-il dit.

La vidéo cite aussi le chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de San Gallo, en Suisse, Pietro Vernazza. Le narrateur affirme que le Dr Vernazza avance que la maladie n'est pas sérieuse, puisqu'elle n'affecte que les personnes en fin de vie.

Pourtant, le Dr Vernazza, lui aussi critique des mesures de confinement sévères, croit toutefois que la Suisse vivra une situation sérieuse en raison de la pandémie.

Le virus teste massivement et mettra nos hôpitaux à l'épreuve. Seul un petit pourcentage des personnes infectées tombent gravement malade, mais le plus gros problème à l'heure actuelle est la vitesse à laquelle l'infection se propage : cela provoque une forte augmentation des personnes gravement malades, qui doivent être hospitalisées dans les unités de soins intensifs, a-t-il déclaré (Nouvelle fenêtre).

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La vidéo cite Michael T. Osterholm, le directeur du Centre pour la recherche sur les maladies infectieuses à l'Université du Minnesota. Le narrateur affirme que M. Osterholm dit que les mesures de confinement total auront des effets désastreux sur l'économie américaine, et que certaines personnes doivent retourner au travail.

Il est vrai que M. Osterholm croit que le confinement total ne peut pas être imposé à long terme et que certaines personnes devront retourner travailler. Toutefois, il parle d'un choix déchirant et ne remet pas en question le danger que représente la pandémie actuelle, qui est, selon lui, déjà dans une phase critique.

Peu importe ce que nous faisons en ce moment, de nombreux hôpitaux aux États-Unis seront submergés. Beaucoup de personnes, dont des travailleurs du système de la santé, tomberont malades et certains d'entre eux vont mourir. L'économie va s’affaisser, a-t-il écrit dans un billet publié dans le New York Times (Nouvelle fenêtre).

Même s'il croit qu'un confinement total ne peut pas durer pendant des mois, il affirme qu'un retour à la normale est impensable pour l'avenir rapproché, bien au-delà du 12 avril, soit le dimanche de Pâques.

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