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À quoi ressemblera le commerce international après la pandémie?

Un porte-conteneur dans le port de Vancouver.

L'OCDE redoute un ralentissement marqué de l'économie mondiale, dont le taux de croissance ne dépassera pas 2,4 % cette année, selon les prévisions de l'organisation.

Photo : Radio-Canada / Philippe Moulier

Radio-Canada

Les grands bouleversements économiques auxquels a été confronté le monde ont souvent entraîné des changements à long terme. Des événements comme la Deuxième Guerre mondiale et le choc pétrolier des années 1970 ont provoqué des transformations majeures de l’économie mondiale. Dans l’avenir, dira-t-on qu’il y a eu un avant et un après COVID-19? Nous en avons discuté avec deux experts.

1. La pandémie constituera-t-elle un tournant pour les échanges internationaux?

Ce serait souhaitable, mais ce n’est pas la première fois que l’on fait face à une crise majeure dont on pense qu’elle va fondamentalement modifier la donne et que, finalement, rien ne change, soutient Florian Mayneris, professeur au Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Je pense, par exemple, à la crise financière de 2008, dont on s'est dit qu’elle allait provoquer de grands changements dans les marchés financiers, le système bancaire, etc., et, en fait, on a vu dans les années suivantes qu’il y avait un retour au fonctionnement habituel, note M. Mayneris.

Michèle Rioux, directrice du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation (CEIM), pense également que les problèmes soulevés par la crise ne sont pas nouveaux.

Ils ont été nommés, identifiés et analysés depuis au moins deux décennies, notamment l’hypermobilité des biens, services et personnes dans une mondialisation économique sans régulation adéquate en cas de crise, indique celle qui est aussi professeure au Département de science politique de l’UQAM.

Mme Rioux garde cependant espoir que cette crise nous conduira à jeter les bases d’une mondialisation durable et progressiste. Les organisations internationales, comme les institutions nationales, ont échoué jusqu’à maintenant à vraiment s’attaquer aux défis de la mondialisation, ajoute-t-elle.

Cette crise est un symptôme et il faut maintenant penser à la prescription.

Michèle Rioux, directrice du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation de l’UQAM.

2. Est-ce que les chaînes d’approvisionnement mondiales seront transformées?

Les dimensions sécuritaires devront dorénavant être prises en considération dans les politiques publiques, soutient Mme Rioux.

Il faudra trouver des réponses qui permettront d’opérer des changements rapides d’approvisionnement si une crise semblable devait se répéter.

Cependant, souligne la chercheuse, les plans de stabilisation et de relance doivent prendre en compte les vulnérabilités qu'entraîne cette dépendance internationale. Certains produits traversent des dizaines de frontières avant d’être achetés à un endroit précis, illustre-t-elle.

Le défi est de rendre cette chaîne robuste et d’avoir des réponses rapides lorsqu’elle est brisée. En ce moment, les équipements sanitaires et de la santé, l’alimentation, sont des secteurs où il faut penser et agir rapidement.

Des bouteilles de médicaments et des seringues sur une table d'hôpital.

Une grande partie des médicaments utilisés dans le monde sont fabriqués en Chine.

Photo : Radio-Canada

La dépendance de plusieurs pays occidentaux, dont le Canada, envers les entreprises pharmaceutiques chinoises, a fait la manchette à plusieurs reprises.

La Chine est le plus gros et parfois le seul fournisseur d’ingrédients actifs à la base de certains médicaments essentiels.

Elle contrôle également 90 % de l'approvisionnement mondial de minéraux tels que le lithium, l'uranium, le césium et le cobalt, essentiels à la fabrication de produits technologiques et militaires.

Mais pour Florian Mayneris, le problème n’est pas tant la dépendance des entreprises canadiennes (et d’autres origines) envers la Chine qu’envers un nombre trop restreint de fournisseurs.

Les deux tiers du commerce mondial, souligne-t-il, concernent des biens intermédiaires, c’est-à-dire des biens qui seront transformés pour produire des biens de consommation.

Si l’on prend par exemple l’iPhone, il y a une partie qui est faite en Corée du Sud, une autre partie en Allemagne, et l'assemblage se fait uniquement en Chine, explique-t-il. À chaque étape, c’est une seule entreprise qui le fait. Donc, si Foxconn, qui l’assemble en Chine, tout d’un coup ne peut plus fonctionner, on ne pourra plus du tout assembler l’iPhone. Alors que s’il y avait plusieurs entreprises à différents endroits qui s'assemblent, on aurait une plus grande résilience en cas de choc.

Ce n’est pas juste la mondialisation en tant que telle qui expose les chaînes de valeur des entreprises à des risques, c'est le fait que l’on concentre chaque étape dans une seule entreprise.

Florian Mayneris, professeur au Département des sciences économiques de l’UQAM.

3. Est-ce que la crise pourrait entraîner une fermeture à long terme des frontières et une remise en question des traités de libre-échange et de libre circulation?

Une affiche annonçant l'arrivée au contrôle frontalier du Canada à la frontière entre le pays et les États-Unis.

Une affiche annonçant l'arrivée au contrôle frontalier du Canada à la frontière entre le pays et les États-Unis.

Photo : Getty Images / Lars Hagberg

L’ordre mondial auquel on était habitué en matière de commerce international est en train de changer, note M. Mayneris.

Si les pays, sur le modèle de ce qui était en train de se passer entre les États-Unis et la Chine, se mettent à ériger de nouvelles barrières commerciales de manière éparpillée, avec les chaînes de valeur éclatées internationalement, cela posera un problème parce que les coûts vont augmenter.

Fermer les frontières est une réponse simple, voire simpliste, mais insoutenable et indésirable à long terme, ajoute pour sa part Michèle Rioux.

Selon elle, la lutte contre la COVID-19 devrait plutôt servir de laboratoire pour la coopération internationale, notamment en ce qui concerne les dimensions économiques et sanitaires.

Il faut espérer qu’il y aura assez de leadership au niveau international en ce sens, souligne la chercheuse.

4. Qu’est-ce qui pourrait changer à l’avenir?

La crise révèle certaines faiblesses de notre système économique, affirme M. Mayneris, mais, pour qu’il y ait des transformations, encore faudrait-il que la volonté politique soit là et, surtout, qu’elle le soit à long terme.

Changer les habitudes est toujours coûteux parce qu'on s'attaque à des choses établies de longue date, soutient-il. On a donc tendance à ne pas vouloir agir, encore moins quand il s’agit d’un événement aussi rare que la crise que nous sommes en train de vivre.

Cela prendrait donc une concertation internationale et une volonté d'avancer ensemble pour les années à venir, en gardant en mémoire ce qui est arrivé, estime le chercheur.

Pour Michèle Rioux, il importe de penser à la génération âgée de 15 à 30 ans, qui sera le pilier de la reconstruction à venir. Les plans de relance doivent être conçus pour eux, estime-t-elle.

Toutefois, il y a un risque que si la crise se prolonge, nous nous retrouvions dans une période de refroidissement et de concurrence accrue entre États.

Si les ressources deviennent rares, les rivalités seront exacerbées et tous les dangers sont alors possibles, notamment la fermeture quasi permanente des frontières et des systèmes de surveillance et de contrôle très intrusifs, estime Mme Rioux.

Plus la crise sera longue, plus ses effets seront significatifs et perturbants par rapport à l’état actuel des choses.

Michèle Rioux, directrice du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation de l’UQAM.

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