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COVID-19 : le président du Brésil de plus en plus isolé

Le reportage de Jean-Michel Leprince

Photo : Reuters / Adriano Machado

Agence France-Presse

Face au coronavirus qui pourrait faire des dizaines de milliers de morts au Brésil, le président Jair Bolsonaro maintient toujours, contre la petite grippe, son opposition au confinement en vigueur ailleurs dans le monde, au prix d'un isolement politique de plus en plus grand.

La posture hautement controversée de M. Bolsonaro face à une pandémie qui a déjà tué 159 personnes au Brésil est illustrée avec ironie dans un mème circulant sur les réseaux sociaux.

On y voit un dinosaure observant une météorite prête à s'abattre sur la Terre. Mais au lieu de s'inquiéter de l'éradication de son espèce, il s'exclame : Merde, ça va foutre en l'air l'économie!

Même sa théorie selon laquelle un confinement moins rigoureux pourrait aider à préserver des emplois est battue en brèche par la plupart des économistes.

Quand il appelle les Brésiliens à retourner au travail en agitant la menace du chaos social, le président d'extrême droite va à l'encontre des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et même de son propre ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, un médecin.

Plusieurs autres ministres importants du gouvernement Bolsonaro se sont montrés en faveur du confinement, notamment ceux de la Justice, Sergio Moro, et de l'Économie, Paulo Guedes.

Bain de foule

Contre vents et marées, Jair Bolsonaro, 65 ans, a passé son dimanche à circuler dans la région de Brasilia, entrant dans de nombreux commerces, provoquant des attroupements et prenant même des photos avec des partisans.

Le président brésilien persiste et signe malgré le virage à 180 degrés entamé par d'autres leaders mondiaux auparavant corona sceptiques, comme le premier ministre britannique Boris Johnson ou Donald Trump. Pourtant, il avait l'habitude de s'aligner sur son homologue américain sur pratiquement tous les sujets.

Son obstination n'a fait qu'augmenter l'intensité des concerts de casseroles qui lui sont destinés tous les soirs depuis plus d'une semaine.

Sur les réseaux sociaux, qui lui ont servi de tremplin pour se faire élire en 2018, les critiques sont de plus en plus féroces.

Ces derniers jours, Twitter, Facebook et Instragram ont même effacé des messages publiés sur les comptes officiels du président, considérant que la désinformation causait du tort à la population.

Le chef de l'État s'est brouillé avec pratiquement tous les gouverneurs, les juges de la Cour suprême et les présidents des deux Chambres du pouvoir législatif, celui du Sénat réclamant plus de sérieux et de responsabilité.

Démission réclamée

Lundi, les principales personnalités de gauche sont allées plus loin en demandant au président de démissionner, jugeant irresponsable et criminelle la façon dont il fait face à la crise sanitaire.

Pour réduire l'impact du confinement sur l'économie, Jair Bolsonaro préconise l'isolement vertical, qui ne concernerait que les populations jugées à risque, notamment les personnes âgées.

Mais Eliana Bicudo, de la Société brésilienne d'infectiologie, considère qu'il est trop risqué d'isoler seulement les personnes âgées et de laisser les jeunes circuler, sans avoir une idée réelle du comportement du virus au Brésil.

Une étude de l'Imperial College de Londres estime que le Brésil pourrait limiter à 44 200 le nombre de morts liées à la COVID-19 avec des mesures de confinement strictes. Mais ce chiffre pourrait dépasser 500 000 si seules les personnes âgées étaient isolées, dans ce vaste pays de 210 millions d'habitants.

Le discours de Bolsonaro alimente une fausse dichotomie entre la préservation de la vie et la protection de l'économie, estime Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks.

Les études de référence montrent que la distanciation sociale contribue non seulement à éviter la surcharge du système de santé, mais aussi à faciliter la relance de l'économie après la pandémie, poursuit-il.

Pour Alexandre Schwartsman, ex-directeur des Affaires internationales de la Banque centrale, la santé publique doit prévaloir sur l'économie.

Si nous laissons se propager l'épidémie, les conséquences économiques risquent d'être encore pires. Il faut aider les gens à rester chez eux en leur donnant des revenus, ajoute-t-il, dans une analyse publiée sur le site d'informations G1.

Le gouvernement a annoncé une série de mesures économiques, notamment un financement des salaires des employés de PME et une allocation aux personnes les plus vulnérables, un plan jugé insuffisant par de nombreux analystes.

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