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COVID-19 : des patients s'inquiètent du report de leur chirurgie

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Une équipe de chirurgie en action.

Le reportage d'Olivier Bachand

Photo : Radio-Canada

De nombreux patients de partout au Québec ont reçu un appel leur annonçant la mauvaise nouvelle au cours des derniers jours. Leur chirurgie est reportée à plus tard; le système de santé étant concentré sur son combat contre la COVID-19.

Jusqu'à nouvel ordre, Québec a ordonné aux établissements de santé de procéder uniquement aux opérations urgentes, afin de libérer des ressources pour la crise qui sévit actuellement.

Chantal Marcotte fait partie des victimes collatérales de cette décision. La résidente de Laval a une masse potentiellement cancéreuse de neuf centimètres sur une de ses glandes surrénales, juste en haut du rein.

En temps normal, elle aurait été opérée la semaine prochaine au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Compte tenu que les blocs opératoires sont fermés, impossible de faire l'opération pour le moment. Si tout va bien, ça va prendre quatre à six semaines, se désole-t-elle.

Des jours d’angoisse

Elle va donc vivre de nombreux jours dans l'angoisse, craignant que sa tumeur ne grossisse davantage et ne s'attaque à d'autres organes. Je pensais que j'étais un cas urgent, compte tenu des conséquences que ça peut avoir, dit-elle. J'ai l'impression qu'on mise tout sur le coronavirus et qu'on laisse tomber ce qu'il y a d'autre à côté.

Élaine Chabot, de Québec, se retrouve dans une situation similaire. Elle devait subir une mastectomie mardi, mais sa chirurgie a été reportée. Elle a reçu un appel lui annonçant la nouvelle jeudi dernier. C'est sûr que c'est stressant d'être dans l'inconnu, dit-elle.

Mon oncologue m'a dit que j'avais quinze foyers de cancer dans une partie du sein droit. Quinze foyers, dans ma tête, c'est quand même pas mal. D'ici à ce que je me fasse opérer pour la mastectomie complète, est-ce que ça a le temps de se propager?

Élaine Chabot

Entre-temps, sa médecin lui a prescrit un médicament pour réduire la croissance des masses cancéreuses.

Aucun patient n'est en danger, dit Québec

Pour faire face à la pandémie de la COVID-19, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a exigé que chaque établissement de santé mette sur pied un comité de surveillance des activités chirurgicales.

Ces comités, formés de gestionnaires et de médecins, ont pour mission de reporter toutes les procédures électives pour pathologies bénignes et de limiter au maximum la prestation chirurgicale pour les cas jugés semi-urgents, incluant l'oncologie afin de privilégier les opérations urgentes, selon ce qu'on peut lire sur le site web du MSSS.

7000 lits libérés

L'objectif est de libérer le personnel médical et les lits d'hospitalisation requis pour les patients atteints du coronavirus. En ce moment, un total de 7000 lits a été libéré dans le réseau de la santé, dont 600 aux soins intensifs.

Questionnée sur l'impact de ces mesures, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a affirmé qu'elles ne mettaient pas la vie des patients touchés en danger. Ça ne met pas à risque les personnes, c'est bien évalué par un comité scientifique, a-t-elle déclaré en conférence de presse lundi.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, a confirmé que ces décisions ne sont pas prises à la légère.

Au cours des deux prochaines semaines, les gens vont arriver à pleines portes aux urgences et aux soins intensifs en raison de la COVID-19, a-t-elle expliqué, en soulignant que la priorité des hôpitaux était de vider les lits.

Une opération rattrapage à prévoir

La Société canadienne du cancer (SCC) et la Fondation cancer du sein du Québec ont bon espoir que les comités d'évaluation seront en mesure de prendre des décisions éclairées quant aux chirurgies à reporter, mais elles ont néanmoins certaines appréhensions.

Des opérations urgentes où la patiente ne peut pas attendre, ils vont continuer à faire ces opérations-là. Les chirurgies qui ont été reportées, c'est pour des cancers du sein qui sont beaucoup moins agressifs, dit la vice-présidente, investissements et promotion de la santé de la Fondation cancer du sein du Québec, Jida El Hajjar.

Ce qui nous importe, c'est de s'assurer que le traitement soit donné en temps opportun et que ce soit donné au bon moment. Évidemment, ça nous inquiète de voir ce qui se passe dans le réseau de la santé, dit le porte-parole de la SCC, André Beaulieu.

Les deux organisations espèrent que le réseau de la santé sera en mesure d'effectuer le rattrapage nécessaire une fois la crise terminée.

Qu'est-ce qui va arriver aux gens qu'on va décaler? Va-t-il y en avoir trop, justement, et va-t-on surcharger le système pour la suite des choses?

André Beaulieu, porte-parole de la SCC

Déjà il y a des temps d'attente pour le diagnostic du cancer du sein, etc. J'aimerais savoir quel sera le plan après la crise, comment on va reprendre toutes ces patientes-là et comment on va les trier pour les traiter le plus rapidement possible, dit Jida El Hajjar.

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