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Russie : le médecin en chef déclaré infecté, Poutine venait de le rencontrer

Vladimir Poutine entre dans un hôpital accompagné par le Dr Denis Protsenko.

Le président russe Vladimir Poutine (gauche) avec le Dr Denis Protsenko, lors d'une séance de photo dans un hôpital de Moscou

Photo : Reuters / Agence Sputnik

Denis Protsenko était, il y a quelques semaines, un illustre inconnu pour la grande majorité des Russes, jusqu'à ce que l'hôpital qu’il dirige en banlieue de Moscou devienne l'épicentre de la lutte contre la COVID-19.

Depuis le mois de février, il supervise non seulement les centaines de patients ayant des symptômes et placés en isolement préventif en revenant de voyage, mais il gère aussi le traitement des patients qui sont positifs.

Depuis mardi, il s’ajoute aux statistiques de la contagion à Moscou.

Le Dr Protsenko a confirmé sur sa page Facebook être atteint du nouveau coronavirus, mais il s’est voulu rassurant en expliquant qu’il travaillera dorénavant à la coordination des soins à partir de son bureau, où il est confiné pour 14 jours.

Ce n’est pas tant sa capacité de gérer la crise qui inquiète, mais plutôt le fait qu’il était avec le président Vladimir Poutine pas plus tard que la semaine dernière.

Il avait reçu le chef du Kremlin pour une visite du mégacentre d'infectiologie afin d'en vanter le niveau de préparation.

Les deux hommes ont non seulement discuté longuement en marchant dans les couloirs de l'hôpital, ils ont aussi échangé une bonne poignée de main, sans gants, devant les caméras.

Denis Protsenko serre la main du président russe Vladimir Poutine dans un hôpital de Moscou.

Le Dr Protsenko, maintenant positif à la COVID-19, a serré la main du président russe, sans gants, lors d'une visite officielle.

Photo : Reuters / Agence Sputnik

Mais M. Poutine va bien, affirme le Kremlin. Son porte-parole, Dimitri Peskov, s’est empressé d'expliquer aux médias que le président subit régulièrement des tests, tout comme son entourage.

Depuis plus d’un mois, tous ceux qui approchent le président sont obligés de prendre d’énormes précautions.

Déjà, le 3 février dernier lors d’un événement au Kremlin, toute l'équipe de Radio-Canada s’est soumise à une prise de température avant d'entrer dans la pièce où était M. Poutine.

Mais à la télévision russe, mardi, c’était la consternation.

La nouvelle que le Dr Protsenko est infecté a surtout eu l'effet d’une douche froide.

Ça y est, le virus est partout, le président, le maire, tout le monde est à risque. Qui va nous protéger? a demandé l’animatrice de l’émission populaire 60 minutes de la chaîne Rossiya 1.

Une question aussi pertinente que perturbante si la Russie devait éventuellement connaître le scénario catastrophique que plusieurs médecins redoutent au cours des semaines à venir.

En date du 31 mars, la Russie comptait 2337 cas confirmés, et 7 décès au total. Des statistiques relativement basses, précisait un journaliste russe.

Mais à ce jour, nous ne savons pas vraiment ce qui passe à l'interne, a-t-il ajouté, et c’est une des réalités avec des régimes opaques.

Il est de plus en plus certain que Vladimir Poutine avait sous-estimé les risques de contagion communautaire quand il a déclaré il y a deux semaines que la Russie avait échappé à la propagation massive.

Depuis, c’est une course contre la montre.

Une semaine plus tard, il s'adressait à la nation pour décréter une semaine de congé payé jusqu’au 4 avril pour convaincre les gens de rester à la maison.

Et lundi, en visioconférence, il demandait à tous les gouverneurs du pays de confiner leur population et de suivre l’exemple de Moscou, où le maire Sergei Sobyanin mène en coulisse toute la stratégie contre le coronavirus.

Moscou en confinement

Finis les bouchons de circulation, finies les foules.

Moscou a à son tour les allures d’une ville fantôme. Depuis lundi, les 20 millions d’habitants du centre et des banlieues n’ont le droit de sortir que pour faire l'épicerie ou pour aller à la pharmacie.

L’exercice physique à l'extérieur n’est permis qu’à cent mètres de la maison.

Une rue vide de Moscou.

Les rues de Moscou sont désertes en raison des mesures de confinement exigées pour limiter la propagation de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Alexey Sergeev

Le maire Sobyanin a promis un contrôle intelligent de la population. Avec ses quelque 100 000 caméras, la capitale russe possède l’un des systèmes de surveillance les plus sophistiqués du monde.

Ils auraient dû nous confiner dès le début, au lieu de laisser les gens se faire des BBQ en groupes, confie une femme à notre caméraman, qui a toujours le droit de circuler pour rendre compte de la situation à Moscou.

D’autres Moscovites ont décidé, eux, de s’exiler à Sotchi, au grand dam des autorités qui ont dû intervenir pour que les hôtels refusent les réservations et obligent les touristes déjà sur place à s’enfermer dans leur chambre.

Une jeune femme interrogée par l'agence Reuters expliquait être venue à Sotchi pour s'éloigner de l'ambiance morose à Moscou, où il n’y a plus rien à faire, car tout est fermé.

Deux policiers devant un magasin de Moscou.

Des policiers russes s'assurent que les mesures de confinement sont respectées.

Photo : Reuters / Maxim Shemetov

D'où l’importance de limiter les déplacements des résidents de la capitale, explique le journaliste Denis Strelkov qui, comme beaucoup d’autres, craint les conséquences pour les régions à l'extérieur de grandes villes.

Souvent, ces villages n’ont pas l’équipement nécessaire et les conditions des hôpitaux sont mauvaises. Le transfert de patients d’une région à l’autre est complexe.

Des pouvoirs extraordinaires

Les autorités russes sont désormais munies de pouvoirs extraordinaires pour sévir contre les personnes qui dérogent aux consignes données dans leur région respective.

Les députés de la Douma ont voté en toute vitesse mardi matin en faveur d’un projet de loi qui prévoit une série de mesures.

À l’image du Canada et d’autre pays, la Russie menace toute personne qui viole le confinement d'une amende pouvant atteindre l’équivalent de 25 000 $ CA.

La loi prévoit aussi jusqu’à sept ans de prison si une telle violation causait la mort involontaire d’un concitoyen.

Apparemment, il faut des sanctions et des amendes pour convaincre les Russes de rester tranquilles à la maison, dit Pavel à notre caméraman à sa sortie de l'épicerie, l’une des seules activités encore permises.

Les autorités ne surveillent pas seulement les allées et venues, des sanctions sont désormais prévues pour toute personne qui diffuse de fausses informations sur le coronavirus en Russie.

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