•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment contrôler les foyers d’éclosion du virus dans les résidences pour aînés?

Une femme âgée regarde par la fenêtre de sa chambre.

Une aînée regarde par la fenêtre de sa chambre dans la résidence Haro Park à Vancouver.

Photo : Ben Nelms/CBC

Une crise se profile dans les foyers pour personnes âgées du pays. En Ontario, le tiers des décès attribuables à la COVID-19 sont liés à un seul centre de soins de longue durée. Le constat est aussi inquiétant au Québec, où plus de 400 résidences signalent des cas d’infection.

Au moins une dizaine de centres de soins de longue durée de l’Ontario sont devenus d’importants foyers d’éclosion, notamment la résidence Pinecrest avec 13 décès. Le nombre de résidences touchées est probablement plus élevé, a concédé mardi la médecin hygiéniste en chef adjointe, Barbara Yaffe.

D'Orléans à Halifax, la situation évolue rapidement. Six personnes âgées de la résidence Eva de Lavaltrie sont mortes de la COVID-19, confirmait le CISSS de Lanaudière mardi.

Établissements au Québec qui signalent au moins un cas :

  • 184 Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD)
  • 114 résidences pour personnes âgées
  • 59 Ressources intermédiaires et ressources de type familial (RI-RTF)
  • 53 autres établissements accueillant des personnes âgées

À Toronto, un résident de 66 ans est mort lundi, trois jours après avoir été déclaré positif au Centre Rekai Sherbourne.

Son état de santé s’est détérioré très vite. Ça a été un dur choc, explique la PDG, Sue Graham-Nutter. Quatre personnes âgées partagent une même chambre dans ce centre de soins. On met les cas de COVID-19 ensemble, mais on n’a pas de chambres individuelles pour les isoler.

Le phénomène inquiète grandement les autorités de santé publique de partout au Canada, a dit le médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, David Williams, mardi. On se pose tous la même question, comment protéger nos aînés vulnérables?

Pas assez de masques

Toutes les conditions sont réunies pour que les résidences pour personnes âgées du pays deviennent des épicentres de la COVID-19, estime Laura Tamblyn Watts, directrice des politiques pour l’Initiative nationale pour le soin des personnes âgées.

Nos populations les plus vulnérables se retrouvent dans des espaces confinés. Le coronavirus peut s’y propager comme un feu de broussaille. Selon elle, l’enjeu premier est le manque de masques pour le personnel aidant.

Deux personnes, dont une femme qui porte des vêtements de protection médicaux.

Plusieurs résidents et une bénévole du centre Pinecrest sont morts de la COVID-19.

Photo : Evan Tsuyoshi Mitsui/CBC

Dans de nombreuses résidences du pays, les masques et autres équipements de protection sont en effet rationnés ou même gardés sous clé. Plusieurs syndicats, dont le Syndicat canadien de la fonction publique, demandent que les travailleurs y aient accès, pour éviter que des personnes asymptomatiques ne propagent le virus.

Selon le Dr David Williams, ces équipements ne devraient être utilisés que s’il y a une éclosion dans une résidence, en raison de la pénurie de matériel. Nous comprenons la crainte, mais il faut absolument être diligent pour la suite des choses.

Si les visites sont limitées au maximum et que le personnel suit les consignes de distanciation physique, alors ces environnements devraient demeurer sécuritaires, a dit le Dr David Williams mardi.

Confinement en France

Des éclosions majeures en Europe laissent déjà présager le pire. En France notamment, la situation dans les Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) suscite l’inquiétude. De plus en plus de morts continuent d’être signalés dans ces maisons de retraite, selon l'Agence France-Presse.

Certains directeurs d’Ehpad ont d’ailleurs décidé de confiner l’ensemble de leurs résidents et de leur personnel à même les résidences afin d'éviter un massacre. Une solution qui n’a pas été entérinée par les autorités françaises.

Une ambulance devant une résidence pour aînés.

Une ambulance quitte la maison de retraite de la Fondation Rothschild à Paris où 16 résidents sont décédés et 81 ont été infectés par le coronavirus.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Laura Tamblyn Watts doute qu’une telle mesure fonctionne au Canada.

Toutes les options devraient être sur la table à ce point-ci, mais je m’explique mal où on les ferait dormir! Les centres de soins de longue durée débordaient partout au pays avant même le début de cette crise de santé publique.

Faut-il retirer ses proches des résidences?

Si elles peuvent le faire de manière sécuritaire, les familles de personnes âgées en bonne santé pourraient les retirer des résidences et les placer en quarantaine, estime Marissa Lennox, directrice à l'Association canadienne des retraités.

Ça aurait été une bonne idée le mois dernier, mais ce n’est plus prudent dans les régions touchées, estime pour sa part Laura Tamblyn Watts. Ces personnes pourraient contaminer leur famille ou vice versa, remarque-t-elle.

On n'a pas eu de demande encore, renchérit Sean Keays du Foyer Richelieu, mais faudrait s’assurer qu’ils soient en quarantaine pour 14 jours.

Les garderies en renfort

Dans la péninsule du Niagara, des travailleurs de centres de la petite enfance pourraient être appelés en renfort si le Foyer Richelieu venait à être touché, explique son directeur général Sean Keays.

On a fait une liste. On a aussi contacté les centres de santé francophones de la région pour voir lesquels de leurs employés ne travaillent pas et sont disponibles.

Le Foyer Richelieu est épargné jusqu’ici, mais l’entrée du virus aurait l’effet d’une bombe, prévient Sean Keays. On perdrait rapidement 20 à 30 % de notre personnel facilement, car les employés devraient s’isoler.

Une capture d'écran d'une conversation vidéo sur Skype. Une femme âgée est assise dans un fauteuil bleu. À côté, un homme est assis dans un fauteuil similaire. Derrière, des drapeaux.

Clothilde Dalcourt, résidente du Foyer Richelieu à Welland, observe que les jours sont plus tranquilles depuis que les visites ne sont plus autorisées. Sean Keays, directeur général, note que le centre s’est procuré des iPad pour offrir des échanges virtuels avec les familles.

Photo : Skype

Selon Marissa Lenox, cela a pris une pandémie pour qu’on se rende enfin compte qu’il y a une pénurie de travailleurs en soins de longue durée au Canada. Certaines provinces, dont l’Ontario, ont assoupli les critères d’embauche, ce qui pourrait aider, selon elle.

Trop peu trop tard?

Une foule de mesures ont été annoncées dans les derniers jours au Canada pour aider les personnes âgées. Dimanche, Centraide a reçu 9 millions de dollars d’Ottawa. Le lendemain, Québec versait 133 millions aux établissements qui s'occupent des aînés.

Le premier ministre de l’Ontario, qui a annoncé 243 millions de dollars lundi pour mieux protéger les résidents des centres de soins de longue durée, s’est défendu mardi d’avoir trop attendu pour conseiller l’isolement aux personnes âgées de plus de 70 ans.

Ma propre belle-mère est en quarantaine. Nous devons protéger nos aînés à tout prix.

Doug Ford, premier ministre de l’Ontario

Toutes les résidences seront minutieusement aseptisées et tous les patients en provenance des hôpitaux subiront un test avant d’être retournés en résidence, a ajouté la ministre de la Santé Christine Elliott.

Au Québec, des familles de personnes âgées ont dénoncé le manque de sérieux de résidences pour ce qui est de l'application des interdictions d'entrées et de sorties, ou encore des mesures prises à l'intérieur pour empêcher la propagation du coronavirus.

On fera l’analyse plus tard. On pourra voir ce qu'on aura manqué et faire mieux la prochaine fois.

Le directeur de santé publique du Québec, Horacio Arruda

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé publique

Santé