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COVID-19 au Jeffery Hale : des employés avaient sonné l'alarme

L'hôpital Jeffery Hale à Québec, le 31 mars 2020

Plusieurs cas de COVID-19 ont été confirmés à l'hôpital Jeffery Hale dans le quartier Saint-Sacrement à Québec

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

L'éclosion de COVID-19 à l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Jeffery Hale, à Québec, est le résultat de négligence, selon des employés. Malgré des craintes manifestées à répétition, le contrôle des visiteurs a tardé à se mettre en place et des patients qui avaient des symptômes n'auraient pas été dépistés sur-le-champ.

Selon nos informations, au moins quatre travailleurs de la santé et quatre résidents de l'unité des soins palliatifs, située au troisième étage du Jeffery Hale, ont reçu un résultat positif pour la COVID-19.

J'ai l'impression à 100 % que ça a été très négligent de la part de la gestionnaire et des personnes responsables, lance Johanne (nom fictif), une employée qui travaille sur les lieux de l'éclosion et qui a accepté de se confier à Radio-Canada sous le couvert de l'anonymat.

En colère, Johanne raconte que dès le 18 mars, c'est-à-dire il y a presque deux semaines, les employés de l'unité des soins palliatifs réclament un contrôle accru des visiteurs. À ce moment-là, rien n'est fait par sa gestionnaire, assure-t-elle.

C'est sûr qu'aux soins palliatifs, c'est différent parce que ce sont des patients en fin de vie et les familles veulent avoir des contacts, admet-elle.

Mais dès le premier instant, en sachant qu'on allait laisser les portes ouvertes, il fallait mettre la protection nécessaire pour tous les visiteurs qui rentraient sur l'étage.

Johanne (nom fictif), employée de l'unité des soins palliatifs à l'hôpital Jeffery Hale
La COVID-19 dans la grande région de Québec

Les preuves s'accumulent

Le 23 mars, une collègue de Johanne commence à présenter des symptômes. Le 25 mars, une partie du personnel est informé qu'une personne atteinte de la COVID-19 a circulé sur l'étage. Des employés sont alors placés en isolement préventif.

Or, pour le personnel soignant qui reste en poste, aucune mesure additionnelle n'est prise, selon Johanne. On nous a caché l'identité du patient qui avait été visité et on a continué à lui donner des soins comme d'habitude.

Ç'a été camouflé et bien évidemment le virus s'est propagé.

Johanne (nom fictif), employée de l'unité des soins palliatifs à l'hôpital Jeffery Hale

Johanne rapporte que le 25 mars, deux patients présentaient simultanément des symptômes de la COVID-19 : toux, problèmes respiratoires et fièvre.

Les employés auraient rapporté la situation à leur gestionnaire, auraient demandé que ces patients soient dépistés rapidement et que le personnel ait accès à du matériel de protection additionnel, comme des visières. Johanne se désole de la réaction de sa gestionnaire.

La gestionnaire a dit que ça ne valait pas la peine de les faire tester pour la COVID-19 parce que c'était considéré comme des patients en fin de vie.

Johanne (nom fictif), employée de l'unité des soins palliatifs à l'hôpital Jeffery Hale

Le Syndicat des professionnelles en soins du CIUSSS de la Capitale-Nationale confirme cette même version des faits, à savoir que les patients n'ont pas été dépistés sur-le-champ.

On comprend qu'ils sont en fin de vie et que ces gens-là vont mourir, mais quand même, c'est important de savoir s'ils ont la COVID pour être sûr de bien protéger les gens aux alentours, dit la présidente du Syndicat, Patricia Lajoie.

Ça ne veut pas dire que parce qu'ils sont en fin de vie qu'il faut négliger cet aspect-là! Il y aurait dû avoir des choses de mises en place à ce moment-là, martèle-t-elle.

Patricia Lajoie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Patricia Lajoie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Photo : Radio-Canada

Agir plus tôt

Une autre employée à qui nous avons donné le nom fictif de Suzie affirme qu'au cours des 10 derniers jours, au moins quatre patients qui présentaient des symptômes de la COVID-19 sont morts avant d'être testés.

Bien qu'il soit impossible de dire qu'ils avaient effectivement la maladie ou non, Suzie n'hésite pas à dire qu'il s'agit de négligence. S'il y avait quelque chose à faire, il aurait fallu le faire plus tôt, se désole-t-elle.

À savoir si le personnel soignant aurait dû être équipé de visières, la Syndicat des professionnelles en soins du CIUSSS reste prudent, sachant que le matériel de protection est précieux et qu'il faut à tout prix éviter des pénuries.

Il faut vraiment suivre les directives de la santé publique dans ces cas-là. Dépendamment de la gravité des symptômes, c'est ça qui va dire quel équipement il faut.

Patricia Lajoie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Pour sa part, Johanne n'en démord pas : Ça prend plus que les précautions normales qu'on met pour l'influenza ou pour la gastro.

Elle est également convaincue que le bilan ne serait pas aussi lourd si le taureau avait été pris par les cornes dès le départ.

Ne pas avoir fait ça, ça nous a exposés, tout le monde [...] Ça me fait de la peine pour les patients et mes collègues.

Johanne (nom fictif), employée de l'unité des soins palliatifs à l'hôpital Jeffery Hale

Du dépistage a été fait

Par courriel, le CIUSSS de la Capitale-Nationale soutient que dès l'éclosion du premier cas de COVID-19 chez un employé, les patients qui présentaient des symptômes ont été dépistés rapidement, sauf pour ceux sont la fin de vie était imminente.

Dans ces cas, la décision revient à un médecin de déterminer si les symptômes de fièvre et de difficultés respiratoires sont attribuables à une infection ou au décès imminent, précise le directeur adjoint des communications, Vincent Lamontagne.

Il indique aussi qu'au même moment, l'unité des soins palliatifs était sous le coup de strictes mesures de contrôle des infections puisqu'une éclosion de symptômes d'allures grippaux y sévissait depuis quelques jours.

Quant aux allées et venues des visiteurs, le CIUSSS maintient qu'il applique les directives du gouvernement depuis le début de la crise. Radio-Canada n'a pas été en mesure de savoir quelles mesures additionnelles ont été mises en place le 30 mars pour limiter les visites à l'unité des soins palliatifs.

Toutefois, des équipes de soins et d'entretien sont maintenant dédiées à cette unité. Elles ne circulent donc pas sur d'autres étages afin de limiter les risques de contamination.

Avec la collaboration de Guylaine Bussière

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