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Crise de la COVID-19 : thérapeutes respiratoires recherchés

Une personne porte un masque d'oxygène.

Un patient reçoit de l'oxygène.

Photo : Freepik

La disponibilité des respirateurs artificiels est l’une des principales préoccupations de la crise de la COVID-19, mais encore faut-il le personnel nécessaire pour les faire fonctionner. Une course contre la montre s’engage à plusieurs endroits afin de déployer les effectifs suffisants pour répondre à la demande, notamment en Ontario.

C’est un peu ironique. Les gens veulent plus de ventilateurs, c’est parfait, on en a besoin, mais ça prend aussi les gens qui sont capables de les opérer, lance Justine Verville-Fiset, coordonnatrice du programme de thérapie respiratoire de La Cité, à Ottawa.

Ces gens auxquels elle fait référence, ce sont ceux qu'on appelle au Québec les inhalothérapeutes ou, dans les autres provinces canadiennes, les thérapeutes respiratoires.

Le thérapeute s’assure que le patient reçoit assez d’oxygène […] et que les réglages de la machine reflètent ses besoins. C’est un métier minutieux.

Une citation de :Justine Verville-Fiset, coordonnatrice du programme de thérapie respiratoire de La Cité

Ce sont des travailleurs de l’ombre, que les patients ne voient pas nécessairement lors d’une visite typique à l’hôpital, puisqu’ils interviennent généralement en situation critique. Ils sont des spécialistes du système respiratoire, ce qui les place en première ligne pendant la pandémie de coronavirus.

Le virus s’attaque principalement au niveau des poumons et ça crée une sorte d'inflammation qui demande des connaissances en ventilation mécanique assez poussées, explique Julien Blais, un inhalothérapeute de l’Hôpital de Buckingham, en Outaouais.

On est extrêmement sollicités parce que tous les gens qui viennent avec la possible COVID-19, on leur demande d’être évalué par un thérapeute respiratoire s’ils ont des détresses respiratoires, ajoute Mme Verville-Fiset, qui travaille également dans un centre hospitalier de la capitale fédérale.

Une femme pose pour une photo à l'extérieur.

Justine Verville-Fiset, coordonnatrice du programme de thérapie respiratoire de La Cité

Photo : Radio-Canada / Kim Vallière

Fin d'études devancée en Ontario

Afin de répondre à la demande croissante, l'Ordre des thérapeutes respiratoires de l’Ontario a mis en place des mesures exceptionnelles pour avoir suffisamment de personnel pendant la crise.

Les finissants des programmes de formation, qui répondent aux exigences de l’Ordre, obtiendront leur permis d’exercice quelques semaines plus tôt.

Nous voulons être prêts, donc tout le monde compte.

Une citation de :Kevin Taylor, président de l’Ordre des thérapeutes respiratoires de l’Ontario

Ce dernier affirme que 117 étudiants se joindront bientôt aux quelque 3700 thérapeutes respiratoires déjà en poste dans la province.

De ce nombre, une dizaine d’étudiants de troisième année de La Cité termineront leur stage clinique de deux à sept semaines plus tôt que prévu pour amorcer leur carrière dans les hôpitaux.

Ils se sentent eux-mêmes déjà prêts. Ils ont une pensée critique, ils ont un jugement clinique. Ils sont rendus là. Ils sont contents, parce qu’ils se disent “plus je peux aider, mieux c’est”, raconte Justine Verville-Fiset.

L’Ordre des thérapeutes respiratoires de l’Ontario a aussi lancé un appel aux retraités et à ceux qui avaient cessé de pratiquer afin de les inciter à revenir au travail pour prêter main-forte aux équipes en place.

M. Taylor n’exclut pas non plus la nécessité de former d’autres professionnels de la santé pour manoeuvrer les respirateurs artificiels.

Il y a une variété de professions qui ont une partie des connaissances théoriques. Ils ne s’occupent pas des respirateurs au quotidien, mais nous voulons les mettre à contribution, mentionne-t-il.

L’Ontario est la province qui compte le moins de respirateurs par habitant du pays, selon les données compilées par Radio-Canada.

Le gouvernement Ford a demandé à des fabricants de pièces automobiles d’en construire 10 000 de plus pour lutter contre la COVID-19.

Kevin Taylor précise qu’un thérapeute respiratoire peut généralement s'occuper simultanément de cinq patients sous respiration artificielle.

Un employé du réseau de la santé met un masque sur un patient.

Un employé du réseau de la santé met un masque respiratoire sur un patient.

Photo : iStock

Une situation sous surveillance au Québec

Les étudiants québécois ne seront toutefois pas appelés à prêter main-forte de la même façon que leurs compatriotes ontariens.

La dernière année de la technique en inhalothérapie doit être consacrée à effectuer un stage, une étape que les étudiants ne peuvent pas aborder pour le moment parce que les milieux de la santé ne prennent pas les stagiaires, donc ça rend la situation difficile, à savoir quand ils vont pouvoir terminer, précise Jocelyn Vachon, président de l’Ordre des inhalothérapeutes du Québec.

Ils peuvent toutefois, après avoir terminé les deux premières années de leur programme, travailler en externat dans les soins cardiorespiratoires généraux. Ils peuvent ainsi exercer certaines activités réservées aux inhalothérapeutes, à condition que l’état de santé de l’usager ne soit pas dans une phase critique.

Ça permet de libérer les inhalothérapeutes pour qu’ils aillent donner un coup de main à leurs confrères dans les soins critiques, soutient M. Vachon.

Il mentionne également qu’un appel a été lancé pour inciter les inhalothérapeutes qui ont arrêté de pratiquer il y a moins de 5 ans et qui sont âgés de moins de 70 ans à revenir dans les hôpitaux pendant la crise. Il ne croit toutefois pas que des mesures supplémentaires soient nécessaires pour le moment.

À 4300 membres, je pense qu’on est en mesure de répondre aux besoins du système de santé.

Une citation de :Jocelyn Vachon, président de l’Ordre des inhalothérapeutes du Québec

Julien Blais a aussi l’impression que lui et ses collègues sont présents en nombre suffisant, mais la situation pourrait changer. S’il y a des inhalothérapeutes qui s’infectent et qui contractent le coronavirus, c’est sûr qu’on va en perdre et qu’on va en avoir besoin, soutient le résident de l’Outaouais.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Valorisation en temps de crise

Des travailleurs de l’ombre, souvent oubliés… Les inhalothérapeutes et thérapeutes respiratoires ont souvent l’impression d’être laissés pour compte lorsque la population pense aux travailleurs de la santé.

Les complications respiratoires liées à la COVID-19 les ont toutefois placés à l’avant-plan. On mérite d’être connus, on est partout et on est polyvalents, raconte Julien Blais, qui estime que sa profession est valorisée en ces temps de crise du coronavirus.

C’est tellement inconnu comme profession, mais tellement vital, complète Justine Verville-Fiset. Cette dernière a vu à quel point ses collègues sont sollicités dans de nombreuses parties du monde, comme en Italie et aux États-Unis.

C’est une préoccupation, mais en même temps, on n’est tellement pas rendus là, soutient-elle, en ajoutant que si la situation est encore bien en main, ses collègues et elle se préparent à une augmentation du nombre de cas.

C’est comme si on se faisait déporter dans la guerre, on n’a pas le choix de travailler […] Des fois, sentir qu’on est appréciés, que notre travail est reconnu, ça nous fait du bien aussi.

Une citation de :Justine Verville-Fiset

Les mots d’encouragement leur font oublier pendant quelques instants l’inquiétude d’être en contact direct avec des patients atteints de la COVID-19 et donc d’être exposés à la maladie... Une reconnaissance qui renforce le sens du devoir.

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