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COVID-19 : l'éducatrice Anick-Lia Pehe, le devoir de préserver l'insouciance

Ces Manitobains sont sur la ligne de front depuis le début de la pandémie de COVID-19. Rencontre avec des gens qui continuent d’assurer leur mission en cette période trouble, coûte que coûte.

Une éducatrice joue avec une enfant.

Anick-Lia Pehe se dit stressée et fatiguée par la situation, mais tente de ne pas le montrer aux enfants dont elle s'occupe.

Photo : Radio-Canada

Anick-Lia Pehe ne laisse personne tomber. En pleine crise sanitaire, la directrice de la garderie Les Petits Génies, au coeur de Saint-Boniface à Winnipeg, fait en sorte que les enfants des travailleurs essentiels gardent leur sourire et leur insouciance.

La petite Julie et le petit Daniel sortent dans la cour, située à l’arrière du bâtiment, qui se trouve rue Des Meurons. Les deux enfants semblent pressés de prendre une bouffée d’air et de savourer cet instant ensoleillé.

Les enfants se ruent sur les balançoires. Anick-Lia Pehe, la directrice de la garderie, et Grace Kapela, une éducatrice, viennent se placer derrière. De leurs mains gantées, les deux femmes les aident à se balancer.

Avec leur voix douce, les deux femmes encouragent les enfants à se tenir avec fermeté. Les éducatrices veillent sans faillir sur ces petites têtes blondes et brunes.

D’ordinaire, la structure accueille 40 enfants. Mais, en raison de l’épidémie, cette garderie, restée ouverte à la demande de la province, n’en accueille plus que 4. Anick-Lia Pehe indique que d’autres enfants devraient arriver la semaine prochaine. Elle travaille dans le domaine de la petite enfance depuis près de 10 ans. Elle n’a jamais fait face à une telle situation.

Des éducatrices en jeune enfance et des enfants font de la balançoire.

Les éducatrices tentent de leur mieux d'assurer les activités et les jeux, comme en temps normal, pour éviter de dérouter les enfants.

Photo : Radio-Canada

Situation difficile

Maintenir la garderie ouverte, c’est un peu difficile financièrement. Les frais de garde des parents qui ne nous confient plus leurs enfants ont été remboursés. Donc, nous avons déjà perdu de l’argent. Et si nous restons ouverts, nous en perdons encore plus, confie Anick-Lia Pehe qui dissimule son inquiétude derrière un sourire. Cette dernière chiffre les pertes à environ 8000 $.

Pour limiter les dégâts, la garderie a congédié 7 de ses 9 employés. Anick-Lia Pehe les rappellera au fur et à mesure que plus d’enfants seront accueillis. Là aussi, nous ne savons pas ce qu’il va se passer. J’essaie de rassurer mes employés, leur dire qu’il y a toujours de la place pour eux ici , assure-t-elle.

Rassurer les enfants

Au rythme de la balançoire, la directrice tente de chasser ses inquiétudes. Hors de question pour elle d’imposer ça aux enfants. Parfois, ils nous demandent pourquoi leurs amis ne peuvent pas venir… Mais on essaie de leur expliquer au plus simple parce qu’ils ne peuvent pas comprendre ce qu’est, le coronavirus, explique la professionnelle de la petite enfance, à la tête de la garderie depuis 2015.

Une femme sourit.

Anick-Lia Pehe travaille dans le domaine de la petite enfance depuis près de 10 ans mais n'a jamais exercé dans de telles conditions.

Photo : Radio-Canada

La petite Julie délaisse la balançoire pour s’essayer à un parcours d’obstacles fait de pneus peints en bleu. Anick Lia-Pehe s’avance derrière elle. Vas-y! Comme ça! Saute encore, l’encourage-t-elle en la soutenant par les bras.

Malgré toutes ses difficultés, Anick-Lia Pehe ne changerait sa situation pour rien au monde. Elle sait que sa mission est primordiale en ces temps de crise.

Le devoir

Pour elle, c’est un devoir d’aider les personnes en première ligne pour endiguer la crise. Si nous, on refuse d’ouvrir, comment vont-ils faire pour soigner les malades? C’est une bonne chose d’ouvrir, d’aider les autres pour que cette maladie puisse finir au plus vite, affirme-t-elle.

L’heure de la sieste a sonné. La responsable appelle Julie et Daniel. Les enfants laissent leurs jouets de côté et se rassemblent autour des éducatrices. Passage obligatoire avant de rentrer : le lavage des mains.

En raison de la pandémie, les éducatrices ont installé des stations de nettoyage à toutes les entrées de la garderie dans lesquelles se trouvent du savon et de l’eau chaude. Nous prenons nos précautions. On désinfecte tout, même si cela, on le faisait déjà avant. Et on ne veut plus que les parents entrent dans la garderie, précise Anick-Lia Pehe.

Une éducatrice se lave les mains avec de l'eau.

Des stations de lavage des mains comme celles-ci ont été installées près de toutes les entrées de la garderie, pour les enfants, les éducatrices mais aussi les parents.

Photo : Radio-Canada

Chacun à son tour, les pensionnaires ouvrent le robinet et passent leurs mains sous l’eau, savonnent et frottent avec minutie. Les protégés d'Anick-Lia Pehe se prêtent volontiers au jeu, le sourire aux lèvres.

Des encouragements nécessaires

C’est dans ces sourires et dans les encouragements des parents et des membres de conseil d’administration que la directrice et ses employés trouvent la force d’avancer. Ces jours de pandémie apportent leur lot de stress et de fatigue supplémentaires.

Mais la directrice reconnaît qu’ils permettent au moins de souligner l’importance de leurs tâches.

Aujourd’hui, on nous demande de l’aide. On valorise subitement notre emploi, alors que c’est quelque chose qu’on devrait valoriser depuis longtemps.

Anick-Lia Pehe, directrice de la garderie Les Petits génies

Elle se penche pour ramasser des jouets dans la cour, les nettoyer et les ranger. Grace Kapela et les enfants font le tour du bâtiment pour aller rejoindre les lits pour la sieste.

Anick-Lia Pehe les suit quelques minutes après. Elle souffle : Je pense que l’on devrait vraiment prendre conscience que les éducatrices ne sont pas que des gardiennes, mais ce sont des personnes qui ont la vie des enfants en main du lundi au vendredi, et même pendant l’été.

En passant devant les vitres de la garderie, Anick-Lia Pehe laisse apparaître des dessins colorés. Sur quelques-uns sont inscrits ces mots de solidarité : Portez-vous bien. Ou encore : Tout va bien se passer.

C’est aussi ce qu’espère Anick-Lia Pehe. Elle lâche : On a l’espoir que tout ceci n’est qu’un cauchemar qui va se terminer très vite. Et que les rires de ces 40 petits génies puissent résonner dans ces lieux comme avant.

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