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Tel-jeunes et LigneParents sont débordés en raison de la COVID-19

Tel-jeunes vient en aide chaque année à 52 000 jeunes Québécois de 20 ans et moins.

Une jeune fille est assise sur un sofa et elle se tient la tête dans les mains.

Tel-jeunes vient en aide à 52 000 enfants et adolescents au Québec chaque année.

Photo : getty images/istockphoto / monkeybusinessimages

La quarantaine de professionnels en intervention psychosociale de Tel-jeunes et de LigneParents reçoivent 30 % plus de demande d'aide depuis le début de la pandémie de coronavirus. Et ils sont à court de ressources.

Notre principale difficulté en ce moment est de répondre à la demande de tous ces jeunes, affirme Myriam Day Asselin, sexologue de formation et coordonnatrice au développement des contenus à Tel-jeunes. C'est notre principal combat.

De son côté, la directrice des communications de Tel-jeunes, Chantal Vignola, affirme que beaucoup de gens pensent à tort que l'organisme vient de recevoir l'aide du gouvernement fédéral. Dimanche dernier, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé l'octroi de 16,5 millions de dollars à des organismes d'aide aux aînés et aux jeunes, dont Jeunesse j'écoute.

C'est parfait pour eux, mais ça ne change rien pour nous, dit Mme Vignola.

Tel-jeunes (Nouvelle fenêtre) offre aux jeunes du Québec un service d'écoute 24 heures par jour, à longueur d'année, par téléphone, texto, clavardage et courriel. LigneParents (Nouvelle fenêtre) fonctionne par téléphone et par clavardage.

En cette période de confinement et de crise sanitaire, nous n'avons pas la capacité financière de répondre à toutes les demandes, déplore Myriam Day Asselin. Résultat : à certains moments, plus achalandés, les jeunes sont mis en attente. Parmi eux, il y en a qui se découragent et qui interrompent la communication.

Tel-jeunes vient en aide aux jeunes de 20 ans et moins. La moyenne d'âge de ceux qui contactent le service est de 16 ans; 80 % de filles et 20 % de garçons.

Depuis la fermeture des écoles, le 13 mars dernier, un certain nombre d'élèves sont privés de l'aide psychologique dont ils bénéficiaient durant ou après la classe, ou encore dans le réseau de la santé. Par exemple, des jeunes qui venaient de recevoir un diagnostic de dépression et qui ont commencé à prendre de la médication ont pu voir leur rendez-vous annulé.

Le fait que Québec ait prolongé jusqu'au 1er mai la fermeture des services de garde et des écoles n'est pas nécessairement une bonne nouvelle, explique Mme Day Asselin. L'école offre un filet de sécurité important et une routine rassurante.

De plus, l'interdiction qui frappe tout rassemblement, intérieur comme extérieur, empêche les jeunes de rejoindre leurs amis. Or, à l'adolescence, voir ses amis ne relève pas du caprice : C'est fondamental pour le développement de l'identité, explique Mme Day Asselin.

Des conflits qui s'enveniment

Dès les premiers jours du confinement, les intervenants de Tel-jeunes et de LigneParents ont reçu un nombre accru de demandes, tant de la part des jeunes que des parents. Tout le monde s'adaptait au début, raconte Myriam Day Asselin.

Mais au fur et à mesure que la crise se prolonge, les conflits familiaux s'enveniment et la détresse s'accroît.

Les jeunes dont les parents travaillent dans le réseau de la santé voient ces derniers s'absenter davantage. D'autres côtoient leurs parents qui font du télétravail. D'autres, enfin, les voient perdre leur emploi. Les jeunes sont des éponges et ils absorbent ce que vivent leurs parents, rappelle-t-elle. Tout le monde vit ensemble, tout le monde vit les émotions des autres.

Les parents nous appellent, ils sont à bout et perdent patience, décrit la coordonnatrice. Et, comme ils s'en demandent et se jugent beaucoup, ils s'en veulent d'avoir perdu patience!

Les parents qui nous contactent se donnent le droit d'aller moins bien, dit-elle. Pour chacune des situations, on cherche avec eux des solutions.

Une main de femme tient les doigts d'un bébé.

En période de pandémie, les parents ne doivent pas être dans un esprit de performance et ne doivent pas trop s'en demander, dit Myriam Day Asselin de Tel-jeunes.

Photo : Radio-Canada

Ne pas endurer la violence

Et puis, il y a les problèmes plus graves encore de violence : Ce n'est pas parce que le Québec s'est mis sur pause que les jeunes doivent rester dans un milieu toxique, insiste Myriam Day Asselin. On leur dit qu'ils n'ont pas à endurer de la violence.

Au besoin, les jeunes qui doivent être secourus dans l'immédiat sont dirigés vers les ressources appropriées, quitte à ce que ce soit le professionnel de Tel-jeunes qui fasse la démarche. Quitte à faire en sorte qu'un jeune suicidaire soit conduit aux urgences.

Les idées suicidaires, on gère beaucoup ça, surtout le soir, dit la coordonnatrice. Les jeunes n'ont pas la perspective des adultes qui ont pu traverser d'autres difficultés et qui se disent : ''Faut accepter ce qui arrive, il faut relativiser".

Quand un jeune risque de mettre sa vie en danger, Tel-jeunes fera, avec son assentiment, appel à ses parents ou aux policiers. Le parent va prendre la ligne et on va le sensibiliser à ce que vit son enfant, explique Myriam Day Asselin.

Un réseau sollicité au maximum

Mardi, le bilan de la pandémie de coronavirus au Canada avait franchi le cap des 100 morts. Et la santé publique du Québec, qui craint des pénuries de matériel de protection, a annoncé une augmentation de 732 cas de COVID-19 et 6 décès supplémentaires.

Les intervenants de Tel-jeunes et de LigneParents offrent un service de soutien d'urgence ponctuel; il leur faut, par conséquent, passer le relais à d'autres ressources, d'autres intervenants, pour qu'un suivi se fasse auprès des plus vulnérables. Je ne dirais pas que les autres ressources à qui on fait appel sont essoufflées, mais on sent qu'elles sont au ralenti, explique Myriam Day Asselin.

C'est tout le réseau qui essaie de se mobiliser en ce moment, dit-elle.

Pas de lunch au homard...

Céline Muloin est la directrice générale de la Fondation Tel-jeunes. Je suis arrivée en 1982 dans un organisme nommé Parents anonymes qui existait depuis un an sur la Rive-Sud de Montréal, rappelle-t-elle. C’est devenu LigneParents. Tel-jeunes a été créé en 1991.

On a la fibre entrepreneuriale : pour un dollar provenant du gouvernement, on va en chercher deux du côté de la grande et de la petite entreprise, dit Mme Muloin.

Mais, cette année, la COVID-19 a contrarié la recherche de financement auprès du secteur privé, même si la Fondation Tel-jeunes a reçu de l'aide de la Caisse de dépôt et placement et de l'Industrielle Alliance.

Prévu le 22 mai prochain, le lunch au homard qu'organise la Fondation Tel-jeunes depuis 35 ans a dû être annulé. Cet événement aurait rassemblé 3700 personnes nous aurait rapporté un million de dollars, explique Mme Muloin. Comme on supplée actuellement aux services que n'offrent pas le milieu scolaire et celui de la santé, on s'est adressé à l'État pour être aidé financièrement.

La demande faite auprès du premier ministre François Legault ainsi que des ministères de la Santé et des Services sociaux, de l'Éducation et de l'Immigration chemine bien, dit Mme Muloin.

Mardi, lors du point de presse quotidien du gouvernement du Québec, la ministre de la Santé Danielle McCann a déclaré qu'en matière de santé mentale, on est en train de voir avec les lignes téléphoniques, pour une stratégie plus globale.

Céline Muloin affirme que, grâce à un don de la Fondation André et Lucie Chagnon, la Fondation Tel-jeunes et la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille sont en train d'élaborer un service qui ferait le pont auprès des parents en difficulté. Ainsi, un parent qui aurait fait appel à LigneParents et qui nécessiterait un suivi se le verrait offrir par la Fédération. On aurait une personne qui les appellerait, on veut que nos deux organisations assurent un filet de sécurité, de manière à ce que personne ne passe entre les mailles, dit-elle.

Appelé soutien bienveillant, ce suivi sous forme d'aide personnalisée pourrait être offert dès lundi prochain aux familles, souhaite Mme Muloin. Pour ce faire, les deux organisations attendent l'appui du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Quoi qu'il advienne, les professionnels de Tel-jeunes et de LigneParents sont à l'écoute et en télétravail, ces organismes s'étant dotés l'an dernier d'une plateforme permettant le suivi des activités sans rupture, même en temps de crise.

Avant la crise de la COVID-19, 40 % des jeunes contactaient l'organisme pour des raisons liées à leur santé psychologique. Cette proportion est maintenant de 50 %.

Myriam Day Asselin dit que les jeunes ne parlent pas que de la COVID-19. Ils continuent de nous parler d'autres situations de leur vie, de sexualité, par exemple! Et c'est rassurant; ça prouve que la vie continue.

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