•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Conjuguer la COVID-19 et la pauvreté au Pérou : le défi d'une entreprise manitobaine

Des tisserandes quechuas sont assises autour d'une table et fabriquent des ceintures fléchées.

L'entreprise sociale Étchiboy ne vise pas principalement le profit, mais la création d'emplois de qualité et pour briser le cycle de pauvreté chez les Quechua du Pérou, explique le propriétaire, Miguel Vielfaure.

Photo : Miguel Vielfaure

Une entreprise manitobaine qui fait vivre des orphelins et des mères de famille monoparentales au Pérou craint les répercussions de la COVID-19, qui risquent de replonger ses employés dans la pauvreté.

Fondée en 2007, Étchiboy (qui signifie en mitchif hé, petit gars) est une petite entreprise qui fabrique et vend des produits culturels autochtones, notamment des ceintures fléchées, des foulards et des tuques aux motifs historiques. Les articles sont tissés majoritairement par des femmes quechuas de la région rurale de Cuzco, ville de la cordillère des Andes.

En tant qu’entreprise sociale, le but d’Étchiboy n’est pas forcément de faire un profit, mais de créer des emplois de qualité et durables pour enfin briser le cycle de pauvreté chez ce peuple autochtone de l’Amérique du Sud, explique le propriétaire de la compagnie, Miguel Vielfaure.

Les 35 employés péruviens de l’entreprise canadienne sont pour la plupart analphabètes, et ils parlent la langue du terroir, le quechua, non pas l’espagnol, qui est la langue de la grande majorité des Péruviens. Cette barrière linguistique rend la recherche d’emploi encore plus difficile pour cette population.

[Les femmes quechuas] n’ont pas grand choix dans la vie, soit femme de maison ou femme de mouton, dit Miguel Vielfaure, faisant référence à l’habitude des filles quechuas âgées de 9 ans de quitter leur famille pour devenir, soit servante dans une autre famille, soit pauvre bergère.

[Les employés d’Étchiboy] gagnent pas mal plus que s’ils faisaient de l’ouvrage pour le tourisme local, pour les petites boutiques locales. Ça arrive souvent que [ces derniers] ne paient juste pas. Alors il y a une certaine sécurité de travail, soutient Miguel Vielfaure.

Les tisserands utilisent la laine de mouton ainsi que la laine d’alpaga locales pour fabriquer les produits culturels et ensuite les envoient au Canada, où ils sont vendus en ligne, en vrac et dans les rassemblements métis et canadiens-français.

La circulation des biens paralysée

Toutefois, depuis le 16 mars et en raison de la COVID-19, les Péruviens sont en quarantaine et ne peuvent pas sortir de leur maison, sauf pour acheter de la nourriture ou pour aller à l’hôpital.

Des sacs de différents motifs de ceintures fléchées empilés les uns sur les autres.

Sans vols entre le Pérou et le Canada, les ceintures fléchées d'Étchiboy s'empilent dans le pays sud-américain.

Photo : Miguel Vielfaure

Bien que le tissage soit une activité qui pourrait se faire en isolement, avoue Miguel Vielfaure, toute circulation locale est interrompue. Il est donc impossible pour les employés de s’équiper en matériels bruts. Il n’y a plus de vols Air Canada, ajoute-t-il. Donc, même si les Péruviens étaient capables de travailler, toute la marchandise demeurerait bloquée au pays. 

Pour l’instant, M. Vielfaure a accordé des prêts sans intérêts de 200 $ à chacun de ses employés pour assurer leur survie. Juste pour faire certain que personne ne meure de faim, au moins, assure-t-il. J'ai bon espoir que tout le monde va s’en sortir en santé [...] mais il y a toujours le risque qu’ils perdent leur maison.

Des inquiétudes au Canada

Cepenant, même si les obstacles au Pérou étaient levés, d’autres problèmes se dessinent à l’horizon pour Étchiboy. 

L’entreprise manitobaine détient encore environ 80 % de son stock de marchandises. Cependant, on ne sait pas si la compagnie arrivera à écouler ses stocks, car, selon Miguel Vielfaure, en temps de pandémie, l’achat des produits culturels n’est généralement pas très haut dans les priorités des gens. Les restrictions sur les rassemblements risquent également de nuire à Étchiboy, qui dépend également des ventes lors de manifestations communautaires culturelles.

Je m’attends à perdre de 67 à 80 % de mes ventes, avoue Miguel Vielfaure. J’ai beaucoup de mes clients normaux qui n’achètent juste pas. Leurs bureaux sont, soit fermés, ou ils travaillent à capacité réduite. [...] On a encore des ventes en ligne, mais on voit indéniablement une grosse réduction du montant de ventes qu’on a normalement.

Et qu'en est-il des achats en gros? Tous les musées et les boutiques touristiques aux mois d’avril, de mai et de juin [...] achètent pour remplir leurs réserves pour l’été, explique Miguel Vielfaure. C’est sur ça que je compte pour le printemps. Puis cette année, on risque de ne pas voir ces ventes-là.

Il existe toujours une lueur d’espoir. Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé qu’Ottawa va subventionner 75 % du salaire des employés des petites et moyennes entreprises (PME) touchées par la pandémie du nouveau coronavirus. Les chambres de commerce de Winnipeg et du Manitoba ont aussi annoncé leur soutien et leur engagement envers les PME, mais les détails concernant cette aide ne se sont pas encore concrétisés. 

Le vrai défi, c’est de savoir combien de temps [les ordonnances sanitaires et les interdictions de voyage] vont durer. Si ce n’est qu’un mois, ça se récupère. Mais si c’est trois mois ou plus, là, ça devient vraiment difficile, conclut-il.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Manitoba

Entrepreneuriat