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Bertrand Charest libéré : « J'ose espérer que les gens vont se rappeler ce qu'il a fait »

Bertrand Charest la main sur le visage.

Un dessin de cour représentant l'ancien entraîneur de ski Bertrand Charest.

Photo : Radio-Canada

D'anciennes skieuses élites qui ont été agressées sexuellement par l'ex-entraîneur Bertrand Charest sont déçues qu'il ait obtenu une libération conditionnelle totale au tiers de sa peine.

En tant que victime, j'ai réussi à tourner la page, mais jusqu'à un certain point. Mon adolescence, je ne vais pas la retrouver. Si lui peut retrouver la vie qu'il avait avant […] je ne pourrais pas le croire, affirme Gail Kelly, qui a subi les crimes de Bertrand Charest dans les années 1990.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) lui a accordé la libération conditionnelle mardi matin, après qu'il eut passé quatre ans et demi derrière les barreaux, à l'issue d'une audience de près de deux heures au pénitencier La Macaza, dans les Laurentides.

Bouleversée par la décision, Gail Kelly espère qu'il vivra avec les conséquences de ses gestes jusqu'à la fin de ses jours.

J'ose espérer que les gens vont se rappeler ce qu'il a fait. Qu'on ne lui fera pas confiance pour quoi que ce soit. Qu'il ne soit pas capable de reprendre une business là où il l'a laissée, soutient Gail Kelly.

Faible risque de récidive

L'ancien entraîneur de l'équipe canadienne junior féminine de ski alpin a cheminé depuis son arrestation en 2015 et présente un fort potentiel de réhabilitation, selon la CLCC.

Les gens peuvent voir ce dossier-là et dire : ''On ne comprend pas que Bertrand Charest est remis en liberté'', reconnaît son avocat, Pierre Tabah. Il faut comprendre [...] qu'à travers les différents psychologues qui l'ont analysé, les sexologues, les agents de programme, on a évalué son risque de récidive à faible.

Les commissaires ont toutefois noté que l'homme de 54 ans doit améliorer son empathie envers les victimes.

Souvent, il remet [les agressions] en contexte. Peut-être que, pour certaines personnes, ça peut sembler un déni. C'est plutôt des explications, affirme Me Tabah. Mais dans l'entièreté des délits, M. Charest reconnaît qu'il y a des victimes. Il reconnaît qu'il a fait du tort à ces jeunes femmes là à l'époque. Il reconnaît qu'il a eu des gestes complètement déplacés. Il reconnaît qu'il y a eu des abus.

Après sa sortie, Bertrand Charest, ingénieur de formation, souhaite se concentrer sur ses entreprises et sa famille.

Parmi les conditions à respecter, il lui est interdit de se trouver en position d'autorité avec des mineurs et de communiquer avec ses victimes.

Bertrand Charest a accueilli la décision des commissaires avec « beaucoup d'humilité », selon Me Tabah, qui relate que son client était émotif et très nerveux.

Rendre le sport plus sécuritaire

À l'instar de Gail Kelly, les ex-athlètes Anna Prchal et Geneviève Simard déplorent la décision de la CLCC, alors qu'elles avaient aussi soumis des lettres percutantes à la CLCC pour tenter de retarder la libération de leur agresseur.

Bien sûr, je suis déçue, affirme Anna Prchal. Mais ce qui compte pour moi, c'est qu'il a été reconnu coupable. Je continue de me concentrer sur ma famille et de travailler afin de permettre à nos enfants, aux athlètes, de pratiquer leur sport dans un environnement sain et sécuritaire.

Après une bataille judiciaire qui s'était rendue jusqu'en Cour d'appel du Québec l'été dernier, Bertrand Charest a été reconnu coupable de 16 chefs d'accusation pour des crimes sexuels commis sur huit jeunes skieuses dans les années 1990, et condamné à dix ans et trois mois de détention.

L'entraîneur avait profité de sa position d'autorité pour avoir des rapports sexuels complets avec certaines adolescentes. Il avait même amené l'une d'entre elles se faire avorter.

Dans leur décision, il y a sept mois, les juges de la Cour d'appel écrivaient que Bertrand Charest évoquait encore les pièges tendus par les plaignantes et déplore être tombé dans le panneau.

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