•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des travailleurs étrangers bloqués par leur propre permis

Un homme fait de la soudure sur un tuyau.

Les permis de travail fermés empêchent les étrangers d'offrir leurs services à un autre employeur.

Photo : iStock

Des travailleurs étrangers temporaires mis à pied en raison de la COVID-19 se retrouvent dans un état plus précaire que jamais. Le type de permis qu'ils possèdent les empêche de trouver un nouvel emploi, et ce, même s'ils pourraient faire oeuvre utile dans les services essentiels.

C'est le cas de Gaétan De Bruyn, un homme de 44 ans originaire de Belgique. Établis à Pont-Rouge, près de Québec, sa femme et lui ont tous deux été mis à pied dans les derniers jours.

Comme des milliers d'autres travailleurs étrangers temporaires, M. De Bruyn possède un permis de travail fermé. Ce document lui donne le droit de travailler dans un poste précis, pour un seul employeur.

Même s'il habite au pays depuis plusieurs années, qu'il détient son certificat de sélection du Québec, qu'il est sur le point d'obtenir sa résidence permanente et qu'il souhaite continuer à travailler, M. De Bruyn est dans une impasse.

J'aurais pu imaginer travailler pour un autre employeur, que ce soit dans une pharmacie ou même dans une grande surface, une épicerie, mais là je ne peux pas le faire avec un permis de travail fermé, se désole-t-il.

Gaétan De Bruyn, 44 ans, a été mis à pied en raison de la COVID-19

Gaétan De Bruyn, 44 ans, a été mis à pied en raison de la COVID-19

Photo : Radio-Canada

Pour l'instant, le père de famille subvient aux besoins de ses enfants grâce aux économies qu'il a faites. Il admet néanmoins que si la crise perdure, cela pourrait le mettre dans une situation plus difficile.

Si c'est deux ou trois semaines, c'est tolérable, mais c'est certain qu'il y a un loyer, il y a des mensualités d'un véhicule, il y a autre chose à payer.

Gaétan De Bruyn, travailleur étranger temporaire

Pris à la gorge

Dans les circonstances, M. De Bruyn reste relativement chanceux. Même s'il préférerait travailler, il est au Canada depuis suffisamment longtemps pour être admissible à l'assurance-emploi.

C'est cependant loin d'être le cas de tous les travailleurs étrangers temporaires qui ont un permis de travail fermé, explique Me Maxime Lapointe, un avocat spécialisé en droit de l'immigration.

Il peut y avoir des travailleurs qui sont arrivés au Québec dans les dernières semaines et donc qui sont en période d'isolement obligatoire ou qui n'ont pas cumulé assez d'heures pour être admissibles à l'assurance-emploi.

Certains travailleurs étrangers temporaires se retrouvent donc pris à la gorge alors qu'ils pourraient prêter main-forte dans d'autres secteurs où les besoins de main-d'oeuvre se font toujours sentir.

Il y a beaucoup d'emplois qui demandent peu de spécialisation et qui pourraient être comblés.

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration
Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Photo : Radio-Canada

Assouplir les règles

Me Lapointe demande donc à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) d'assouplir rapidement ses règles pour les travailleurs qui sont déjà sur le territoire et qui sont en bonne santé.

Je demande à Immigration Canada de ne pas considérer comme une infraction le fait de travailler pour un employeur, un lieu de travail ou une fonction différente de celle pour laquelle le permis de travail a été approuvé, résume-t-il.

Les employeurs ont aussi intérêt à ce que cette situation se règle, selon Me Lapointe. En effet, le programme des travailleurs étrangers temporaires pour les postes à bas salaire prévoit que c'est l'employeur qui doit payer le retour du travailleur dans son pays d'origine.

S'il y avait des employeurs qui se faisaient ramener à l'ordre et qui devaient défrayer pour renvoyer les travailleurs chez eux, il y aurait un problème de vols, il y aurait un problème de liquidités et on ne sait pas la situation du pays d'origine du candidat [avec la COVID-19].

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Par courriel, l'attaché de presse du ministre fédéral de l'Immigration n'a pas directement commenté la demande de Me Lapointe, mais a plutôt réitéré le statu quo.

Kevin Lemkay indique que les travailleurs étrangers temporaires mis à pied en raison de la COVID-19 peuvent chercher un autre employeur, il faudra cependant demander un nouveau permis de travail.

Dans ce cas, ils doivent attendre de recevoir ce nouveau permis de travail avant de pouvoir commencer à travailler pour un autre employeur, écrit-il.

Nous continuons d’évaluer les répercussions de la situation actuelle sur les personnes qui utilisent les services d’IRCC et nos opérations et feront des ajustements au besoin.

Kevin Lemkay, attaché de presse du ministre fédéral de l'Immigration

Malgré la demande de Radio-Canada, Emploi et Développement social Canada n'a pas été en mesure d'indiquer quels critères les travailleurs étrangers temporaires devront remplir pour avoir droit à la Prestation canadienne d'urgence annoncée la semaine dernière.

Dans l'attente, Gaétan De Bryun admet que sa famille traverse une période de stress. En tant que futurs résidents permanents, on avait des projets, notamment d'acquisition de maison et des choses comme ça. Qu'est-ce que ça va donner? Comment va être le marché de l'emploi après?

Toutes ces questions-là continuent à nous trotter dans la tête surtout qu'en tant que père de famille, à un moment donné, il faut pouvoir subvenir aux besoins de ses proches, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Immigration

Politique