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Une femme et trois hommes portent un cercueil dans un cimetière. Ils portent tous des masques.

Le fait de limiter le nombre de personnes qui peuvent assister aux funérailles peut être un frein dans le processus de deuil.

Photo : The Associated Press / Alvaro Barrientos

Avec les restrictions mises en place pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus, il est devenu plus douloureux encore de faire le deuil de ses défunts. Les contraintes perturbent aussi des rites religieux auxquels certains croyants sont parfois très attachés.

Si la possibilité de faire des obsèques selon son rite religieux est maintenue, les communautés religieuses du Québec doivent elles aussi respecter des consignes de sécurité en vigueur mises en place depuis quelques semaines par le gouvernement Legault.

Le salon funéraire juif Paperman & Sons, à Montréal, indique clairement sur son site Internet qu’il n’y a désormais plus de service dans la chapelle. Il précise aussi que, depuis le 18 mars, ni l’heure ni l’emplacement des services ne sont publiés pour limiter au maximum le nombre de participants.

Depuis le 21 mars, le gouvernement du Québec interdit tout rassemblement intérieur ou extérieur.

Des agents désinfectent une mosquée vide à Tel-Aviv, en Israël.

Les lieux de culte sont désormais fermés et n'accueillent plus aucune cérémonie ni aucun culte.

Photo : The Associated Press / Sebastian Scheiner

Avram Banon, rabbin de la congrégation Young Israel, assure que désormais, durant les obsèques, il n’y a que la famille proche, c’est-à-dire les parents et le rabbin, essentiellement.

Des mesures semblables sont prises chez les musulmans. Nous aussi, nous n’annonçons ni l’heure ni la place où se tiendra la prière pour les morts. Cela permet d’éviter que trop de gens viennent. De toute manière, dans l’islam, on n’est pas obligé d’avoir une grande foule aux funérailles, ajoute l’imam Hassan Guillet.

Du côté des catholiques aussi, les grands moments de rassemblement que sont la messe et même le recueillement au salon funéraire qui la précède sont devenus impossibles.

Chaque cimetière détermine combien de personnes peuvent assister à l'enterrement. Le Repos Saint-François d'Assise, rue Sherbrooke Est, à Montréal, par exemple, a fait le choix de limiter la cérémonie à deux personnes seulement.

La seule manière de repousser la cérémonie pour les catholiques reste le choix de la crémation. Ce n’est pas l’approche qu’on privilégie, mais c’est plus facile de remettre une crémation à plus tard qu’un enterrement, précise monseigneur Christian Lépine, archevêque de Montréal, qui promet une grande célébration pour tous ceux qui seront morts durant cette période, une fois que la vie reprendra son cours.

MISE AU POINT

Une précédente version de cet article stipulait qu'en cas de décès à cause de la COVID-19, seul un thanatopracteur pouvait se charger de la toilette rituelle. En réalité, la santé publique a annoncé de nouvelles règles à ce sujet il y a quelques jours. Au moment des entrevues, les interlocuteurs de Radio-Canada n'étaient pas au courant du changement de ces règles. Il n'est donc actuellement plus possible de procéder à un quelconque rituel sur les défunts porteurs de la COVID-19.

Des coutumes délaissées

Le rabbin Avram Banon rappelle aussi que certains rituels sont perturbés, notamment si la personne est décédée de la COVID-19. Le corps doit être enfermé dans un sac hermétique, il sera donc malheureusement impossible de faire la toilette funéraire, dit-il.

Vue extérieure du centre islamique.

Le centre islamique du Québec, dans l'arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cette toilette funéraire consiste, dans le judaïsme, à plonger quelques instants le corps du défunt dans de l’eau, afin de le purifier. Un rituel similaire, appelé généralement ablution funéraire, existe également chez les musulmans.

Il y a quelques jours, les maisons funéraires ont reçu une note de la santé publique indiquant que l'embaumement ainsi que la thanatopraxie ne sont plus permis dans le cas où le défunt était porteur de la COVID-19. Il en va de même pour tout rite qui prévoit un contact direct avec la dépouille.

Par ailleurs, lorsqu’une personne musulmane meurt, une prière se tient généralement à la mosquée. Face à la décision d’interdire les grands rassemblements, c’est d'une autre étape des funérailles que sont privés les proches. Elle se fera donc au cimetière, avec les deux personnes qui pourront assister à l’enterrement, précise encore Mohamed Skimaoui, membre du conseil administratif du Centre culturel islamique de Québec.

Un enterrement dans un cimetière de Marrakech, au Maroc. On y voit quelques personnes seulement, en train de creuser un trou avec des pelles. Elles portent toutes des masques.

Dans l'islam, lorsqu’une personne meurt, une prière se tient généralement à la mosquée. Désormais, elle se fait au cimetière, avec les deux personnes qui pourront assister à l’enterrement.

Photo : afp via getty images

Au cimetière, les juifs ont également une autre coutume appelée kriah, qui consiste à couper un petit bout du vêtement que les endeuillés portent lors des funérailles. Souvent, c’est un membre de la famille qui va couper ce petit bout de vêtement aux autres présents. Cela montre symboliquement comment on se sent à l’intérieur. On a le cœur déchiré, explique Avram Banon.

Désormais, chacun procédera à ce rituel lui-même : il coupera lui-même ce petit bout de tissu, guidé de loin par le rabbin.

Un deuil rendu plus difficile

Les derniers adieux deviennent encore plus lourds à vivre dans ces conditions. C’est sûr que cette situation est compliquée, car ce sont des événements exceptionnels que nous vivons. Mais on comprend, on n’a pas le choix, explique M. Banon.

Un prêtre bénit un corbillard dans lequel se trouve un cercueil. Derrière lui, on peut voir deux femmes.

Le deuil nécessite un minimum d’étapes. Notamment le fait de voir la dépouille au salon funéraire.

Photo : Getty Images / Carlos Alvarez

Hassan Guillet évoque de son côté le cas d’un ami qui vient de perdre sa mère en Colombie-Britannique. Bien qu’il puisse techniquement se déplacer là-bas, le coût est élevé : 14 jours de quarantaine une fois arrivé dans la province, et une nouvelle fois 14 jours en isolement lors de son retour au Québec. C’est difficile, mais on prend ça avec résilience. Dans l’islam, le respect des morts est important, mais la vie humaine l'est encore plus, ajoute l’imam.

Le deuil est difficile, tant pour ceux qui se trouvent dans l’impossibilité d’assister aux funérailles que pour ceux qui s’y présentent, mais qui ne peuvent compter sur le soutien d'autres membres de la famille.

Le deuil prend un minimum d’étapes. Notamment le fait de voir la dépouille au salon funéraire. [...] La mise en terre aussi est importante, car elle aide à réaliser que la personne est toujours vivante, mais sur une autre rive, explique Mgr Lépine.

C’est pas facile, mais on fait avec, car ce qui compte en ce moment, c’est de se protéger, ajoute M. Guillet.

Ce ne sont pas des conditions idéales, mais on n’a pas le choix. L’essentiel, c’est que la famille se rend compte qu’on donne de l’importance au défunt et que l’enterrement n’est pas bâclé, conclut M. Banon.

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