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Non, il n'y a pas de liens démontrés entre les groupes sanguins et la COVID-19

Confusion autour des résultats d’une étude menée sur des porteurs du virus.

Éprouvettes utilisées à des fins de tests sanguins en laboratoire.

Tests sanguins en laboratoire

Photo : getty images/istockphoto / barbol88

Est-ce que notre groupe sanguin peut influer sur notre niveau de vulnérabilité face au nouveau coronavirus (SRAS-CoV-2) ? Cette hypothèse circule abondamment sur le web et des dizaines de personnes ont écrit aux Décrypteurs pour en savoir plus à ce sujet.

Tout découle des conclusions d’une étude (Nouvelle fenêtre) d’un groupe de chercheurs chinois. Leurs travaux ont porté sur une cohorte de 2173 individus ayant contracté le nouveau coronavirus dans les villes de Shenzhen et Wuhan.

En somme, en collectant des données sur leurs groupes sanguins et en les comparant avec les proportions de types sanguins dans la population générale, les chercheurs ont constaté chez les personnes infectées une surreprésentation des patients de type A et, à l’inverse, une meilleure réponse immunitaire des patients de type O.

Mais attendez un peu avant de vous inquiéter ou de vous réjouir, car quelques bémols doivent être soulignés.

Attention, c’est une étude qui n’a pas été évaluée par des pairs, qui n’a pas reçu le feu vert pour une publication dans une revue scientifique, précise ainsi d’entrée de jeu Benoît Barbeau, professeur au Département de sciences biologiques de l’UQAM.

Il met d'ailleurs en doute les procédés employés dans le cadre de ces travaux. Il y a beaucoup de zones grises dans l’étude, beaucoup de facteurs autres que le type sanguin qui ne semblent pas avoir été pris en considération et qui pourraient avoir un impact sur l'interprétation des résultats, affirme-t-il.

De plus, la communauté scientifique commence à peine à étudier et à comprendre le nouveau coronavirus et jusqu’à maintenant, rien n’a été clairement établi quant à l’influence des groupes sanguins sur la sévérité des symptômes ou les risques de contracter le SRAS-CoV-2.

À ma connaissance, et après avoir cherché dans la littérature médicale publiée, il n’y a aucune donnée indiquant qu’un groupe sanguin pourrait donner une susceptibilité particulière au SRAS-CoV-2. 

Anne Gatignol, chercheuse et professeure, Département de microbiologie et d’immunologie, Université McGill

Chez les êtres humains, le groupe sanguin est déterminé en fonction des substances présentes à la surface des globules rouges, appelées antigènes. Les groupes sanguins sont regroupés en systèmes. Dans le système ABO, il existe quatre groupes sanguins possibles : A, B, O et AB.

Source : Héma-Québec  (Nouvelle fenêtre)

Le passé garant de l’avenir?

L’idée de s’intéresser aux groupes sanguins des patients atteints du nouveau coronavirus ne sort pas de nulle part.

Les liens entre le virus du SRAS (2003) et sa prévalence chez certains groupes sanguins ont déjà été démontrés dansune étude (Nouvelle fenêtre) bien connue dans la littérature médicale. Publiée en 2005, cette étude conclut que les individus de type sanguin O ont eu une sensibilité réduite à l’infection par le SRAS.

Mais malgré la parenté entre les deux virus, il faudra attendre la validation des résultats s’appliquant au coronavirus actuel avant d’affirmer quoi que ce soit sur son impact sur les différents groupes sanguins.

Cela dit, au terme de ce processus, M. Barbeau n’exclut pas qu’on donne raison aux chercheurs chinois.

Ça ne serait pas surprenant qu’il soit déterminé que la sévérité des symptômes soit moins forte chez les personnes de type sanguin O, en fonction de ce que l’on sait avec le SRAS, souligne-t-il.

D’ici à ce que les scientifiques tranchent cette question, M. Barbeau tient à souligner le regain d’intérêt du grand public pour la recherche dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Même si à travers tout ça il y a des informations qui ne sont pas justes, ça montre que les gens sont curieux. Tant mieux, c’est un bon réflexe de la part du public, je les félicite ! s’exclame-t-il.

Morale de l’histoire : attendons que les processus de validation des recherches scientifiques soient accomplis avant de sauter aux conclusions.

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