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Piscines ouvertes, visiteurs, sorties : des failles dans des résidences pour aînés

Québec annonce des mesures pour resserrer les contrôles.

Les jambes de deux hommes devant une porte.

Des aînés bravent l'interdit de sortie dans certaines résidences.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Des familles de personnes âgées dénoncent le manque de sérieux de résidences dans l'application des interdictions d'entrées et de sorties, ou encore dans les mesures prises à l'intérieur pour empêcher la propagation du coronavirus. Une situation qui vient d'inciter Québec à accorder une aide d'urgence de 133 millions de dollars aux résidences pour aînés et personnes vulnérables.

C’est à la fois pour payer les augmentations d’heures [travaillées], embaucher des gardiens, si nécessaire, acheter du matériel de protection pour le personnel, des désinfectants […] et pour embaucher du personnel le temps de cette pandémie de la COVID-19, a résumé la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, en entrevue à Radio-Canada.

La ministre espère que cet argent aidera notamment les propriétaires de résidence à mieux faire respecter les règles de distanciation sociale nécessaires pour empêcher la propagation du coronavirus. Elle assure être bien consciente que des gens les contournent à l'heure actuelle.

Là, on est rendu avec des gens qui trichent [en sortant] par la porte du garage, des gens qui vont encore dans des piscines à l’intérieur des résidences, des gens qui continuent de faire des fêtes et c’est ça qu’on ne doit pas faire.

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

Des familles préoccupées

Dans plusieurs résidences du Québec, les piscines intérieures sont toujours accessibles, ce qui inquiète des familles. À Bécancour, un établissement privé limite à quatre le nombre de personnes âgées autorisées à se baigner en même temps, mais ça n'a pas suffi à rassurer des proches, qui craignent leur contamination à la COVID-19.

Dans les derniers jours, des aînés d'une résidence privée du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, sont parvenus à sortir seuls, bravant l'interdit, en empruntant une porte de garage laissée ouverte, au grand désespoir de leurs enfants.

C'est aberrant et irresponsable, raconte Chantal Beaulieu, la fille d'un résident de 77 ans qui a pris la poudre d'escampette pour aller à l'épicerie et à la pharmacie. L'établissement a fermé la porte depuis l'événement.

J'en veux à mon père, mais aussi à la résidence, parce que la règle, c'est que les personnes doivent rester confinées.

Chantal Beaulieu, fille d'un résident qui a bravé l'interdit de sortie

Depuis le 23 mars, Québec interdit aux habitants de résidences de sortir sans supervision. Dimanche, le premier ministre François Legault a rappelé qu'outre le personnel et les résidents qui ont des motifs valables, seuls les livreurs de nourriture ou de produits de pharmacie peuvent entrer dans les maisons de retraite ou en sortir.

À Pointe-aux-Trembles, dans l'est de Montréal, vendredi, une résidence pour personnes âgées a laissé entrer un installateur de câblodistribution, alors que celui-ci s'était déclaré à risque de COVID-19.

L'établissement a enfreint volontairement sa propre procédure de prévention pour permettre à une nouvelle résidente de se brancher à Internet et à la télévision.

Formulaire rempli par le technicien.

Le technicien a rempli ce formulaire à l'entrée de la résidence. Malgré sa réponse « oui » à une des questions, la direction l'a autorisé à pénétrer dans l'établissement.

Photo : Radio-Canada

J'ai trouvé que ça n'avait aucun bon sens, raconte le technicien, qui a demandé à ce qu'on ne révèle pas son identité. Ils me font passer un questionnaire, je réponds honnêtement et ils me font entrer quand même.

S'il a pris l'initiative d'entrer malgré le risque, c'est qu'en date du 27 mars, son employeur recommandait aux techniciens d'entrer dans une résidence si l'administration les y autorisait.

Depuis la fin de semaine, Bell et Vidéotron ont changé leur procédure. Les entreprises demandent à leurs techniciens de ne plus entrer chez les clients. Les installations et les réparations se font maintenant par les clients eux-mêmes. Ils se voient remettre l'équipement et sont guidés au besoin au téléphone par le technicien resté en dehors de la résidence.

Avec l'interdiction des visites non essentielles, annoncées le 14 mars, et les mesures de distanciation physique lors des repas, les aînés sont de plus en plus confinés dans leur chambre ou dans leur logement. Certains ne comprennent pas toujours et s'impatientent.

On encourage les gens à suivre sévèrement les consignes, dit le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins. Il reconnaît que faire respecter les nouvelles mesures, ce n'est pas facile, mais plus le temps avance et mieux ça va [...] Tout le monde fait beaucoup d'efforts.

Je ne vous cacherai pas qu’il y a des récalcitrants, mais ça va de mieux en mieux, assure-t-il en entrevue à ICI RDI. Selon lui, il est peut-être prématuré de poster des agents de sécurité obligatoirement devant chaque résidence, étant donné que certaines d'entre elles n'ont que sept ou huit unités d'hébergement.

Les résidents ne sont pas confinés à leur logement. Ils sont confinés à leur résidence, rappelle-t-il également, en lien avec l'accessibilité aux piscines intérieures dans certains établissements. Chaque propriétaire est en mesure de faire respecter les consignes selon les dispositions de son bâtiment et de ses installations.

Le plan d'aide de la ministre Blais, comporte trois enveloppes :

  • 40 millions de dollars seront versés aux résidences privées pour aînés (RPA) certifiées;
  • 20 millions de dollars seront versés aux CHSLD privés non conventionnés;
  • 73 millions de dollars seront versés aux ressources intermédiaires (RI) et aux ressources de type familial (RTF).

Déploiement de gardiens aux entrées des résidences

Le premier ministre François Legault a donné un aperçu des nouvelles mesures dimanche.

Ce qu'on veut, là, c'est qu'il y ait plus de contrôle, donc qu'il y ait des gardiens, qu'il y ait des vérifications qui soient faites des symptômes à l'entrée.

François Legault, premier ministre du Québec, le 29 mars

Des agents de sécurité sont déjà postés devant la résidence Eva, à Lavaltrie, dans Lanaudière, où on dénombre au moins 16 cas de COVID-19 et 4 décès.

Au CHSLD de Notre-Dame-de-la-Merci, dans le nord de Montréal, au moins 7 résidents et 2 employés ont attrapé la maladie. À Sherbrooke, les Résidences Soleil Manoir dénombrent au moins 11 cas.

Au CHSLD Nicolet, à Montréal, on compte également quatre cas confirmés de la maladie. Le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal assure que les patients sont en isolement, que le personnel est protégé adéquatement avec les équipements de protection nécessaires et que les protocoles sont suivis à la lettre.

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