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analyse

L’incroyable intervention du gouvernement fédéral face à la COVID-19

Bill Morneau en conférence de presse.

Le plan d'aide d'Ottawa, annoncé par le ministre des Finances, Bill Morneau, est considéré comme « colossal » et « exceptionnel » par notre analyste économique, Gérald Fillion.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Si certaines critiques ont pu être formulées sur la gestion de crise du gouvernement fédéral, force est de constater que l’intervention pour soutenir les travailleurs et les PME est colossale et exceptionnelle.

Des soutiens de plus de 200 milliards de dollars, c’est tout à fait inédit. Peu de gens sont laissés à eux-mêmes dans cette crise à la fois économique et sanitaire.

Il faut reconnaître que le gouvernement Trudeau est réceptif aux propositions et aux inquiétudes des travailleurs, des entrepreneurs et des PME. Au cours de la dernière semaine, le premier ministre Justin Trudeau a réajusté le soutien gouvernemental aux gens qui perdent leur emploi, aux travailleurs autonomes et aux personnes malades, en isolement ou à la maison pour aider un proche ou garder un enfant. La Prestation canadienne d’urgence sera bientôt disponible pour toutes les personnes qui perdent des revenus en raison de la COVID-19.

Ce programme vient soulager et compléter le programme de l’assurance-emploi, qui n’est pas fait pour accueillir des millions de demandes. La Prestation sera gérée par l’Agence du revenu du Canada, ce qui pourrait améliorer l’efficacité et la rapidité de l’envoi des soutiens financiers aux personnes dans le besoin.

Vendredi dernier, Ottawa a aussi annoncé un programme de subvention pour les PME qui gardent leurs employés, faisant écho à la proposition faite quelques jours plus tôt par le président du Groupe CGI, Serge Godin. Le gouvernement propose de verser 75 % des salaires habituels pendant 3 mois aux PME en difficulté.

Ottawa a aussi annoncé un programme de prêts sans intérêts pendant un an pour les petites entreprises, des prêts allant jusqu’à 40 000 $. Le gouvernement reporte aussi au 30 juin le versement de la TPS par les entreprises.

Ainsi, depuis le début de la crise, le gouvernement Trudeau a annoncé pour plus de 200 milliards de dollars en aide directe et en report d’impôts et de taxes. C’est près de 10 % du PIB, ce qui est comparable, toutes proportions gardées, au plan de 2200 milliards de dollars américains du gouvernement des États-Unis.

Les familles, les chômeurs, les travailleurs autonomes, les PME, les OBNL, une vaste proportion des personnes touchées auront droit à une forme de soutien du gouvernement fédéral. Ce ne sera pas tout le monde qui aura accès, et c’est important de rappeler qu’il y a des critères pour avoir droit aux différentes mesures, mais ce soutien demeure tout de même magistral et sans précédent.

À Québec, des soutiens peu coûteux

C’est clairement d’Ottawa que vient le soutien le plus essentiel. Le ministre des Finances Bill Morneau n’a jamais hésité, depuis le début, à injecter des sommes qui vont franchement alourdir le déficit budgétaire, peut-être jusqu’à 150 milliards de dollars, cette année.

Pendant ce temps, à Québec, le gouvernement a annoncé des soutiens totalisant 18 milliards de dollars, soit 4 % du PIB. Le ministre des Finances Eric Girard a priorisé des soutiens ponctuels et peu coûteux.

Il parle sur une estrade.

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a annoncé des mesures pour venir en aide aux Québécois touchés par la crise de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le gouvernement Legault a annoncé le Programme d’aide temporaire aux travailleurs, essentiellement pour les personnes malades de la COVID-19 ou en isolement et qui n’ont pas accès aux programmes fédéraux, ce qui réduit sensiblement le nombre de personnes qui auraient besoin de ce programme.

Québec a annoncé le PACTE, un programme de prêts à plus de 50 000 $ pour les entreprises ainsi que le report des paiements d’impôts et de TVQ.

La presque totalité de l’intervention québécoise se fait sous forme de prêts ou d’impôts et taxes différés : 2,5 milliards de dollars pour le PACTE, 7,3 milliards en report de versement de TVQ et 8,3 milliards en report de paiements d’impôts et d’acomptes provisionnels.

S’il est clair que les revenus autonomes du gouvernement vont chuter, les dépenses demeurent contenues et les sommes laissées dans l’économie seront, en fin de compte, payées par les contribuables.

Un système plus efficace?

Maintenant, il est quand même étonnant qu’on ait si peu appris de la crise de 2008. Certes, ce que nous vivons présentement n’est pas exactement la même chose. En 2008, c’était une crise financière. Aujourd’hui, nous vivons une crise économique pour tenter, du mieux possible, de contenir la crise sanitaire.

N’empêche, comment se fait-il que le système ne soit pas capable de soutenir plus rapidement les millions de personnes qui perdent leur emploi, sachant que la moitié des gens ne peuvent pas absorber la perte d’une paie toutes les deux semaines en temps normal?

D’un côté, on réalise l’effort surhumain qui est demandé aux administrations publiques, aux fonctionnaires et à l’ensemble des travailleurs de la fonction publique. Rapidement, les gouvernements sont intervenus pour débloquer des sommes aux entreprises, pour augmenter les soutiens aux particuliers, qui perdent des revenus et des contrats. Il est rare de pouvoir mettre en place, en quelques semaines, un soutien gouvernemental aussi rapide.

En même temps, force est de constater que tout ça prend trop de temps pour des millions de personnes qui ont perdu leur emploi au pays depuis la mi-mars. Ces gens devront attendre le 6 avril pour demander une aide d’urgence au gouvernement fédéral, qui sera disponible dans les 10 jours suivants. Est-il normal de devoir attendre de trois à cinq semaines de l’aide quand il n’y a plus de revenus, d’un coup sec, comme c’est le cas en ce moment?

Après la crise de 2008, on aurait pu croire que les différents gouvernements auraient fait le nécessaire pour mettre en place des mécanismes d’urgence en cas de crise. La proposition de subventionner les salaires des travailleurs, en s’appuyant sur les infrastructures déjà existantes des entreprises, est une solution qui mériterait d’être offerte en tout temps, en cas d’urgence, pour soutenir rapidement les PME et les travailleurs. D’autres pays l’ont fait avant nous.

Comment expliquer qu’au moment de la crise, les gens en place doivent chercher à toute vapeur des solutions pour aider les citoyens dans le besoin? N’y a-t-on jamais déjà pensé? Une pandémie, une crise financière, un désastre naturel, ce sont des risques que nous connaissons et nous savons, depuis un bon moment, que ça peut se passer. On a connu les attentats de 2001 et on a connu la crise de 2008. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de mécanismes d’urgence qui peuvent être actionnés dès que c’est nécessaire en quelques jours?

Les banques centrales se sont dotées d’outils d’action rapide, pour aider l’économie, les marchés, les investisseurs. Est-ce que ça ne devrait pas être le cas également pour les gouvernements, peu importe leurs couleurs?

L’intervention du gouvernement du Canada est exceptionnelle. Tout est mis en oeuvre pour aider la population, ralentir et stopper la contagion. Mais il faut apprendre de la crise actuelle pour éviter l’attente et la chute financière.

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