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Revenu minimum garanti : la pandémie en exemple pour justifier la cause

Un homme tenant une pancarte sur laquelle il est écrit en anglais «Les personnes à faible revenu compte aussi ».

Le revenu minimum garanti serait un grand stimulus sur l'économie canadienne selon ses partisans

Photo : Radio-Canada

Les partisans du revenu minimum garanti citent la pandémie en exemple pour expliquer le bien fondé de leur cause. Selon eux, la Prestation canadienne d'urgence sert de parallèle idéal pour illustrer leur propos.

On voit le besoin. Des citoyens qui n’avaient jamais été engagés dans le mouvement de revenu de base garanti voient aussi le besoin.

C'est ce qu'affirme Paul Vallée, un homme d’affaires qui siège sur le conseil d’administration du Réseau canadien pour le revenu garanti. Selon lui, les effets de la pandémie sur l'économie canadienne ont forcé une prise conscience pour plusieurs.

Le 25 mars, redoutant que l’économie canadienne s’effondre complètement, le gouvernement fédéral annonce que les Canadiens ayant perdu leur emploi à cause du virus pourront recevoir une prestation de 2000$ par mois. La Prestation canadienne d’urgence (PCU) ne sera toutefois pas permanente : elle sera disponible un maximum de quatre mois pour les prestataires.

Pour ceux qui réclament un revenu de base garanti depuis des années, c’est un changement de cap remarquable.

Similaire au revenu garanti

M. Vallée estime que la PCU se rapproche énormément du principe de revenu de base garanti.

Un revenu de base, c’est quelque chose qu’on reçoit comme un droit de citoyen. Le programme qui a été annoncé, c’est plus un revenu de base d’urgence. Il faut avoir perdu son salaire pour être qualifié, nuance-t-il.

Le premier ministre Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau lors de sa conférence de presse quotidienne sur la COVID-19, devant sa résidence de Rideau Cottage à Ottawa, le samedi 28 mars 2020.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

M. Vallée compare la PCU à l’Allocation familiale, le premier programme universel de sécurité sociale canadien instauré par le gouvernement fédéral lors de la Seconde Guerre mondiale.

Je pense et j’espère que cet effort de créer un revenu de base d’urgence va créer un revenu de base garanti plus permanent.

Paul Vallée, Réseau canadien pour le revenu garanti

Je pense que ce revenu va se stabiliser dans un nouveau programme à long terme, parce qu’éventuellement, le gouvernement va changer sa pensée. […] L’avantage du revenu de base garanti, c’est que ça crée un grand stimulus pour notre économie, explique-t-il.

M. Vallée pense également que les circonstances sont idéales pour que la population comprenne l'importance d'un tel programme.

C'est une idée qui est vraiment très populaire en ce moment, parce que il n'y a personne qui pense que tu as perdu ton emploi à cause du fait que tu travailles pas assez fort ou que tu n'es pas assez créatif, résume-t-il.

Un homme avec des écouteurs sur la tête fait une entrevue Skype.

Paul Vallée, un membre du C.A. du Réseau canadien pour le revenu garanti.

Photo : Radio-Canada / Colin Cote Paulette

La PCU, moins lourde administrativement

Wayne Lewchuk, professeur d’économie émérite à l’Université McMaster à Hamilton, abonde dans le même sens.

En fait, nous avons un projet temporaire de revenu de base garanti au Canada actuellement, estime le chercheur.

M. Lewchuk croit que le gouvernement Trudeau s’est aperçu que ce genre de programme était beaucoup plus simple administrativement qu’un programme avec plus de règles comme l’assurance emploi.

C’est le problème des programmes de bien-être social. C’est tellement lourd bureaucratiquement de se qualifier que c’est déshumanisant à un certain point, soutient le professeur. 

Du déjà vu en Ontario

Un projet pilote de revenu de base garanti avait été lancé en 2018 en Ontario par le gouvernement libéral de l’époque. Il devait durer trois ans.

L’expérience avait été testée à l'aide d'environ 4000 personnes dans trois municipalités : Hamilton, Thunder Bay et Lindsay.

Selon un modèle de crédit d'impôt, le projet pilote permettait aux participants de toucher jusqu'à 16 989 $ par an pour une personne seule et jusqu'à 24 027 $ par an pour un couple, moins 50 % de tout revenu perçu. Les personnes handicapées recevaient un supplément de 500 $ par mois.

Avant que le programme soit annulé par le gouvernement de Doug Ford en 2018, certains prestataires disaient déjà en voir les bienfaits. 

Une dame assise à une table.

Alana Baltzer, une résidente de Hamilton qui a été choisie en avril 2017 pour participer au programme.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Corriveau

C’est le cas de Jodi Dean, mère de deux enfants à Hamilton. 

Ce montant nous permettait de survivre pendant que mon mari était blessé et ne pouvait pas travailler, raconte celle qui doit rester à la maison pour s’occuper d’une de ses filles atteinte d’une condition particulière.

La sécurité qu’on avait est disparue dès que le programme a été coupé. […] Tu te bats pour tout ce que tu as quand tu es pauvre.

Jodi Dean, participante au projet pilote de l'Ontario

Mme Dean soutient que de simples dépenses comme le stationnement lors de nombreuses visites à l’hôpital étaient plus simples lorsque son ménage recevait l’allocation. 

Un homme parle à la caméra dans son bureau.

Tom Cooper, le directeur de la Table de concertation pour la réduction de la pauvreté à Hamilton.

Photo : Maxime Beauchemin

Ce projet a été un succès à Hamilton, on a vu des gens stabiliser leur situation de logement, qui se sont mis à mieux manger et ils se sentaient mieux. Leur santé s’est améliorée pendant le projet, résume Tom Cooper, le directeur de la Table de concertation pour la réduction de la pauvreté à Hamilton.

Je crois que ces leçons pourraient nous servir dans la situation présente.

Tom Cooper, directeur de la Table de concertation pour la réduction de la pauvreté à Hamilton

Le professeur Wayne Lewchuk a d’ailleurs participé à une étude analysant les résultats du projet pilote. 

Il est clair que le projet pilote sur le revenu de base de l’Ontario avait amélioré de manière significative la vie des participants de la région de Hamilton-Brantford, peut-on lire dans la conclusion de l’étude publiée en mars.

Il y est aussi indiqué que l’usage de services de santé avait diminué chez les prestataires, ce qui signifie des économies au niveau du système public de santé. 

Au début de l’année, un projet pilote de revenu de base garanti était toujours en chantier à l’Île-du-Prince-Édouard. 

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