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COVID-19 : coup de gueule contre le travail gratuit des auteurs et autrices

Une illustration montre une femme dans un écran avec une caméra devant elle.

La lecture en ligne est de plus en plus populaire.

Photo : getty images/istockphoto / Malchev

Cecile Gladel

Les offres littéraires en ligne et gratuites se multiplient : des lectures de contes, de livres et de poésie se comptent par dizaines. Pour aider la population à mieux vivre le confinement, on compte sur la générosité des écrivaines et écrivains en les invitant à produire – gratuitement – du contenu en ligne. L’un d’eux, Stéphane Dompierre, s’est insurgé contre cette pratique qui se généralise.

C’est un beau geste que de vouloir mettre en ligne du contenu gratuit pour distraire les gens confinés de 0 à 99 ans, mais pensez que vos demandes mettent une pression énorme sur toute la chaîne artistique, celle qui produit ce contenu, a écrit Stéphane Dompierre sur Facebook, dans un message qui vise surtout l’offre en littérature jeunesse.

L'homme regarde la caméra.

Stéphane Dompierre

Photo : Radio-Canada

En entrevue, il dit comprendre l’engouement du milieu de l’éducation et des parents, qui souhaitent offrir du contenu pour occuper les enfants. C’est honorable. Mais, en ce moment, on est en mode survie, et les gens nous demandent des livres gratuits, déplore-t-il.

L’écrivain s’indigne également contre les demandes faites aux écrivaines et écrivains d’offrir du temps contre de la visibilité.

Il y a juste aux artistes qu’on vante la publicité gratuite. Je n’ai jamais demandé à mon dentiste de faire un nettoyage gratuit en échange d’en parler.

Stéphane Dompierre

Il affirme que de nombreux écrivains et écrivaines jeunesse sont très sollicités pour des animations ou pour des lectures de leur livre en ligne, alors que leur situation personnelle n’est guère enviable. Certains sourient devant la caméra, mais doivent gérer un gros stress et sont dans des situations insoutenables, soutient-il. 

La chroniqueuse et autrice jeunesse Claudia Larochelle est d’accord avec Stéphane Dompierre. Depuis le début du confinement, on lui a demandé à plusieurs reprises de faire des lectures gratuitement.

Je commence à être frileuse à l’idée de le faire, car j’ai deux jeunes enfants à la maison. Je dois partager mon temps de garde avec mon conjoint, qui travaille aussi à la maison. Si j’accepte, c’est du temps grappillé sur ses heures de travail. En temps normal, je fais beaucoup de bénévolat, mais c’est vraiment difficile d’accepter en ce moment. On ne veut pas être insensibles, mais c’est toujours aux artistes qu’on demande ça.

Claudia Larochelle

Elle ajoute que c’est toujours difficile de refuser, et que cela place les écrivaines et écrivains dans des situations très inconfortables.

La jeune femme regarde la caméra.

L'autrice et chroniqueuse Claudia Larochelle

Photo : Radio-Canada / Jonathan Bouchard

L’autrice rappelle que les écrivains et écrivaines partagent leurs droits d’auteur avec les illustrateurs et illustratrices de leur livre. On se partage les 10 % sur le prix du livre. Si on n’existe pas, il n’y a pas d’histoire et on [est ceux qui touchent] le moins d’argent. C’est illogique et, en ce moment, en temps de crise, alors qu’on est nous-mêmes fragilisés, on nous demande de l’aide. C’est trop, soutient-elle.

Claudia Larochelle est bien consciente qu’elle n’est pas l’écrivaine qui est le plus à plaindre, mais elle parle au nom de toutes les personnes qu’elle côtoie ces derniers jours : La situation des écrivains n’est vraiment pas facile.

D’ailleurs, Laurent Dubois, directeur général de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), s’est senti obligé d’intervenir en début de semaine pour souligner que la crise que l’on vit ne justifiait pas de faire travailler gratuitement les écrivaines et écrivains.

Il est évident que les arts, et notamment la littérature, peuvent et doivent jouer un rôle fondamental pendant cette période éprouvante, et que le temps consacré à la lecture dans les familles devrait augmenter considérablement. Mais la crise du coronavirus ne doit pas devenir une exception de plus à la Loi sur le droit d’auteur.

Laurent Dubois, dans une lettre publiée sur le site de l’UNEQ

Finalement, Stéphane Dompierre soutient que la solution est de se tourner sur le contenu qui existe déjà. C’est le temps d’aller fouiller dans les archives de La Fabrique culturelle. On peut trouver facilement du contenu gratuit sans demander aux artistes qui galèrent d’en créer du nouveau, conclut-il.

Des autorisations encadrées

Puisque les demandes en ce qui a trait à la lecture de livres en ligne ont explosé depuis deux semaines, l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a conclu une entente avec l’Association des bibliothèques publiques du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour offrir l’heure du conte sur un site Internet (Nouvelle fenêtre) où les vidéos ne peuvent être relayées, contrairement à Facebook.

Ça nous place dans une situation délicate, car on nous prend par les sentiments et on ne veut pas passer pour des goujats. Et ça ne nous donne aucun revenu, mais on a trouvé une solution. La formule est assez intéressante; ils gèrent le tout pendant 30 jours, explique le directeur général de l’ANEL, Richard Prieur. 

Celui-ci souligne que les éditeurs ne sont pas contre la lecture d’œuvres en ligne, mais qu’il faut le faire dans un cadre réglementé. On a une responsabilité dans l’utilisation des œuvres. Si tout le monde le fait, on perdra le contrôle, et il ne sera plus possible de récupérer les vidéos qui vont circuler. Il faut mieux le contrôler à la base et dire qu’on ne peut pas le faire, précise-t-il.

De son côté, l’Association canadienne des éditeurs a aussi donné une certaine permission de lire des extraits ou la totalité d’un livre en ligne jusqu’à la fin juin 2020. Toutefois, cette autorisation comporte des lignes directrices, dont celles de ne donner accès aux lectures en ligne que sur un site sécurisé ou sur YouTube, en fonction non listée. Il faut aussi s’assurer que les vidéos seront effacées à la fin du mois de juin.

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