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Reprise des cours en ligne au post-secondaire : une difficile adaptation

Une jeune fille semble inquiète et met les mains devant sa bouche en regardant l'écran de son ordinateur.

La reprise des cours commence dès lundi pour les étudiants post-secondaires au Québec.

Photo : Getty Images / fizkes

Le gouvernement du Québec souhaite que les étudiants post-secondaires commencent progressivement à reprendre leurs cours de manière virtuelle à partir du 30 mars. Toutefois, tant pour les professeurs que pour les étudiants, cela représente un défi de taille que certains peinent à relever.

Transformer un cours magistral en un cours en ligne, ce n'est pas simple pour tous les enseignants, notamment pour ceux qui maîtrisent mal les outils informatiques.

Habituellement, nous avons 45 jours pour préparer notre session. Là on apprend [qu'il faut donner nos cours en ligne] à quelques jours d'avis, alors qu'on est confiné et qu'on n'a pas tout notre matériel à la maison, dit un professeur au cégep qui préfère taire son identité.

Ça crée beaucoup d'angoisse et on a l'impression qu'on n'arrivera peut-être pas à former les étudiants autant qu'on aurait voulu faire.

Un professeur au cégep.

Cet enseignant précise toutefois qu'il y a de nombreux professeurs qui envisagent ce changement de plan de manière très positive et pour qui le saut vers le virtuel se fera facilement. Ça peut être un très beau carré de sable, une belle façon d'exercer notre intelligence professionnelle et d'être créatifs en tant que professeurs, souligne-t-il.

Une reprise des cours progressive

La reprise des cours se fait progressivement. Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, demande qu'elle se fasse à partir du 30 mars, mais il est conscient que cela prendra du temps à certains pour mettre en place leurs nouvelles pratiques. Dans plusieurs cégeps, par exemple, les cours ne reprendront que dans la semaine du 6 avril.

À l'Université de Montréal par contre, les cours ont déjà repris depuis le 21 mars.

Concrètement, l'enseignement en ligne prendra plusieurs visages. Certains enseignants donneront leurs cours en direct, au moyen d'applications de visioconférence ou de clavardage.

D'autres enregistrent leurs cours avant d'envoyer les vidéos à leurs étudiants. Et d'autres encore se contenteront d'envoyer des documents à leurs étudiants et de faire des évaluations en ligne.

Luca Sollai, chargé de cours en histoire à l'Université de Montréal, a opté pour la deuxième option, mais il trouve difficile l'adaptation à ce nouveau modèle d'enseignement.

C'est sûr que c'est tout un apprentissage. C'est une transition assez problématique parce que, personnellement, j'ai dû reprogrammer une partie de mon plan de cours parce que j'avais des conférences de prévues qui ont été annulées, évidemment. Comme j'ai une famille, les enfants sont à la maison, c'est bien difficile de préparer les cours, de pouvoir les enregistrer surtout, explique-t-il.

Félix Duberger-Sani, qui est étudiant en géographie à l'Université de Montréal, a déjà recommencé à suivre ses cours. Son avis est mitigé quant à son début d'expérience. Pour moi, ça se déroule bien, mais en général, je trouve qu'il y a beaucoup de confusion au niveau des informations que l'on reçoit. Il y a un niveau inégal dans la transmission de la matière via les différentes interfaces web, observe-t-il.

Un manque d'uniformité dénoncé

Le ministre de l'Éducation du Québec a indiqué qu'il respecterait l'autonomie des établissements postsecondaires et leur laisserait une certaine marge de manœuvre dans l'organisation de la reprise des cours. Une décision qui crée de la confusion chez les étudiants comme chez les professeurs, selon Hubert Rioux, chargé de cours en science politique pour l'Université du Québec à Chicoutimi.

Cette approche "à la carte" est la pire des approches à adopter. On se retrouve à accommoder les profs et les chargés de cours plutôt que les étudiants. On aurait dû adopter une position uniforme parce qu'en ce moment, on se retrouve à imposer aux étudiants des situations complètement différentes d'un cours à l'autre, d'un professeur à l'autre sans tenir compte des contextes individuels, dit M. Rioux.

Il ajoute que les divergences dans les modalités prises par les établissements scolaires pourraient avoir des conséquences dommageables pour certains étudiants.

On se retrouve dans une situation où des étudiants qui suivent les mêmes programmes et les mêmes cours vont faire face à des exigences qui vont concrètement être différentes d'une université à l'autre alors que ces étudiants-là vont se retrouver en concurrence pour les mêmes emplois dans quelques années.

Hubert Rioux, chargé de cours en science politique pour l'Université du Québec à Chicoutimi

Plus de 110 000 signatures pour la suspension de la session

Certains établissements, dont l'Université du Québec à Rimouski, ont décidé de créditer tous les cours où il y avait eu des premières évaluations.

Une pétition signée par plus de 110 000 personnes jusqu'à présent demande d'appliquer cette mesure à l'ensemble de la province. C'est une question de solidarité et d'équité, selon Élizabeth Leblanc-Michaud, l'instigatrice de l'initiative.

Le ministre Roberge veut le plus rapidement possible que les étudiants retournent aux études. Malheureusement, je pense que c'est une solution qui n'est pas très réaliste, soutient-elle.

Ce que je propose, c'est une mesure qui est équitable. Il y a des étudiants qui n'ont pas nécessairement le matériel pour poursuivre les études en ligne, qui ont perdu leur emploi, qui travaillent dans le milieu de la santé ou qui ont des enfants à temps plein à la maison, ajoute-t-elle.

Plutôt que de suspendre la session, certaines universités ont décidé d'offrir une solution de compromis. Pour la plupart des cours offerts, les étudiants pourront choisir entre conserver le barème de notation habituel ou opter pour un barème de notation de type succès ou échec.

Il s'agit d'une bonne idée, selon l'étudiant Félix Dubergé-Sani. Je trouve que c'est un très bon entre-deux. Ça va permettre aux gens qui craignaient de voir leurs notes affectées par le contexte de prévenir les chutes dans leurs notes. Donc, ça va certainement ôter un certain stress chez beaucoup d'étudiants.

Une réalité différente dans les cégeps

Au moment de l'interruption des cours, les étudiants à l'Université se rapprochaient de la fin de session, alors que ceux du cégep n'en étaient qu'à la mi-session.

Yves de Repentigny, vice-président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ), indique que la transition vers les cours en ligne pose toutes sortes de difficultés et que certaines compétences ne peuvent pas être acquises en ligne.

Il rappelle que, pour certains programmes, des techniques dans le domaine de la santé, des cours en laboratoire ou des stages, par exemple, il reste beaucoup de questions en suspens quant à la faisabilité du projet.

Il insiste pour que les professeurs de cégep aient le temps de se préparer pour un retour en classe virtuelle. Ce qu'on demande, au ministère et à l'administration des établissements, c'est d'être le plus possible à l'écoute des enseignants et des enseignantes. Quand on dit qu'il y a des choses impossibles de faire, il faut qu'on respecte le jugement professionnel des profs et qu'on cherche à trouver d'autres solutions, déclare-t-il.

La réponse du ministre Roberge

La pétition qui circule depuis le 22 mars dernier a été transmise au ministre de l'Éducation. Questionné à ce sujet, Jean-François Roberge répond qu'il comprend les inquiétudes des étudiants qui sont en territoire inconnu. Il réitère sa position selon laquelle un retour en classe à distance est possible pour la majorité des programmes et la meilleure option pour tous.

Si on décidait que la session est terminée, on empêcherait plein de professeurs de donner du contenu alors qu'ils sont prêts à le faire. Et on empêcherait plein d'étudiants qui veulent faire ces apprentissages, de les faire, indique-t-il.

Soyons flexibles, soyons créatifs. Je pense que notre réseau d'enseignement supérieur le demande.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Pour ce qui est des critiques au sujet du manque d'uniformité des mesures prises par chaque établissement, le ministre assure que son approche est flexible, mais équilibrée.

Nous avons émis hier des balises qui viennent, à mon avis, ramener un équilibre [...] Il y a un espace de liberté, mais en même temps, il y a aussi des balises qui sont données par le gouvernement. Donc oui, il y a des différences [d'un établissement à un autre], mais en même temps, il y a une cohérence, soutient-il.

Il ajoute que les étudiants pour lesquels il sera impossible de suivre les cours en ligne dans ce contexte ne seront pas pénalisés. Le calendrier a été modifié afin de leur permettre d'abandonner leurs cours sans mention d'échec et en étant remboursés.

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