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Une ambulance devant une résidence pour aînés.

Une ambulance quitte la maison de retraite de la Fondation Rothschild à Paris, où 16 résidents sont décédés et 81 ont été infectés par la COVID-19.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Elles sont les plus vulnérables devant le coronavirus. Ces jours-ci en France, les personnes âgées tombent en grands nombres. On ne sait combien meurent dans le silence, isolées dans les résidences pour aînés coupées du monde. Pour tenter de les sauver, certains sont prêts à sacrifier beaucoup.

Cela fait plus de deux semaines que les visites sont interdites dans les maisons pour personnes âgées de France. Une mesure de précaution supplémentaire pour tenter de protéger les plus vulnérables.

Pourtant, cela n’a pas empêché ce fichu coronavirus de s’inviter à l’intérieur. Et de tuer. Il n’existe pas de bilan pour la France entière. Un survol des cas les plus médiatisés donne le frisson.

Au moins 16 décès dans une résidence de Saint-Dizier, 15 à Thise, 7 à Sillingy… et 21 dans un foyer pour aînés de Cornimont. Vingt et un en moins de trois semaines.

Au départ, on pensait que c'était une simple grippe, a expliqué à l’AFP Sophie Vinel, la directrice de ce dernier établissement. D’ordinaire, quatre ou cinq résidents meurent chaque mois.

Au bout d'une semaine, ça flambait toujours. Et surtout, la virulence et puis le nombre de personnes infectées, ça on n'a jamais connu.

Une citation de :Sophie Vinel, directrice de la résidence pour aînés de Cornimont

Mourir seul, isolé

Dans les foyers où se trouve le virus, les résidents sont confinés à leur chambre, isolés. Il n’y a plus de repas commun ni de sortie. De grandes précautions sont prises pour les soigner, les nourrir.

Une situation qui peut être déstabilisante et difficile pour certains aînés. Surtout quand l’une des principales sources de distraction, la télé, rapporte des nouvelles sans cesse moins encourageantes.

Selon la nièce d’une résidente infectée, le personnel de son établissement dans le nord du pays refuse même de lui prêter une tablette pour qu’elle puisse communiquer avec ses proches. Le pronostic n'est pas encourageant, admet-elle.

Une mort qui pourrait bien se faire dans le silence. Dans l’ombre.

Les autorités du Bas-Rhin, dans l'est de la France, ont révélé l’ampleur des dégâts sur leur territoire. Le coronavirus s’est infiltré dans au moins le tiers des EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Là-bas, une soixantaine de personnes âgées sont déjà mortes à cause du virus. Le bilan devrait malheureusement s'alourdir, puisqu’au moins 500 résidents et 300 soignants sont infectés.

Pour l’instant, ces décès hors hôpital ne sont pas comptabilisés dans le bilan quotidien des Français tués par le virus. Les ajouter ferait grimper un chiffre qui frôle déjà les 2000 morts.

Un homme âgé fait du jardinage.

Un million de Français habitent ces résidences pour retraités.

Photo : Foyer Bergeron

Des protections inadéquates

Un million de Français habitent ces résidences pour retraités. Ce sont souvent des gens très vieux et souffrant déjà d’autres problèmes de santé. Ce qui les rend plus vulnérables.

Dans une missive envoyée au ministre de la Santé, les gestionnaires de ces EHPAD estimaient que 100 000 résidents pourraient mourir. Un scénario du pire, destiné à réveiller les autorités.

Car le personnel de ces foyers pour aînés manque de masques, de surblouses, de gel désinfectant et de gants en quantités suffisantes pour éviter de contaminer les résidents.

De l’équipement utile en grand nombre, selon le directeur général de la FEHAP, l’une des associations représentant les soignants dans les EPHAD.

Ce sont des métiers très, très proches des personnes, explique le directeur général, Antoine Perrin. Même si on applique les gestes barrière, les professionnels peuvent amener la maladie de l'extérieur.

Antoine Perrin hésite à s’avancer sur cette estimation catastrophe de 100 000 décès. Il croit cependant qu’il y aura un taux de mortalité important si les soignants ne sont pas mieux protégés rapidement.

Se couper du monde avec les plus vulnérables

Dans certaines résidences pour personnes âgées, le personnel n’a pas attendu les masques pour agir. Et les solutions sont parfois bien radicales.

À Mansle, dans les Charentes, une vingtaine d’employés ont carrément décidé de ne plus sortir de leur EHPAD. D’y rester pour soigner les 59 résidents. En coupant tout lien physique avec le reste du monde.

La décision s’est prise en quelques heures, assure le directeur de l’établissement, Pascal Ramirez.

On ne peut pas accepter de laisser les gens mourir, parce qu'on veut rentrer à la maison. Ce n'est pas possible!

Une citation de :Pascal Ramirez, directeur de l'établissement de Mansle

Joint au téléphone, il décrit une ambiance presque colonie de vacances, sauf que les enfants ont 85 ans! En quelques jours, le personnel s’est trouvé un rythme, a compris comment partager le travail du temps pour soi.

Chacun a apporté son sac de couchage, la mairie a fourni les matelas. Des salles communes ont été converties en dortoirs. Le cuisinier dort dans sa cuisine! assure Pascal Ramirez, qui ajoute à la blague : Il veut être tranquille, il veut être près de la nourriture… On ne sait jamais!

La nourriture et les autres articles essentiels au bon fonctionnement de la résidence sont livrés, déposés devant l’entrée. Le personnel, autoconfiné, les récupère et les désinfecte. Aucun risque n’est pris.

Ça serait un massacre si le virus entrait dans l’EHPAD, croit son directeur Ramirez. Un massacre parce que les soignants confinés auraient le temps d’infecter bien des gens avant que les symptômes ne permettent de tirer l’alarme.

La solution n’est donc pas sans risque. Elle n’est pas non plus approuvée par les autorités françaises. Pourtant, d’autres établissements semblables auraient emboîté le pas sans le médiatiser.

À Mansle, ceux qui ont choisi de s’autoconfiner ne savent pas trop combien de temps ils devront tenir, sans revoir leurs proches, sans sortir de leur résidence.

Pour l’instant, Pascal Ramirez constate que peu s’en préoccupent.

Se dire qu’on a une espèce de mission qui consisterait à en sauver un maximum, voire à tous les sauver, c’est plutôt motivant.

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