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Trois façons dont la COVID-19 changera nos vies

Des touristes se baladent.

Des touristes portant un masque de protection se promènent à Paris.

Photo : Getty Images / Stephane de Sakutin

Les grandes crises auxquelles a été confronté le monde ont souvent entraîné des changements à long terme. Que l’on pense à la Seconde Guerre mondiale, au choc pétrolier des années 1970 ou au 11 septembre 2001, notre quotidien s’en est trouvé modifié à long terme. Qu’en sera-t-il avec le coronavirus?

1. Nous ne voyagerons plus comme avant

L’industrie touristique sortira passablement ébranlée de cette catastrophe, tout comme les voyageurs, estime Paul Arseneault, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de tourisme Transat.

L’industrie a déjà connu des crises, affirme-t-il, mais généralement, quand il y avait un problème quelque part, le reste du monde fonctionnait relativement bien. Dans le cas présent, les destinations touristiques sont dans des situations précaires un peu partout sur la planète, ajoute l'expert. De plus, on a, en même temps, des gens [licenciés ou au chômage forcé] dont les revenus sont en train de fondre, alors que le déclencheur du tourisme, c’est le revenu discrétionnaire et les économies qui permettent de se payer des vacances.

Au-delà du fait que nous n’aurons peut-être plus les moyens de partir en voyage, en aurons-nous seulement l’envie? Pas si sûr, croit M. Arsenault.

Sera-t-on aussi à l’aise d’assister à des festivals ou à de grands rassemblements? Sera-t-on aussi à l’aise en avion, dans une grande proximité avec d’autres personnes?

Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat à l’UQAM.

Paul Arseneault ne pense pas que nous allons dorénavant bouder les rassemblements populaires et les voyages à l’étranger, mais le retour à la normale risque d’être long, prendre plusieurs années même.

Entre-temps, de nombreuses entreprises, notamment des compagnies aériennes, risquent bien de mettre la clé sous la porte.

L'Association du transport aérien international (IATA) prévoit déjà une baisse des revenus de l’industrie de 44 % (soit 252 M$ US) en 2020, comparativement à 2019, et un délai de plus de six mois avant une reprise.

Cette crise-là n’a aucun équivalent et le tourisme sera probablement le secteur pour lequel les dommages se feront sentir de la façon la plus durable, conclut M. Arsenault.

2. Nous serons plus surveillés que jamais

Géolocalisation de nos données, surveillance par caméras de reconnaissance faciale, suivi de nos déplacements… Tout cela risque de devenir de plus en plus courant dans les prochaines années, souligne David Grondin, professeur au Département de communications de l’Université de Montréal et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM).

Les succès dans la lutte contre la contagion en Corée du Sud et à Taïwan, qui reposent en partie sur le suivi numérique et géolocalisé des individus infectés, pourraient bien inspirer nos dirigeants.

Un homme utilise une application de type GPS sur son téléphone intelligent.

Certaines applications enregistrent parfois la position des gens toutes les deux secondes.

Photo : Getty Images / AFP/Thomas Samson

Du point de vue de la santé publique, la capacité de retracer les interactions de ces individus est essentielle.

Au pays, Toronto a songé (sans finalement le faire) à utiliser les données de géolocalisation pour localiser les personnes infectées et repérer celles qui ne respectent pas les mesures de confinement, une option qu’Ottawa n’écarte pas.

En prenant en compte que les populations, comme la nôtre, veulent se sentir en sécurité et que les sentiments de peur et d’insécurité qui viennent avec la crise de la COVID-19 génèrent leurs demandes d’actions, il y a donc fort à parier que des usages plus étendus des technologies de surveillance pour le bien de la santé publique soient davantage banalisés.

David Grondin, professeur à l’Université de Montréal

Dans ce contexte de crise, la population acceptera plus facilement des mesures visant à restreindre les libertés individuelles, comme elle a accepté celles limitant la liberté de circuler.

Si les gouvernements ont la chance de déployer des technologies de surveillance leur permettant de mieux suivre la population et notamment des individus qui seraient infectés, ils n’hésiteront pas à le faire, estime M. Grondin.

Cependant, une fois la crise terminée, nos gouvernements n’auront plus cette justification. Il faudra donc rester vigilants vis-à-vis de ces mesures, acceptables pour un contexte donné, mais qui ne sauraient être vues comme étant réglées une fois pour toutes, souligne M. Grondin, qui rappelle les problèmes de discrimination que soulèvent les technologies de surveillance.

Si l’on évolue vers cette voie, il faudra s’assurer de mettre en place des mesures de supervision pour prévenir les dérives, note-t-il.

3. Le télétravail va se généraliser

«Ça devient une option; on est vraiment en train de redistribuer les cartes en ce moment», croit Jean-Nicolas Reyt, professeur adjoint à la Faculté de gestion Désautels de l’Université McGill.

Des milliers d’employés partout au pays ont dû adopter le télétravail en catastrophe après la mise en place de mesures de confinement, sans aucune préparation dans la plupart des cas. Mais beaucoup pourraient bien, finalement, y trouver leur compte. Quand la situation sera revenue à la normale, il sera difficile pour les entreprises de justifier que leurs employés ne puissent pas y avoir recours plus fréquemment, soutient M. Reyt.

Une femme travaille de la maison.

Le télétravail fait partie des mesures mises en place par les employeurs pendant la pandémie.

Photo : iStock

Les gestionnaires, en général, y sont plutôt réticents, craignant une moindre productivité des télétravailleurs. Ils ne les voient pas travailler, ce qui crée le doute qu'ils ne font rien, estime M. Reyt. Mais si on réussit à faire tourner l’économie de cette façon pendant plusieurs mois, cela veut dire que c’est une option valable.

Les gens ont fait de très gros changements dans un court laps de temps. Lorsque la crise sera passée, si les gens ont encore leur travail, ils ne prendront pas ça bien du tout de devoir tout revoir à l’inverse.

Jean-Nicolas Reyt, professeur adjoint à l’Université McGill

Il y aura certainement aussi un intérêt accru pour les téléconférences, pense le chercheur. On pense souvent que ce n'est pas "pareil" de se rencontrer en vidéo qu'en personne. Maintenant que nous sommes forcés à utiliser ces outils, nous allons nous y habituer.

Le défi pour les gestionnaires, cependant, si la situation se prolonge pendant plusieurs mois, est de maintenir la cohésion des équipes. Lorsque les interactions quotidiennes, comme les réunions, disparaissent, les employés risquent de se sentir plutôt comme des consultants et peuvent perdre le sentiment de loyauté envers l’entreprise.

Le télétravail à temps plein, si ça dure longtemps, peut être très négatif pour les équipes et la performance, nuance M. Reyt.

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