•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pourquoi est-ce si difficile de pratiquer la distanciation physique?

Le toucher est un élément essentiel d'une bonne santé mentale... en temps normal.

Deux femmes dans les bras l'une de l'autre.

Deux travailleuses de la santé se serrent dans leurs bras à la sortie de la salle d'urgence débordée d'un hôpital de Leganes, près de Madrid.

Photo : Reuters / Susana Vera

On le sait, les experts le répètent : la distanciation physique est l'un des meilleurs moyens pour sauver des vies en temps de pandémie. Pourtant, les autorités peinent à faire respecter les consignes. Pourquoi une règle si simple, et si cruciale à notre santé collective, est-elle si difficile à appliquer?

C'est que le toucher, c'est le moyen de communication fondamental pour l'humain, explique la professeure agrégée à l'École de psychologie de l'Université d'Ottawa, Nafissa Ismail.

Sans surprise, un toucher bienveillant joue un rôle crucial dans la santé mentale des humains.

Ça va venir stimuler la dopamine, l'hormone responsable dans la sensation de plaisir, la sérotonine aussi, et l'ocytocine qui elle est impliquée au niveau de l'attachement, précise la professeure.

On exprime beaucoup de choses avec le toucher. C'est un moyen de communication profond, rempli d'affection. On en a tous besoin, tant la personne qui le donne que celle qui reçoit, et avec la COVID-19, ça nous manque.

Nafissa Ismail, professeure agrégée à l'École de psychologie de l'Université d'Ottawa

Des contacts physiques réguliers permettent donc de se sentir rassuré, en sécurité, aimé, en plus de diminuer le niveau de stress et de favoriser la confiance en soi et la socialisation, notamment. À l'inverse, l'absence de toucher contribue à augmenter les risques de dépression et d'autres troubles, comme les troubles alimentaires, indique Mme Ismail.

Or, le toucher est également essentiel pour la santé physique de l'humain, de sa naissance à sa mort.

Même chez les bébés prématurés qui sont dans les incubateurs, on essaie le plus possible de garder un contact physique avec la mère, c'est très important pour le développement du bébé. Ils vont mieux se développer cognitivement, physiquement, mieux s'alimenter et moins pleurer, donc bien réguler leurs émotions, affirme la professeure.

Une petite main de bébé tient le pouce de sa maman.

Le « peau à peau » est crucial dans le développement des bébés.

Photo : iStock

À l'âge adulte, ces contacts peau à peau continuent de favoriser la régulation des hormones et la performance du système immunitaire, particulièrement chez les femmes.

Il semble en effet que l'impact du toucher soit plus important chez la femme que chez l'homme.

Mme Ismail indique que des études récentes ont démontré que les femmes qui reçoivent des contacts physiques aimants et réguliers ont une meilleure tolérance à la douleur et de meilleures chances de guérison face à des cancers.

Les femmes qui reçoivent du toucher régulièrement ont aussi un rythme cardiaque plus bas et une pression artérielle plus basse que des femmes du même âge, avec un profil de santé similaire, mais qui reçoivent moins de touchers, ajoute-t-elle.

Le toucher au temps du coronavirus

Ainsi, il n'est pas surprenant que plusieurs d'entre nous aient du mal à respecter les consignes de distanciation physique, car nous sommes biologiquement programmés pour rechercher des contacts physiques.

Si les couples et les familles vivant sous un même toit peuvent toujours donner et recevoir de l'affection, la situation est particulièrement difficile pour les personnes célibataires ou les aînés dont certains vivaient déjà de la solitude et qui se trouvent maintenant complètement confinés.

On vit une période avec tellement de stress, d'anxiété et d'incertitude, que ça nous ferait du bien de se toucher, pour se rassurer, souligne Mme Ismail.

Le toucher avait diminué dans notre société. Avec les téléphones, textos, FaceTime, WhatsApp, on s'était tournés vers ce genre de contacts sociaux. Mais maintenant qu'on n'a plus le droit de contacts face à face, on en veut plus!

Nafissa Ismail, professeure agrégée à l'École de psychologie de l'Université d'Ottawa

Il est paradoxal de se dire que ce qui contribue normalement à nous maintenir en vie et en santé représente aujourd'hui un danger pour la santé publique.

Il faut garder en tête que ces mesures sont mises en place pour nous protéger et qu'elles sont temporaires. Si tout le monde fait sa part en ce moment, on va être capable d'écourter cette période d'isolement, rappelle Mme Ismail.

Et peut-être cet interdit temporaire nous permettra-t-il d'apprécier à sa juste valeur la beauté des petits gestes, comme serrer un proche dans ses bras.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Coronavirus