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Garde d’enfants à domicile : dilemmes et dernier recours

Des jouets d'enfants.

Les services de garde d’enfants à domicile sont considérés comme « essentiels » par l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Patrick Pilon

Jugées comme un service essentiel par le gouvernement, les gardes d’enfants à domicile peuvent continuer à accueillir jusqu’à cinq enfants. À une époque où l’incertitude règne, laisser ses portes ouvertes ou fermées reste cependant un dilemme, à la fois pour ceux qui fournissent le service, mais aussi pour ceux qui s’en servent.


« Ça me brise le coeur ». Suzie Lyon gère depuis plusieurs années un service de garde dans sa maison où elle garde ses deux petits-enfants et quelques autres bambins. Son jardin tout comme l’intérieur de sa maison reflètent son amour pour les tout petits. Mais en temps de pandémie, même si le gouvernement lui permet de poursuivre légalement ses activités, Suzie a dû renoncer à les poursuivre, pour des raisons de sécurité.

Un des parents travaille dans la construction et donc dans plusieurs maisons, explique-t-elle. D’autres prennent les transports en commun ou travaillent à leur bureau. « Quand on additionne tout ça, il y a simplement trop de variables, trop de possibilités que les gens puissent devenir malades. J’étais inquiète pour les enfants et j’étais inquiète pour nous », fait-elle remarquer. 

Une dame se tient au milieu d'une pièce de jeux pour enfants.

Suzie Lyon a décidé de fermer son service de garde à domicile par précaution.

Photo : Courtoisie : Safta daycare

Suzie et son mari sont sexagénaires et sont tous les deux, pour des raisons différentes, dans la catégorie des personnes à haut risque en termes de santé. C’est donc à contrecœur qu’elle a choisi de ne plus offrir ses services.

Chez Isabelle Marcone, qui a ouvert l'an dernier son service de garde suivant la méthode Montessori, les activités se poursuivent et elle continue de recevoir deux des trois enfants dont elle s’occupe d’habitude. Je peux continuer malgré tout, dit-elle, il faut juste faire attention, nettoyer plus en profondeur, désinfecter les poignées de porte, les interrupteurs pour la lumière, les chaises, les tables… ce que l’on fait d’habitude, mais là avec encore plus de soin.

Les parents ne rentrent plus dans sa maison, et viennent à des horaires différents pour éviter de se croiser et limiter les rencontres, ajoute Isabelle. Et si elle se permet de poursuivre son activité, c’est aussi, et surtout, grâce au lien de confiance et à la proximité géographique des familles dont elle s’occupe.

Je sais que les parents sont aussi à la maison, il n’y a pas de trafic, c’est une communauté petite, et ça me rassure, ils ne côtoient pas beaucoup de collègues.

Isabelle Marcone, gérante de Chez Isabelle Montessori Home Daycare

Service essentiel

Le point 72 de la liste du gouvernement ontarien des services essentiels indique : les services de garde d’enfants pour les travailleurs essentiels ainsi que les services de garde d’enfants à domicile comptant moins de six enfants.

Pour le réseau Wee Watch, qui représente 41 agences et environ 1000 services de garde à domicile à travers la province, maintenir le service est important pour tous les parents qui doivent continuer de travailler.

Ces personnes continuent de travailler et leurs enfants doivent bien aller quelque part.

Lisa Parise, vice-présidente, Wee Watch

La vice-présidente de Wee Watch, Lisa Parise, admet que la publication de la liste des services essentiels par le gouvernement a permis de clarifier la situation. Lorsque la province a annoncé la fermeture des centres de garde, plusieurs pensaient qu’il s’agissait aussi des services de garde en milieu familial.

Selon Mme Parise, le danger de contagion est plus limité dans des environnements où seuls six enfants ou moins sont autorisés. Elle indique par ailleurs que de nouvelles directives ont été données par la compagnie pour prévenir les risques, comme la surveillance de symptômes par les parents et les garderies, l’augmentation de la désinfection de toutes les surfaces à contact élevées et un lavage des mains plus intense et plus fréquent.

Selon la vice-présidente, seulement 20 % des services de garde de Wee Watch ont décidé de fermer, les autres restent opérationnels.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le ministère de l’Éducation dit travailler à établir une liste des centres de garde d’enfants agréés à même d’offrir leurs services aux travailleuses et travailleurs de la santé et de première ligne.

Dilemme pour les parents

Pour les parents, la question se pose tout autant de laisser ou non leurs enfants dans ces garderies. Sophie Counillon, par exemple, a saisi l’opportunité et a décidé avec son conjoint de laisser leur fillette de deux ans et demi auprès de sa nounou durant la journée, alors qu’ils doivent tous deux travailler de chez eux.

Ça permet à des familles qui ne sont pas nécessairement mises en top de liste dans les médias de pouvoir avoir un semblant de vie à peu près normale et de pouvoir continuer à maintenir un rythme plus facile et de s’enlever un peu de pression.

Sophie Counillon

Pour Céline Murguet, actuellement en congé maternité et dont le mari travaille à domicile depuis le début de la crise, retirer leur aînée de deux ans du service de garde semblait être le mieux pour tout le monde.

On ne voulait plus prendre de risque pour elle, à la fois pour nous, mais aussi pour la famille dans laquelle elle est.

Céline Murguet

Sa nounou ne lui a pas demandé de préavis pour le retrait de sa fille. On ne paye que quand elle y est, précise Céline Murguet. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Sur les réseaux sociaux, plusieurs parents ont écrit pour dire que le retrait de leur enfant devrait être annoncé à l’avance.

Pour les services agréés de la compagnie Wee Watch, par exemple, une politique de retrait existe. Elle consiste en un préavis de 14 jours avec possibilité de perdre la place de l’enfant au bout du compte. Malgré les circonstances actuelles, Lisa Parise confirme que dans la plupart des cas [cette politique] reste la même.

Avec un bémol, toutefois. Beaucoup de nos agences se remplissent actuellement par des travailleurs d’urgence, affirme-t-elle. Certains hôpitaux nous ont appelés de façon proactive, ajoute Mme Parise, assurant que quand les travailleurs de première ligne récupéreront leur système de garde d’enfant habituel, les places se libéreront.

Enfin, l’autre poids de la décision des parents, c’est celui de la pression sociale.

On culpabilise un peu aussi, souligne Sophie Counillon. On se dit que nous, notre enfant est gardé, d’autres ce n’est pas le cas… Ce n’est pas forcément un positionnement très facile, auprès des amis ou des collègues de travail.

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