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Des itinérants et des toxicomanes face à un cul-de-sac à Québec

La devanture de l'organisme Lauberivière.

L'organisme Lauberivière doit souvent refuser des personnes dans le besoin.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Des organismes de Québec venant en aide aux itinérants et aux toxicomanes sonnent l’alarme à la santé publique de la Capitale-Nationale. En manque de moyens et d’espace, ils craignent de ne pas pouvoir soutenir leur clientèle déjà vulnérable en pleine pandémie de COVID-19.

Directeur général de Lauberivière, Éric Boulay a envoyé une lettre au directeur de la santé publique de la Capitale-Nationale au nom du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), jeudi.

En tête de liste de ses demandes, l’accès à du dépistage rapide pour les personnes en situation d’itinérance et un endroit pour les isoler. À Montréal, où un premier cas d’itinérant infecté par la COVID-19 a été détecté, l’idée d’utiliser des chambres d’hôtel est évoquée en attendant la conversion d'un ancien hôpital à cet effet.

Actuellement, si quelqu’un qui présente des symptômes arrive à Lauberivière, on n’est pas équipé pour l’isoler. Il y a trop de gens, une trop grande proximité, explique Éric Boulay concernant Québec.

Il faut donc rapidement trouver un endroit géré par le CIUSSS de la Capitale-Nationale où les itinérants pourront non seulement passer la nuit, mais également attendre leur résultat de test, plaide-t-il. Il faut qu’il y ait une procédure claire pour qu’on puisse les référer vers là.

Assurer la sécurité du personnel

À cela s’ajoutent les défis de maintenir les services à Lauberivière alors que le désinfectant à main, les masques, les jaquettes et les visières demandées en début de semaine “arrivent au compte-gouttes”. Éric Boulay est conscient de l’approvisionnement difficile en cette période de crise, mais il assure que le matériel actuel est insuffisant si la COVID-19 commence à se répandre dans la population itinérante de Québec.

Pour limiter les risques de contagion, Lauberivière a réduit de moitié les places de sa salle à manger, de 150 à 75. Résultat, toutefois, les gens font la file dehors en attente d’une place. C’est mieux qu’à l’intérieur, mais on se retrouve avec des attroupements extérieurs.

D’où l’importance d’avoir du matériel de protection pour ses employés. Évidemment, j’ai une grande partie de mon personnel qui est craintif. Si j’ai des employés qui tombent malades, si je perds 40% de mon effectif, qu’est-ce qu’on fera?

Des toxicomanes sans option

Les itinérants ne sont pas la seule clientèle vulnérable qui pourrait se retrouver sans ressources. Au centre de thérapie CASA, le directeur général Jacques Vézina explique qu’il a normalement 34 places pour des personnes en traitement de dépendances, mais il a dû réduire du tiers sa capacité d’accueil pour limiter les contacts.

Le personnel de l’établissement est également craintif, ne connaissant pas les récents antécédents des personnes qui arrivent en thérapie.

À Saint-Augustin-de-Desmaures, la directrice générale du centre de traitement des dépendances Le Rucher, Valérie Hourdeaux, a dû cesser d’admettre de nouveaux patients. On a 55 lits pour des thérapies d’une période minimale de six mois. On a fermé les admissions pour protéger les résidents qui sont déjà ici ainsi que les 31 employés, explique-t-elle.

Elle a refusé des demandes d'admission, cette semaine. Ça nous attriste et, au-delà de ça, on ne répond plus à notre mission.

La solution passe encore une fois par la capacité du CIUSSS à trouver un endroit pour offrir un hébergement temporaire. Un lieu où une personne pourrait vivre l’isolement pendant 14 jours pour s’assurer de ne pas avoir de symptômes et ensuite intégrer les ressources comme la nôtre, détaille Mme Hourdeaux.

D’ici là, les patients actuellement en thérapie n’ont pas à craindre de voir le séjour se terminer prématurément et l’équipe du centre Le Rucher tente de ne pas abandonner les personnes qu’elle doit refuser. On essaie de garder un lien avec les gens par téléphone, mais on sait que c’est un temps stressant pour les gens qui ont une problématique de dépendance.

Le CIUSSS en attente de précisions du ministère

Sollicité de toute part, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a assuré, en fin de journée, jeudi, que chaque organisme a été contacté pour valider ses besoins. Un mécanisme pour recevoir et traiter les demandes urgentes a également été mis en place.

Pour ce qui est de la lettre envoyée par Éric Boulay et le RAIIQ jeudi matin, chacun des éléments seront analysés et pris en considération.

Le CIUSSS promet une réponse dans les meilleurs délais, mais explique qu’il en est actuellement à préciser avec le ministère de la Santé et des Services sociaux l’ensemble des modalités de soutiens aux organismes communautaires. Nous serons en mesure de nous ajuster rapidement une fois les directives reçues du ministère.

Avec les informations d'Alexandre Duval

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